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Jean Dalmais, l’esprit du Liban-message

Hommage
17/08/2019

Les réseaux sociaux se sont activés le jour de l’Assomption suite à la nouvelle du décès en France du père Jean Dalmais, pilier de la Compagnie de Jésus au Liban.

Mes premiers contacts avec le RP Dalmais remontent à 1978, lors de mon bref cheminement dans l’enseignement scolaire sur les bancs du Collège Notre-Dame de Jamhour (CNDJ) [1978-1982]. Le RP Pierre Madet en était alors le recteur et le RP Jean Dalmais le préfet.

C’était juste après la guerre des cent jours qui avait opposé les résistants libanais aux forces d’occupation syrienne, durant laquelle les régions de Baabda, Hadeth, Aïn el-Remmané et Achrafieh, entourant le collège, avaient subi les pires bombardements de l’histoire du Liban. Inutile de dire qu’en de telles circonstances, il fallait une volonté solide pour relever le CNDJ. Le RP Dalmais programmait l’enseignement qui n’avait pas lieu au quotidien faute d’élèves et d’enseignants, compte tenu des circonstances sécuritaires.

J’étais alors étudiant en 5e année à la faculté de pharmacie de l’Université Saint-Joseph et j’avais été sollicité par le RP Madet pour assurer l’enseignement de chimie dans les classes secondaires en remplacement de Mme Manolli. Nous étions plusieurs enseignants de Baabda à assurer l’enseignement aux élèves des classes secondaires qui seuls venaient au collège, dont Robert Courson, Assaad Hajjar, Habib Kassis, Raja Boulos, Joseph Abou Chacra, Amale Harfouche et moi-même.

C’était une vraie aventure que de passer chaque jour les points de contrôle syriens à proximité du collège. Dalmais menait la danse auprès de Pierre Madet. L’équipe du CNDJ de l’époque ne manquait pas d’hommes responsables et solides, notamment les RRPP Charvet, Maillet, de Guilhermier, Lagrevol, avec Bernard de Bonnevigne et Jacques Triolet, qui remplissaient de vie le CNDJ alors que, tout autour, l’ambiance était loin d’être idéale. Nous sentions que nous étions en train de défier ceux qui voulaient tuer le pays... et c’était vraiment le cas.

Plus tard, le RP Dalmais devint aumônier du clan (des routiers), que nous avions réactivé en 1979 après quatre ans d’interruption avec Joe Raggi, Hubert Khalifé, Rony Khalifé, Sami Nader, Georges Nasr, Fadi Bouzamel, Samir Bouzamel, Émile Baroudi, Rony Gebara, Nadim Rizk, Charles Badawi, Auguste Badawi, Serge Gélalian, Doumit Abi Saleh, Philippe Waked, François Cholak, Antoine Asmar et Nagi Khairallah. J’eus le plaisir et l’honneur d’être chef de clan trois ans durant. Dalmais et chef Jacques Triolet chapeautaient nos activités. Le but était de préserver et développer les valeurs humaines, universelles, chrétiennes et nationales... et je pense que nous avons fait du bon travail en ce sens.

Dans mes entrevues de chef de clan avec notre aumônier le RP Dalmais, ce dernier insistait sur ces valeurs, appuyé par le RP Clément, surtout les valeurs patriotiques. Quelle ne fut ma surprise lorsque le recteur, le RP Madet, insista un jour sur le message du Liban en tant que pays multiconfessionnel où tous les citoyens sont égaux devant la loi. Venant de jésuites en 1981 et 1982, dans une ambiance où le pays était à feu et à sang, ceci voulait dire clairement : « Ne perdez pas la boussole », les valeurs s’étendent à toutes les communautés. Dalmais et Madet étaient un tandem remarquable à cette époque.

En 1991, après la mainmise syrienne sur le pays, je me souviens parfaitement d’une rencontre à Jamhour avec les routiers et les scouts. J’avais quitté le CNDJ et j’étais déjà capitaine dans l’armée. Dans cette rencontre nous avions parlé de « résistance culturelle »... et celle-ci s’est personnifiée plus tard par l’action du RP Sélim Abou, recteur de l’USJ...

Plus tard, mes rencontres avec le RP Dalmais se faisaient de plus en plus rares, au vu de nos occupations géographiquement éloignées. Les moments les plus forts étaient lors des obsèques d’êtres chers, notamment celles du RP Madet (1990), du RP Robert Clément, du chef Jacques Triolet (2003), du RP René Chamussy et du RP Sélim Abou... Ils font tous désormais partie de notre panthéon libanais et ont rendu service au Liban beaucoup plus que les officiels actuels. Leur esprit du Liban-message, que l’on retrouve bien dans l’Exhortation apostolique du pape saint Jean-Paul II, est cet esprit que nous devons préserver. Il s’agit de notre mission tant que nous respirons, nous, la génération qui a côtoyé tous ces hommes à la fois temporels et spirituels. Ces hommes qui ont appris à des générations entières qu’on ne peut vivre sans liberté (RP Clément sic... lui qui participait aux manifestations de 1990 contre le blocus syrien), sans dignité, hors de l’État de droit, et qu’il est de notre devoir de construire un Liban où chrétiens et musulmans puissent bâtir ensemble un partenariat franc et affronter ensemble les obstacles et problèmes communs.

Le départ du RP Dalmais vers Dieu le jour de l’Assomption est fort en symboles. C’est à nous de perpétuer la flamme. Merci et adieu mon père.

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