Le nouveau système de missile sol-air « Triumph » S-400 après son déploiement sur une base militaire près de la ville de Gvardeysk, à proximité de Kaliningrad, en Russie, le 11 mars 2019. Vitaly Nevar/Reuters/File Photo
L’installation par Moscou de nouveaux systèmes de défense antiaérienne dans l’Arctique constitue le dernier exemple en date de la prolifération, sur toute la planète, de dispositifs destinés à barrer la route aux armées occidentales ou à les dissuader d’agir, les mettant au défi de s’adapter.
Lundi, la Russie a annoncé avoir remplacé ses batteries S-300 par des systèmes plus performants S-400 dans l’archipel de Nouvelle-Zemble dans l’Arctique, une région polaire riche en ressources naturelles et cruciale pour le contrôle des routes maritimes du Nord ouvertes par le réchauffement climatique.
« Le passage aux nouveaux S-400 accroît significativement la zone de contrôle de l’espace aérien dans l’Arctique », a souligné l’armée russe, qui dispose déjà de systèmes de longue portée similaires dans les régions de Mourmansk et d’Arkhangelsk (Nord-Ouest) et en République de Sakha (Est).
Le renforcement des moyens russes de déni d’accès dans cette zone stratégique s’ajoute à de multiples dispositifs à travers le monde (systèmes sol-air et contre les navires, mines sous-marines, missiles sol-sol, etc.), « à l’origine défensifs mais qui revêtent un caractère de plus en plus agressif », relève un parlementaire français.
Baltique, Méditerranée orientale, détroit d’Ormuz, mer de Chine méridionale... : dans les airs et sur les mers, « aujourd’hui la multiplication des espaces contestés constitue pour nous de vrais défis », constate l’amiral français Olivier Lebas.
« On observe une montée en gamme des systèmes d’armes de déni d’accès et leur prolifération dans de nombreux pays, comme par exemple celui des systèmes antiaériens S-400 russes et celui de missiles antinavires russes ou chinois. L’Iran essaie de rejoindre le club, et même des groupes non étatiques comme les houthis (au Yémen) disposent aussi de missiles antinavires », fait-il valoir.
Le phénomène se retrouve au niveau régional : la Syrie s’est équipée de S-400 russes pour se prémunir d’une intervention militaire contre le régime de Bachar el-Assad.
Ces stratégies militaires préoccupent les états-majors occidentaux, comme en témoignent les récentes discussions sur le sujet à l’Université d’été de la défense en France, ainsi qu’au Rochambeau Dialogue à Newport, aux États-Unis, consacré aux défis stratégiques communs aux alliés français et américain.
Opérations plus risquées
Le déni d’accès n’est pas un concept nouveau, soulignent les experts, chaque pays ayant à cœur de préserver son territoire national et ses intérêts stratégiques. Mais son extension, notamment sous la forme de « bulles de protection » dans des pays tiers, est prise très au sérieux par les armées occidentales, qui voient leur liberté de manœuvre contestée après avoir eu toute latitude pour réaliser des opérations extérieures pendant deux décennies (Afghanistan, Libye, Mali, Irak).
« Le choc du déni d’accès réside dans l’effet de contraste avec la liberté d’action dont on a bénéficié pendant l’après-guerre froide. On a pu croire que c’était une nouvelle norme, alors que l’on assiste aujourd’hui à un retour de la contestation », analyse Corentin Brustlein, directeur de recherche à l’Institut français des relations internationales (IFRI).
Or, pour des armées expéditionnaires, il est crucial d’être capable d’« entrer en premier », c’est-à-dire de pénétrer sur un territoire distant et défendu. Une capacité d’autant plus fondamentale pour des puissances nucléaires comme les États-Unis et la France, dont la crédibilité de la dissuasion est en jeu. « Il faut éviter le piège du fait accompli. Accepter des “no-go zones”, c’est valider le discours de l’adversaire », juge l’amiral Lebas. Mais désormais, toute intervention militaire requiert des moyens de plus en plus importants, s’accordent à dire les experts.
Opération Hamilton en Syrie
En avril 2018, l’opération Hamilton en Syrie, déclenchée par Paris, Londres et Washington pour détruire des stocks d’armes chimiques, s’est soldée par un succès tactique malgré l’existence de systèmes de déni d’accès – les trois cibles visées ont été atteintes –, au prix d’une débauche de moyens : des avions de chasse partis de France, plusieurs frégates et une centaine de missiles tirés.
« Les systèmes de déni d’accès ne sont pas invulnérables. Mais ils élèvent le coût d’entrée de toute opération militaire, ils augmentent la prise de risque » sur le plan humain et exigent « une volonté politique forte », souligne Corentin Brustlein.
Parmi les pistes technologiques explorées pour contourner ces boucliers figurent les armes hypervéloces, la furtivité ou encore la maîtrise du spectre électromagnétique (interception et brouillage des systèmes de communication).
Trouver des réponses aux stratégies de déni d’accès de la Russie et de la Chine crée en outre « des difficultés extrêmes », note l’expert : « Ces deux pays sont des puissances nucléaires, il y a un danger d’escalade potentielle. »
Daphné BENOÎT/AFP


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
Le retard de l'occident moralisateur et suffisant est manifeste . Une longueur d'avance est prise par l'axe de la résistance, et avant que ce retard puisse être comblé un jour , les résistants ne dorment pas non plus . C'est un train en marche , on le prend ou on reste sur le quai à le voir s'éloigner. Signé : PRÊT TENSION .
12 h 12, le 19 septembre 2019