En annonçant samedi soir le lancement des commémorations du centenaire de l’État du Grand Liban, proclamé le 1er septembre 1920, le président Michel Aoun a adressé une mise en garde à Israël, affirmant que « nul n’a le droit de violer le territoire libanais comme bon lui semble ».
« Un pays ne survit que lorsqu’il est souverain. Nous affirmons au monde que le Liban est épris de paix et ne cherche nullement la guerre. Mais notre peuple n’a jamais reculé et ne le fera jamais quand il s’agit de faire face à toute tentative qui vise la souveraineté de la patrie, cherche à atteindre sa dignité et son intégrité territoriale », a prévenu le président Aoun. « Les récentes attaques israéliennes contre notre souveraineté et la condamnation unanime des Libanais affirmant leur droit légitime à défendre leur pays reste la meilleure preuve de notre attachement aux constantes qui préservent l’entité et les droits des États », a estimé le président de la République.
« Nul n’a le droit de violer le territoire libanais comme bon lui semble ! Jamais nous n’aurions pu fêter ce centenaire si nous n’avions pas pu prouver notre capacité à chasser les armées les plus puissantes de notre terre, défendre notre indépendance et poursuivre notre message humaniste, a encore insisté le président Aoun. Depuis l’an 2000 et jusqu’à ce jour, aucun effort n’a été déployé pour mettre un terme à ces agressions. Il est de notre droit de répondre à ces agressions. Nous avons le droit d’éliminer ces drones. Ce qui compte c’est que l’ennemi sente que ses drones sont en danger. »
Le chef de l’État a dénoncé dans son discours le confessionnalisme et la corruption, avant d’annoncer que les célébrations pour la commémoration du centenaire de l’État du Grand Liban auront lieu à partir du premier janvier 2020 et dureront jusqu’à la fin de l’année.
« À la suite des événements et des secousses que le Liban a traversés au cours des dernières décennies, il est essentiel de se souvenir de l’histoire de notre pays et des souffrances et sacrifices consentis. En effet, tout peuple qui oublie son passé risque de reproduire les mêmes erreurs, de marginaliser l’effort accompli et de mettre de nouveau l’avenir en péril », a-t-il souligné.Michel Aoun a rappelé qu’entre 1516 et 1918, « le Mont-Liban a vécu sous l’occupation ottomane » en dépit d’une relative autonomie. « Toutes les tentatives de libération du joug ottoman furent sanctionnées par la violence, la mort et par l’attisement de conflits confessionnels. Le terrorisme d’État pratiqué par les Ottomans contre les Libanais, notamment lors de la Première Guerre mondiale, a causé des centaines de milliers de morts, victimes de la famine, d’un enrôlement militaire obligatoire et de travaux forcés. Sans oublier les potences dressées dans le but de couper court à tout esprit de rébellion et envie de libération », a encore dit le chef de l’État.
Vive réaction d’Ankara
Les propos du président de la République ont été vivement critiqués par la diplomatie turque, qui a estimé dimanche soir qu’ils comportaient « des messages malveillants à l’encontre de l’Empire ottoman ».
« Le discours du président Aoun, prononcé une semaine après la visite à Beyrouth du ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, ne représente pas les relations cordiales entre les deux pays. Il s’agit d’un discours extrêmement regrettable et irresponsable », a écrit le ministère turc des AE dans un communiqué. Les déclarations de M. Aoun contiennent « des messages malveillants à l’encontre de l’Empire ottoman que nous condamnons très fermement et refusons catégoriquement », selon le communiqué.
La diplomatie turque a accusé dans ce contexte le président libanais de « révisionnisme politique », lui reprochant d’avoir « ignoré tous les événements qui ont eu lieu depuis la colonisation » occidentale de la région et « de tenter de faire porter à l’administration ottomane la responsabilité des catastrophes d’aujourd’hui ».
Beyrouth rejette et condamne
Le ministère des Affaires étrangères a réagi hier, dénonçant le communiqué de la diplomatie turque. « Les déclarations du président Aoun contenaient un compte-rendu des événements historiques qu’a connus le Liban sous le règne de l’Empire ottoman », a souligné la diplomatie libanaise dans un communiqué, estimant que « ce qui fédère le Liban et la Turquie est bien plus important que ce qui les sépare ». Le palais Bustros a dans ce cadre « refusé et condamné le style » dans lequel le ministère turc s’est adressé au président Aoun, appelant Ankara à « corriger son erreur ». « Les relations turco-libanaises sont plus importantes et profondes qu’une réaction de la sorte, qui est exagérée et déplacée », a ajouté le ministère des AE.
Quelques heures après la diffusion de ce texte, le directeur pour les affaires politiques au ministère des Affaires étrangères, Ghadi Khoury, a convoqué pour aujourd’hui l’ambassadeur de Turquie.


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