Les gens regardant la cérémonie d’honneur à Jacques Chirac sur un écran devant l’église Saint-Sulpice. Pascal Rossignol/Reuters
« Il aimait les gens » : Florien s’est levé aux aurores pour saluer une dernière fois Jacques Chirac, comme des milliers de Français, unis dans le deuil hier sous un pâle soleil d’automne à Paris pour honorer la mémoire d’un « grand homme ». Calé derrière les barrières de sécurité, cet ambulancier de 26 ans a pris le premier train à 4h45 depuis Sens, dans l’Yonne, pour être présent aux Invalides où l’hommage officiel a démarré par une cérémonie privée. Ici, des milliers de Français, anonymes et personnalités, avaient fait la queue pendant des heures sous la pluie dimanche pour se recueillir une dernière fois devant le cercueil, drapé de bleu-blanc-rouge, de Jacques Chirac, décédé jeudi à l’âge de 86 ans. « Il était proche des simples », souligne Florien.
« C’était quelqu’un qui savait se mettre à la hauteur des gens. Les gens retiennent peut-être plus le personnage que sa politique », estime Sabine Andry, une quadragénaire qui voulait assister à ce moment d’histoire. Opipite Kallo, un chanteur de reggae ivoirien de 36 ans, est venu de Noisy-le-Sec avec une pancarte « Merci l’ami d’Afrique, repose en paix président Chirac », pour « rendre hommage à un grand chef d’État, un homme de paix qui a su dire non à l’Amérique ».
Maquis, un Manceau de 70 ans, arbore un tee-shirt « Urgence climat » : « C’était le premier à dire notre maison brûle et à parler d’écologie, c’était un grand homme. » « C’était comme un copain, si je puis dire, un épicurien. Il aimait rigoler et manger, un peu comme moi », sourit Pierre Muffat, arrivé dimanche en provenance de Colmar. Après la cérémonie suivie d’honneurs militaires aux Invalides, le cortège, encadré par de nombreux motards, part sous les applaudissements pour rejoindre l’église Saint-Sulpice pour le « service solennel » à midi en présence de presque toute la classe politique française et de nombreux dignitaires étrangers.
« Un homme de cœur »
En chemin, le convoi longe brièvement la Seine, avant d’emprunter le boulevard Saint-Germain, où Jacques Chirac a tant de souvenirs politiques et intimes. L’Assemblée nationale où il siégea dès 1967 en tant que député, Science Po où il a rencontré sa future épouse Bernadette, la brasserie Lipp ou encore La Rhumerie, où il aimait se détendre. Des passants et des touristes s’inclinent devant le cortège. Devant Saint-Sulpice, à deux pas de son dernier domicile rue de Tournon, et où le jeune Chirac vendait le journal L’Humanité à la criée, deux écrans géants ont été installés. Un millier de personnes environ sont sur le parvis pour saluer une dernière fois l’ancien président. « Bravo Claude! » crient des badauds à l’arrivée de la fille du défunt, « Patrick ! Patrick ! » lancent des femmes devant l’animateur Patrick Sébastien, ami et imitateur de Jacques Chirac. Des applaudissements résonnent lorsque le cercueil, porté par les anciens officiers de sécurité de Jacques Chirac, fait son entrée dans l’édifice. Parmi les personnes présentes, Madeleine Toussain, aide-soignante qui s’est occupée entre 1999 et 2003 de Laurence, la fille aînée de Chirac décédée en 2016. « Il venait régulièrement la voir. Il adorait sa fille. Après sa mort, ce n’était plus le même homme. C’était un homme de cœur généreux, c’est pour cela que les gens l’aimaient. » Certains, « frustrés », sont coincés par des barrages de police rue des Canettes. « On entend mais on n’est pas avec eux », regrette Odile, « extrêmement déçue ».
Des applaudissements retentissent quand le cercueil quitte l’église, puis part pour le cimetière du Montparnasse, où Jacques Chirac va être inhumé auprès de Laurence, sa fille. Devant le cimetière fermé au public, des dizaines de personnes se succèdent pour signer les deux registres installés sous un dais blanc. « Merci pour tout ce que vous avez fait. Vous avez eu beaucoup de fermeté vis-à-vis de Bush contre la guerre en Irak », a écrit un signataire. « Repose en paix mon maire, mon président préféré, tu as fait beaucoup de choses, je t’ai beaucoup aimé », assure un autre.


Un autre grand nous quitte.
03 h 25, le 01 octobre 2019