John Ronald Reuel Tolkien (1892-1973) était professeur de langue et de littérature anglo-saxonne à Oxford. Photo DR
La BnF a réuni 300 pièces sur 1 000 m2 de galeries, retraçant l’œuvre et la vie de John Ronald Reuel Tolkien, ce professeur de langue et de littérature anglo-saxonne à Oxford qui avait inventé tout un monde peuplé d’elfes, de nains et d’hommes, obligés de s’allier pour lutter contre le maléfique Sauron. L’exposition, intitulée Tolkien, voyage en Terre du Milieu, comporte une première partie consacrée aux différents peuples qui occupent son univers et à leurs territoires et langues, la deuxième se concentrant sur le parcours de l’auteur anglais (né en 1892 et décédé en 1973). L’occasion de voir, jusqu’au 16 février 2020, à quel point l’œuvre de Tolkien plonge ses racines dans les mythes et traditions les plus variés : sagas nordiques, légendes germaniques (comme L’Anneau des Nibelungen), cycle arthurien, mythes de l’Atlantide et de la tour de Babel, et même saint Georges terrassant le dragon.
Des objets, armures et autres enluminures aident à contextualiser ces liens, comme le Cor de Roland, un cor de chasse en ivoire qui vient rappeler les similitudes entre la Chanson de Roland, poème épique du XIe siècle, et le personnage de Boromir dans Le Seigneur des anneaux. « Tolkien a une connaissance très profonde de la littérature, et notamment de toute la littérature épique, de Homère à Dante, et jusqu’à Milton... Parfois, il s’amuse même à faire des clins d’œil » à certains auteurs, explique Frédéric Manfrin, un des commissaires de l’exposition. La profondeur de l’œuvre de Tolkien – qui invente des millénaires d’histoire, des langues et des alphabets pour les principaux peuples de la Terre du Milieu et des lignées entières de personnages – s’impose au visiteur.
Aquarelles et calligraphies
Au-delà de la littérature, il s’inspire du monde qui l’entoure. « Il n’a pas voulu construire une mythologie pour l’Angleterre, mais il rêvait de pouvoir un jour retrouver une série d’histoires propres au pays qu’il aimait, et il avait des attaches très profondes avec la région des Midlands (le centre de l’Angleterre, dont le nom signifie littéralement “terres du milieu”) », décrypte Vincent Ferré, autre commissaire de l’exposition.
Cette exposition, conçue avec les descendants de Tolkien, la bibliothèque Bodleian d’Oxford et l’Université Marquette à Milwaukee (État du Wisconsin aux États-Unis), met en outre en valeur le talent de dessinateur de l’auteur, largement écrasé par les illustrations d’Alan Lee, postérieures à son décès, et les films de Peter Jackson. On se laisse surprendre par la fraîcheur et le style naïf des aquarelles de Bilbo le Hobbit, qui rappellent que ce roman avait été écrit par Tolkien pour divertir ses enfants, et dont la douceur contraste avec la force des dessins plus expérimentaux de sa jeunesse. Certaines de ces aquarelles ont inspiré des tapisseries d’Aubusson, prêtées à la BnF. On s’étonne aussi de la multitude de cartes, jaquettes de livres, et jusqu’aux calligraphies dans les langues elfique et naine dessinées par Tolkien. « Faire une exposition sur un écrivain du XXe siècle, c’est toujours compliqué, car les manuscrits sont rarement spectaculaires. Avec Tolkien, on a la chance d’avoir non seulement les illustrations, mais aussi des manuscrits qui sont graphiquement magnifiques », souligne Frédéric Manfrin.
Plusieurs sujets controversés sont abordés, comme la place jugée trop réduite des femmes chez Tolkien, le manichéisme apparent des personnages ou sa vision du pouvoir supposée ultramonarchiste, et l’exposition tente d’y répondre via l’étude des œuvres. Enfin, la BnF rend hommage à l’infatigable Christopher Tolkien, le fils aîné, qui a publié tous les textes postérieurs au Hobbit et au Seigneur des anneaux, en déchiffrant les manuscrits laissés par son père, dont l’imposant Silmarilion. Un travail de transmission suivi par plusieurs générations de lecteurs.
Frédéric POUCHOT/AFP

