Combo réunissant, de gauche à droite, Benjamin Netanyahu, Avigdor Lieberman et Benny Gantz. Jack Guez, Jalaa Marey et Emmanuel Dunand/AFP
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, apparaissait menacé hier au lendemain d’élections législatives qui le placent à égalité avec son rival Benny Gantz, et surtout incapable de former un gouvernement, ouvrant ainsi la voie à des tractations douloureuses pour accoucher d’une coalition.
Preuve de l’importance de ces discussions en coulisses, M. Netanyahu a annulé hier son déplacement prévu dans les prochains jours à l’Assemblée générale de l’ONU en raison du « contexte politique » local, selon des sources officielles. En marge des discussions à l’ONU, M. Netanyahu devait s’entretenir avec son « ami » Donald Trump d’un possible traité de défense commune.
Mais le Premier ministre israélien, au pouvoir sans interruption depuis 10 ans, est retenu chez lui car il risque, après avoir joué son va-tout dans les élections de mardi, de perdre sa mise pour une rare fois dans sa longue carrière politique.
Après plus de 90 % des bulletins dépouillés hier soir à l’heure de mettre sous presse, son parti le Likoud et la formation centriste Kahol Lavan (« Bleu-blanc ») de M. Gantz obtiennent respectivement 31 et 32 sièges sur les 120 de la Knesset, le Parlement, et ne parviennent pas à franchir le seuil des 61 députés pour obtenir une majorité, même avec leurs alliés. « Nous allons attendre les résultats finaux (...) et souhaiter à Israël un gouvernement d’union », a déclaré M. Gantz.
Malgré l’incertitude, le chef de la diplomatie palestinienne, Riyad al-Maliki, en visite à Oslo, a indiqué que l’Autorité palestinienne est « prête à s’asseoir » avec le futur Premier ministre « pour relancer les négociations » entre Israéliens et Palestiniens, au point mort depuis 2014.
Si M. Gantz plaide pour « un large gouvernement d’union exprimant la volonté du peuple » et s’est dit disposé à parler « avec tout le monde », M. Netanyahu maintient une ligne dure. Il s’est réuni avec les dirigeants de plusieurs petits partis afin de constituer un « bloc » unitaire de droite. Israël fait face à deux options, a-t-il dit : « Soit un gouvernement que je dirige, soit un gouvernement dangereux qui repose sur les partis arabes. » « Dans ces temps où nous faisons face à d’immenses défis sécuritaires et politiques (...), il faut tout faire pour barrer (la route à) un gouvernement dangereux », a ajouté M. Netanyahu.
Fin de « l’ère Netanyahu » ?
En Israël, le président consulte les députés élus qui lui recommandent un chef de gouvernement. Or les partis arabes, hostiles à M. Netanyahu et qui sont en passe de s’imposer comme la troisième force politique à la Knesset, avec 12 sièges, ont déjà suggéré qu’ils allaient s’opposer à sa désignation, sans confirmer s’ils allaient soutenir celle de son rival. « L’ère Netanyahu s’est achevée », a ainsi déclaré Ahmad Tibi, l’un des ténors de la « Liste unie » des partis arabes. « Si Benny Gantz appelle, nous lui communiquerons nos conditions » pour le soutenir, a-t-il ajouté.
Le Likoud et le parti Bleu-blanc doivent négocier entre eux, et/ou avec d’autres formations, afin de pouvoir penser à former un nouveau gouvernement et éviter le scénario du printemps, lorsque M. Netanyahu avait été incapable de former une coalition à l’issue d’élections déjà âprement disputées. Résultat, il avait dissous le Parlement et convoqué un nouveau scrutin, celui de mardi, espérant faire bouger les plaques tectoniques de la politique israélienne pour s’imposer à la tête d’un nouveau gouvernement de droite. Mais sans le succès escompté.
L’issue de ce second scrutin est d’autant plus cruciale pour M. Netanyahu qu’il intervient avant sa comparution devant la justice le 3 octobre pour des affaires de « corruption », « d’abus de confiance » et de « malversations », et qu’il cherche à obtenir une immunité du Parlement.
Outre l’ascension des partis arabes, les élections de mardi ont eu l’effet d’une victoire pour la formation Israël Beitenou dirigée par l’ancien ministre Avigdor Lieberman, devenu « faiseur de roi ». Pour l’instant « non-aligné », M. Lieberman est crédité de 9 sièges qui pourraient faire pencher la balance. Il a appelé à la formation d’un « gouvernement d’union nationale », mais cette fois sans les partis religieux ou arabes. « Il n’y a qu’une option pour nous et c’est la formation d’un large gouvernement d’union nationale et libéral avec Israël Beitenou, le parti Bleu-blanc et le Likoud », a déclaré M. Lieberman. Ce dernier a mené sa campagne contre les partis juifs ultra-orthodoxes, alliés du Likoud, qu’il accuse de vouloir faire d’Israël un État religieux. Outre les partis ultra-orthodoxes, M. Lieberman a aussi tiré à boulets rouges ces dernières années sur les formations arabes.
Sa campagne pour les élections du 17 septembre était centrée sur les « dangers » pour Israël de devenir un « État de la Halakha (la loi religieuse juive) », dirigé par le judaïsme religieux, avec une coalition dans laquelle les partis ultra-orthodoxes joindraient leurs forces à celles des factions religieuses, qualifiées par Avigdor Lieberman de « messianiques ». M. Lieberman est connu pour ses déclarations fracassantes, affirmant par exemple que le président palestinien Mahmoud Abbas est un « terroriste diplomate » (2014), que les Arabes israéliens déloyaux envers Israël « méritent de se faire décapiter à la hache » (2015) et que Benjamin Netanyahu est « un menteur, un tricheur et une crapule » (2016). M. Lieberman, marié et père de trois enfants, n’est pas un partisan du « Grand Israël », défendu par le lobby des colons, mais vit à Nokdim, une colonie israélienne près de Bethléem, en Cisjordanie occupée, illégale aux yeux du droit international. Il juge irréaliste la paix avec les Palestiniens, mais se dit prêt à essayer.
Source : AFP

