Des manifestants se protègent derrière leur parapluie à Hong Kong, le 28 juillet. Tyrone Siu/Reuters
Si les Hongkongais semblent tolérer des manifestations violentes, c’est parce que l’exécutif local a pendant des années fait la sourde oreille à leurs revendications exprimées pacifiquement, estime une figure de proue du camp prodémocratie dans deux lettres écrites à l’AFP dans sa prison.
Benny Tai, un professeur de droit qui a toujours défendu la non-violence, a été condamné en avril à 16 mois de détention pour sa responsabilité dans le « Mouvement des parapluies », une mobilisation globalement pacifique qui avait paralysé en 2014 l’ex-colonie britannique pendant 79 jours et suscité l’ire de Pékin. Dans une lettre rédigée dans la prison de Shek Pik et adressée à l’AFP, le professeur Tai considère que le sac du Parlement il y a quelques semaines a été un tournant, et le signe d’une volonté nouvelle de certains de recourir à des tactiques plus musclées.
« Les gens semblent avoir une plus grande tolérance (à la violence), en particulier parce que le gouvernement refuse de donner une réponse directe et significative aux demandes du mouvement non violent », argue-t-il dans ce courrier écrit le 21 juillet. « Qu’est-ce que la violence ? La violence est-elle mauvaise ? Tous les actes violents doivent-ils être condamnés ? » se demandent aujourd’hui les Hongkongais, énumère M. Tai.
Contre les ingérences
Hong Kong connaît depuis près de deux mois un regain d’instabilité avec des manifestations de grande ampleur qui ont dégénéré en violences émanant du camp des manifestants comme de celui des forces de l’ordre. Ce mouvement visait initialement un projet des autorités locales d’autoriser les extraditions vers la Chine, mais les revendications se sont élargies à la dénonciation du recul des libertés dans la région semi-autonome ou encore à l’exigence de réformes démocratiques.
Les manifestants veulent maintenir la pression tant que les autorités n’auront pas donné satisfaction à leurs demandes : la démission de la dirigeante de l’exécutif Carrie Lam, l’ouverture d’une enquête indépendante sur les tactiques policières, une amnistie pour les personnes arrêtées ou encore l’abandon pur et simple du texte sur les extraditions. Ils redemandent aussi l’instauration du suffrage universel, la principale revendication en 2014.
Benny Tai, qui avait contribué à diffuser l’idée de désobéissance civile avant le Mouvement des parapluies, estime que le problème fondamental sous-tendant la crise actuelle reste le manque de démocratie. « Le mouvement antiextradition est une grève soutenue par les Hongkongais contre les ingérences du Parti communiste chinois (PCC) », explique-t-il dans une lettre plus ancienne datant du 23 juin.
Besoin de réformes
L’accord entre Londres et Pékin qui avait présidé à la rétrocession en 1997 prévoit que Hong Kong conserve pendant un demi-siècle des acquis démocratiques. La Chine s’est cependant refusée à accorder davantage de droits comme la possibilité pour les Hongkongais d’élire leurs dirigeants. L’inquiétude quant à un recul des libertés se double d’un ressentiment croissant face aux inégalités économiques et au coût de la vie dans une des mégapoles les plus chères et les plus densément peuplées au monde.
« Tous les canaux institutionnels pour émettre des objections ont été bloqués », dénonce M. Tai, en référence à la disqualification de députés de l’opposition. « Seules des réformes démocratiques peuvent résoudre les conflits », affirme-t-il dans sa lettre de juillet. Le Mouvement des parapluies n’avait obtenu aucune concession politique de Pékin et plusieurs de ses cadres ont depuis été poursuivis.
Benny Tai et le professeur de sociologie Chan Kin-man, deux des fondateurs en 2013 du mouvement Occupy Central, ont écopé des peines les plus lourdes – 16 mois de prison – lors d’un procès qui avait vu le ministère public se servir d’un système de droit rarement utilisé et hérité de l’ère coloniale. Un autre opposant emprisonné, le militant indépendantiste Edward Leung, arrêté pour une manifestation en 2016, a publié hier sur sa page Facebook une lettre de soutien aux protestataires. « La justice n’est pas encore passée et vos cœurs sont peut-être emplis de haine, écrit-il aux manifestants. Mais je vous implore de ne pas vous laisser dominer par votre haine. »
L’idée d’Occupy Central était d’occuper le quartier d’affaires de Hong Kong si un suffrage universel libre n’était pas instauré. Cette campagne pacifiste s’était muée en une vaste occupation du cœur financier de la ville, en réaction notamment à l’utilisation de gaz lacrymogène par la police. La mobilisation avait pris fin sans que Pékin ne cède à aucune revendication.
Elaine YU, Yan ZHAO/AFP


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine