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Liban

Boulos Abdel Sater sera-t-il vraiment « l’évêque des pauvres » ?

Social

Les écoles La Sagesse « ne repousseront aucun élève pour insuffisance de moyens », affirme une circulaire émanant de l’archevêque maronite de Beyrouth.

Fady NOUN | OLJ
19/09/2019

Sur les réseaux sociaux, à la veille de la rentrée des classes, la nouvelle a fait sensation. Le nouvel archevêque maronite de Beyrouth, Boulos Abdel Sater, 57 ans, a « vendu les voitures de l’archevêché » et a distribué l’argent aux pauvres. Il a en outre signé une circulaire dans laquelle il assure que les écoles La Sagesse, qui relèvent de l’archevêché, « ne repousseront aucun élève pour insuffisance de moyens ».

La réalité est différente, mais tout aussi édifiante. Faux : l’archevêché n’a pas vendu « ses » voitures. Et d’abord, il n’y en avait qu’une, une luxueuse Mercedes avec une plaque à trois chiffres, assure-t-on de source informée. Mais vrai : le nouvel archevêque a préféré garder la Mercedes au garage et utilise pour ses déplacements une Kia qu’il possédait avant d’être élu évêque.

Tout à fait vrai aussi que Mgr Abdel Sater a adressé une circulaire aux directeurs du réseau d’écoles La Sagesse dans laquelle il précise que « l’insuffisance de moyens ne doit pas constituer un obstacle à l’inscription scolaire de tout élève aspirant à l’éducation » et que « les portes des écoles La Sagesse sont ouvertes à tous nos enfants ».

Est-ce à dire que le premier parvenu pourra garer sa Range Rover devant l’école et demander que ses enfants soient instruits gratuitement? Pas vraiment, répond une source informée qui préfère garder l’anonymat. En fait, les demandes de réduction de frais continueront, comme toujours, à passer systématiquement par le service social de l’école, mais des instructions ont été données afin que toutes les demandes soient scrutées, mais en général acceptées, dans les limites des places disponibles.

Centré sur le Grand Beyrouth administratif, le réseau La Sagesse, ajoute la source citée, comprend six écoles académiques (trois à Beyrouth, dont l’école mère, celle d’Achrafieh, et trois autres en banlieue), deux écoles techniques, à Beyrouth et en banlieue, et une université, à Furn el-Chebback. Au total, le réseau, qui relève du grand ensemble des écoles catholiques, scolarise 7 000 élèves. Les frais de scolarité pratiqués sont « moyens » et se situent dans une fourchette allant, par an, de 3 000 dollars (soit 4,5 millions de livres libanaises) en maternelle à 5 000 dollars (soit 7,5 millions de livres) dans les classes terminales, fournitures non comprises.

Le réseau comprenait deux écoles gratuites, Mar Nohra et Mar Roukoz, qui ont fermé leurs portes. En revanche, les cycles primaire et complémentaire de l’école La Sagesse de Aïn el-Remmané seront, à partir de l’année scolaire qui commence, « semi-gratuits », avec des frais généralement réduits de moitié (2 000 dollars au lieu de 5 000 environ).

Par ailleurs, les dizaines de millions d’écolages impayés de l’année scolaire 2018-2019 montrent que la tradition d’indulgence du réseau scolaire n’est pas nouvelle. Certains paiements, assure-t-on, arrivent avec trois ou quatre années de retard. Par ailleurs, les attestations de scolarisation en cas de retard de paiement sont « négociables », assure une source proche de l’économat.


Un « nouveau style  »

Ainsi, ajoute cette source, ce qui se passe à l’archevêché maronite de Beyrouth et au niveau de son réseau scolaire s’inscrit dans une tradition. Il n’en demeure pas moins qu’un nouveau style est là, moins « princier » que le précédent. Le nouvel archevêque, se félicite le personnel de l’archevêché, est un homme discret qui aime se servir lui-même, chaque fois que c’est possible, et il n’est pas rare qu’il soit vu se rendant personnellement au supermarché du quartier. Un style qui n’est pas loin de celui que souhaite étendre dans l’Église tout entière le pape François, loin des dépenses somptuaires et des habitudes de cour.

Né lui-même à Aïn el-Remmané, Mgr Abdel Sater connaît de l’intérieur les quartiers densément peuplés et relativement pauvres de ce quartier. Sa circulaire aux directeurs d’écoles émane en outre d’un homme très au fait des rouages du réseau scolaire, dont il a été le familier 17 années durant, puisqu’il a successivement dirigé les écoles de Aïn el-Remmané et d’Achrafieh, et servi comme économe. Enfin, ordonné évêque en 2015, il a été en contact plusieurs années durant avec la curie patriarcale, à Bkerké. Il jouit donc des deux visions complémentaires : celle de l’homme de terrain et celle de l’homme d’appareil, affirment ses intimes.

Dans l’homélie qu’il a prononcée à sa première messe d’évêque de Beyrouth, Mgr Boulos Abdel Sater s’est promis d’être « aux côtés des pauvres ». À la tête du diocèse le plus riche du Liban, tiendra-t-il parole? Sera-t-il vraiment « l’évêque des pauvres » ?

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