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Culture

Avec Chris, le freak(pop), c’est chic !

French pop

« L’OLJ » effectue une petite virée chez les nouvelles icônes des variétés françaises qui sont de mèche avec le courant international depuis que l’ordinateur et la toile ont transformé le monde en un grand village... Première de la série, la reine Chris, ex- « Christine and the Queens ».

03/09/2019

Le paysage musical français subit de grandes altérations. La nouvelle relève prend en douceur le pouvoir. Le pouvoir des mots, des sons, des mélodies, des instrumentations. Barbara, Brel, Aznavour, Bécaud, Dalida, Jean Ferrat et tant d’autres, non exit, mais entrés dans le panthéon des classiques... Aujourd’hui, les jeunes (entre 18 et 35) investissent les lieux et proposent un univers musical différent qui emboîte le pas au numérique et au modus vivendi speedé contemporain. À toute reine, tout honneur. Chris (jusqu’à très récemment, c’était Christine and the Queens) cartonne et caracole au hit-parade des variétés de la chanson en Europe, avec une bonne brèche aussi outre-Atlantique. À trente et un ans, elle est auréolée de tous les succès. Au point d’avoir la couverture du magazine américain Time... Quelle est l’histoire de cette jeune Nantaise, sacrée leader de la nouvelle génération, au flirt poussé avec la chanson française truffée d’anglicismes ?

Une frimousse de moussaillon, un corps androgyne pour une silhouette svelte, une coupe de cheveux garçonne, des gestes brusques, mais une certaine douceur dans les rondeurs du mouvement, Chris (de son vrai nom Héloïse Adélaïde Letissier), en moins de dix ans, a promptement gravi les échelons de la gloire et de la notoriété. Et s’est imposée figure emblématique d’un chant et d’une musique résolument modernes.

Auteure, compositrice, interprète et productrice, la jeune chanteuse, qui affectionne l’électro–pop et les rythmes qui ne s’embarrassent d’aucune barrière, semble d’emblée balayer tous les obstacles. Et n’a pas froid aux yeux pour tout ce qui transgresse mais touche aussi les cœurs. Son premier album dans les bacs, Chaleur humaine, est vite estampillé disque de diamant dans l’Hexagone. Suivent de multiples et fracassantes récompenses allant de l’Artiste féminine de l’année 2015 aux Victoires de la musique.

Pas plus tard que trois ans après, elle récidive l’exploit de triompher avec éclat. Pour son second album, Chris (et toc pour le changement de prénom tout comme de coiffeur et de coiffure !) entre dans la cour des grands, et les frontières s’abattent comme par enchantement. The Guardian et le Time Magazine la courtisent fermement et le magazine américain sacre son single Damn, dis-moi/Girlfriend chanson de l’année…

Retour sur son enfance et sa formation, précieux terreau de son inspiration, de la force de ses mots, des courbes brusques ou sinueuses de ses mélodies, des aspérités ou des tendresses de son univers sonore et vocal. D’abord, des parents cultivés où la littérature anglaise a une place de choix grâce à son père féru d’ouvrages de l’époque victorienne. Un peu touche-à-tout en art – ce qui lui servira énormément plus tard dans sa gestuelle et présence de scène –, elle tâte sérieusement du théâtre, de la danse classique, fait ses gammes au piano tout en fouillant le modern jazz et, de sa plus belle plume, sonde la poésie ainsi que les feux de la rampe.


Paillettes et faux cils
Un apprentissage qui lui servira aussi à forger une personnalité singulière quand elle rencontre, à Londres, les paillettes, le strass et les faux cils gros comme des brosses à dents des « drag queens » dans un cabaret des rives de la Tamise. Rencontre enrichissante qui, de ses propres aveux, la décomplexe puisque ces queens seront l’arrière et le devant de sa scène tout comme autrefois les « claudettes » de Cloclo… Mais en genre inversé ! Femme parfaitement dans le vent et enfant du siècle engagée dans toutes les sphères d’influence contemporaines, la chanteuse-performeuse arbore des tatouages sur ses poignets et une liberté sans ambages dans ses propos, ses attitudes et sa musique (née des logiciels, des ordinateurs, des produits sophistiqués de l’électronique et des synthétiseurs) qui a pour référence presque tout le gotha et le gratin du music-hall international, dont David Bowie, T-Rex, Michael Jackson, Patti Smith, et la liste est loin d’être exhaustive…

Mère d’une fille, Jessi, avec ses déclarations sur sa sexualité – qui pique la curiosité de plus d’un –, est ouvertement peu conventionnelle et joue délibérément de l’ambiguïté. Une sorte de féminité émergente qui s’oppose au machisme et à la phallocratie. Elle déclare en toute simplicité être « pansexuelle » (NDLR : qui peut être attirée par une personne de n’importe quel sexe ou située n’importe où sur l’expression du spectre du genre). D’une débordante énergie (les chorégraphies à la fois minimalistes et flamboyantes de ses clips et spectacles l’attestent), ses tournées sont un délire d’enthousiasme pour le public qui l’ovationne à tout rompre. De l’Olympia à la Cigale en passant par Bercy, son duo sulfureux avec la chanteuse britannique Charli XCX ou avec Stromae et ses innombrables concerts en France, en Belgique et aux États-Unis, Chris and the Queens a le vent en poupe et rafle éloges, empathie et sympathie. Les revers de la médaille, avec des critiques virulentes et acides, ne manquent pas. Notamment pour certains plagiats dont elle fut accusée, mais elle s’en est défendue comme une lionne, a eu gain de cause et débouté ses détracteurs aux déclarations fielleuses.

Des EP (Extended Play), des chansons en double version (française et US), deux albums qui frôlent le subversif que les jeunes (et moins jeunes !) s’arrachent, et le paysage musical français vire de bord et change de couleur. On est loin des modulations à la Barbara, des frémissements d’Isabelle Aubret, de la voix grave de Gribouille, du timbre d’airain de Colette Magny, de la mélancolie d’Anne Vanderlove, des trémolos à la Piaf…

Chris, c’est un ton nouveau, même si souvent la chaleur humaine est diffuse (pourtant, chaleur humaine, c’est son titre phare ! ), un bain de jouvence particulier avec des mots d’ailleurs, jamais emphatiques ou mélodramatiques, mais qui parlent très bien du désarroi de vivre contemporain, d’une modernité urbaine où l’empressement fait écran aux sentiments qui ont besoin de temps. Et surtout, on évoque ces rythmes, ces cadences, ces sonorités qui se juxtaposent en un ensemble cohérent qui interpelle. Et que la chanteuse, aux mouvements « freaky » virils, défend ardemment sur scène. Avec parfois des allures de froideur.

Quelques titres de chansons, juste pour la phosphorescence des sujets abordés, de l’appel de cette sirène au chant atypique : Narcissus Is Back, Half Ladies, Voleur de soleil (Doesn’t Matter), Machin-chose, Follarse… Et le chapelet s’égrène en grains à la fois rêches et scintillants…

Pour cette chanteuse cataloguée frenchy queer, véritable Madonna française, la carrière semble bien assise dans le registre « freakpop ». Qu’est-ce que c’est que le freakpop ? Un mélange de musique pop et électro décalée : instrumentations aussi bien calmes que déjantées, voix oscillant entre les intonations criardes et mélodiques.

La musique moderne n’a pas dit son dernier mot et ne fait qu’étendre ses zones innovantes. Et Chris, malgré toutes les controverses, en est une de ses plus remarquables ambassadrices.


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