Saadia Mosbah, présidente de l’association M’nemty, dans un camp de migrants subsahariens à Tunis, le 7 mars 2023. FETHI BELAID/AFP
Une dernière audience du procès en appel de la militante anti-raciste tunisienne Saadia Mosbah, détenue depuis plus de deux ans, s'est tenue mardi à Tunis, a constaté une journaliste de l'AFP.
En début d'après-midi, la cour s'est retirée pour délibérer. La décision est attendue dans la soirée. En première instance, elle avait été condamnée à huit ans de prison.
Mme Mosbah, une Tunisienne noire à l'origine de l'adoption en 2018 d'une loi pionnière au Maghreb contre le racisme, et plusieurs membres de son association Mnemty (« mon rêve ») étaient rejugés pour blanchiment d'argent et enrichissement illégal.
Avant l'audience, l'ONG Amnesty International a dénoncé par communiqué des « accusations infondées de malversations financières » et « une nouvelle illustration consternante de l'utilisation de la justice pénale pour réduire au silence la société civile ».
Des représentants de l'Union européenne, de l'ONU, ainsi que de l'Allemagne, la France et la Belgique étaient présents mardi.
Le 19 mars, Mme Mosbah, 66 ans, avait été condamnée lors d'un premier procès à 8 ans de réclusion et son fils Fares à une peine de 3 ans.
La militante avait été en première ligne pour défendre les migrants provenant d'Afrique subsaharienne, après un virulent discours en février 2023 du président tunisien Kais Saied. M. Saied y dénonçait l'arrivée de « hordes de migrants clandestins » et un complot « pour changer la composition démographique » du pays.
Le discours avait été le déclencheur d'une campagne anti-migrants, chassés de leurs logements et emplois informels. Des milliers de Subsahariens avaient été rapatriés par leurs ambassades et des milliers d'autres avaient pris la mer pour tenter d'immigrer clandestinement en Europe.
« Saadia est une militante: grâce à elle, nous avons une loi contre le racisme dont nous sommes fiers », a plaidé mardi l'avocate Hayet Jazzar, estimant que « c'est le discours de la haine qui a déclenché cette affaire ».
Bassem Trifi, autre avocat de la défense, a raconté que Mme Mosbah l'avait appelé en mai 2024 « disant être ciblée par une campagne raciste sur les réseaux sociaux ». Elle « sentait qu'il y avait quelque chose d'étrange », a-t-il dit, soulignant que c'était peu avant l'enquête et son arrestation.
Depuis un coup de force à l'été 2021 du président Saied par lequel il s'est octroyé les pleins pouvoirs, les ONG locales et internationales dénoncent régulièrement une régression des droits et libertés en Tunisie.
Les principaux opposants sont en prison, lourdement condamnés notamment pour « complot contre la sûreté de l'Etat » et des dizaines de défenseurs des droits, avocats, syndicalistes et journalistes font l'objet de poursuites judiciaires.

