Le président russe Vladimir Poutine a rencontré hier son homologue turc Recep Tayyip Erdogan en marge d’un Salon aéronautique près de Moscou. Alexey Nikolsky/Sputnik/AFP
Les autorités locales kurdes du nord-est de la Syrie ont annoncé hier le début du retrait de leurs forces de positions le long de la frontière avec la Turquie, à la suite d’un accord entre Washington et Ankara établissant une « zone de sécurité ». Ces autorités ont indiqué dans un communiqué que les travaux avaient débuté samedi sur « les premiers pas pratiques – dans le secteur de Ras al-Aïn – avec l’élimination de monticules de terre et le retrait de certaines unités des Unités de protection du peuple (YPG) et d’armes lourdes ».
Principale milice kurde de Syrie et partenaire-clé des États-Unis dans la lutte contre le groupe jihadiste État islamique, les YPG ont annoncé samedi être prêts à coopérer en vue de la mise en place d’une « zone de sécurité » pour séparer les secteurs kurdes syriens de la Turquie. Fruit d’un accord conclu entre Washington et Ankara, l’instauration de cette zone tampon est destinée à dissuader la Turquie de lancer une nouvelle offensive contre la milice des YPG, fer de lance des Forces démocratiques syriennes (FDS), mais considérée comme « terroriste » par Ankara.
Le 7 août, Washington et Ankara se sont mis d’accord sur la création d’un « centre d’opérations conjointes », basé en Turquie, pour coordonner la mise en place de cette « zone de sécurité ».
Les contours de la zone tampon sont pour le moment flous – notamment sa profondeur – et aucun calendrier n’a été avancé pour sa mise en place. Mi-août, le Pentagone avait indiqué que l’accord serait mis en œuvre « par étapes », mais que les premières opérations allaient commencer « rapidement ».
Le régime de Damas a dénoncé une initiative au service des « ambitions expansionnistes de la Turquie ».
Lundi, les forces kurdes ont procédé à des retraits similaires à Tal Abyad, « cela montre le sérieux de notre engagement » en faveur de l’instauration de cette zone tampon, a encore indiqué hier l’administration semi-autonome kurde syrienne.
Rencontre Erdogan-Poutine
Parallèlement, les combats dans la région d’Idleb, frontalière de la Turquie, que le régime tente de reprendre à des jihadistes et groupes rebelles avec le soutien de Moscou, ont fait au moins 51 morts dans les deux camps hier, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Une partie de la province d’Idleb (Nord-Ouest) et des secteurs adjacents des provinces d’Alep et de Lattaquié restent dominés par les jihadistes de Hay’at Tahrir al-Cham (HTS, ex-branche syrienne d’el-Qaëda). Des groupes rebelles proturcs y sont aussi présents.
Soutenues par l’aviation russe, les forces du régime ont repris ces derniers jours plusieurs localités, poursuivant leur offensive au sol lancée le 8 août, après quatre mois de bombardements quasi quotidiens. Depuis mercredi dernier, ces forces du régime ont repris la ville-clé de Khan Cheikhoun, et plusieurs localités à Hama, au sud, y encerclant un poste d’observation de l’armée turque. Elles ont massé samedi des renforts à Khan Cheikhoun et visent désormais la région de Maarret al-Naaman, plus au nord, selon
l’OSDH. Ces deux villes sont situées sur une autoroute reliant la capitale Damas à la grande ville du Nord, Alep, toutes deux tenues par le pouvoir de Bachar el-Assad.
Hier, combattants rebelles et jihadistes ont attaqué des positions loyalistes dans le sud de la région, a indiqué l’OSDH. « Des affrontements violents ont éclaté à l’est de Khan Cheikhoun à l’aube après des attaques menées par des groupes jihadistes et rebelles sur des positions du régime », a précisé le directeur de l’ONG, Rami Abdel Rahmane. L’attaque a été menée par les combattants de deux groupes jihadistes, a-t-il ajouté. Les combats ont tué 23 combattants prorégime et 20 dans l’autre camp dont 13 jihadistes, selon l’OSDH. De même source, huit rebelles ont en outre été tués dans le sud-ouest du bastion, alors qu’ils cherchaient à s’infiltrer près de positions du régime à proximité de l’aéroport militaire d’Abou Douhour.
Cette offensive intervient malgré un accord sur une « zone démilitarisée », dévoilé en septembre 2018 par la Russie et la Turquie, parrain de groupes rebelles, pour séparer les zones gouvernementales des territoires jihadistes et insurgés.
Moscou et Ankara partagent de « graves inquiétudes » concernant la situation dans la région syrienne d’Idleb, a déclaré hier le président russe Vladimir Poutine après une rencontre avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan en marge d’un Salon aéronautique près de Moscou, ajoutant avoir évoqué « des mesures communes supplémentaires » pour « normaliser » la situation, sans donner plus de détails. La Turquie « prendra toutes les mesures nécessaires » pour protéger ses troupes déployées dans la région d’Idleb, a prévenu de son côté le président turc.
« La situation s’est tellement compliquée qu’à l’heure actuelle nos militaires se trouvent en danger. Nous ne voulons pas que cela continue. Nous allons prendre à temps toutes les mesures nécessaires », a-t-il déclaré.
Source : AFP

