Elijah Cummings, élu démocrate du Maryland à la Chambre des représentants, lors d’une conférence de presse le 24 juillet dernier à Washington. Andrew Caballero-Reynolds/AFP
Le président américain Donald Trump, de nouveau accusé de racisme après une série d’attaques contre un élu noir et la ville de Baltimore, s’est défendu hier matin en reprenant de plus belle ses critiques contre l’opposition démocrate. « Les démocrates jouent toujours la carte du racisme, alors qu’ils ont en réalité fait si peu pour les formidables Afro-Américains de notre pays », a-t-il écrit sur Twitter. Le milliardaire républicain s’en était violemment pris la veille à Elijah Cummings, élu démocrate du Maryland à la Chambre des représentants. Sa circonscription couvre une large partie de Baltimore, ville industrielle majoritairement noire, minée par les problèmes sociaux, la drogue et la violence. « Le district de Cummings est un désordre dégoûtant, infesté de rats et autres rongeurs (...). Aucun être humain ne voudrait y vivre », avait notamment dénoncé M. Trump. Élu noir emblématique de la Chambre basse du Congrès, où il siège depuis 1996, M. Cummings, 68 ans, avait accusé la semaine dernière le ministre par intérim de la Sécurité intérieure, Kevin McAleenan, d’« embellir » la réalité sur la situation des mineurs détenus dans des centres d’accueil à la frontière avec le Mexique, ce qui avait suscité les critiques de Donald Trump. « M. le Président, je rentre chez moi dans mon district chaque jour, a-t-il directement répondu sur Twitter. Chaque matin, je me lève et je lutte pour mes voisins. C’est mon devoir constitutionnel de superviser le pouvoir exécutif. Mais c’est mon devoir moral de me battre pour mes électeurs. »
L’opposition dénonce
Les attaques de M. Trump ont été jugées « racistes » par la chef des démocrates à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, elle-même native de Baltimore, mais élue de Californie. « Que quelqu’un explique à Nancy Pelosi, récemment qualifiée de raciste par certains au sein de son propre parti, qu’il n’y a rien de mal à souligner l’évidence : le représentant Elijah Cummings a fait du très mauvais travail pour son district et la ville de Baltimore », a répondu le président hier matin. « En parlant d’échecs cuisants, est-ce que quelqu’un a vu ce qu’est en train de devenir le district de Nancy Pelosi à San Francisco? Il est méconnaissable dernièrement », a-t-il poursuivi.
Les propos de M. Trump avaient déjà provoqué samedi une volée de réponses indignées, moins de deux semaines après qu’il eut invité quatre élues démocrates issues de minorités à « retourner » d’où elles venaient. « Vous avez prouvé une fois de plus que vous n’étiez pas à la hauteur de la fonction. Un président doit tirer le pays vers le haut. Pas le déchirer », l’avait notamment apostrophé l’ancien vice-président Joe Biden, en tête selon les sondages dans la course à l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle de 2020. « Il vaut mieux avoir quelques rats que d’en être un », a pour sa part écrit le journal local Baltimore Sun dans un éditorial au vitriol. La sénatrice Kamala Harris, également candidate à l’investiture démocrate, a qualifié de « honteuse » l’attaque de M. Trump contre M. Cummings. Le maire démocrate de Baltimore, Bernard « Jack » Young, a jugé la diatribe du président « blessante et dangereuse ». « C’était totalement insultant », a déclaré M. Young à des journalistes. « Nous ne laisserons personne salir la ville de Baltimore et son efficace équipe dirigeante, personne », a-t-il insisté. Mais Donald Trump a répété son attaque dans un nouveau tweet samedi soir. « Elijah Cummings passe tout son temps à nuire à des gens innocents », a-t-il écrit, une référence apparente aux critiques de M. Cummings contre les agents de la police aux frontières. « Il ne fait RIEN pour son district très pauvre, très dangereux et très mal géré ! »
« Renvoyez-la ! »
Donald Trump avait déjà fait grand bruit mi-juillet après une série de violents tweets visant quatre élues démocrates issues de minorités, auxquelles il conseillait de « retourner » dans leur pays d’origine, quand bien même trois d’entre elles sont nées aux États-Unis. La Chambre des représentants, à majorité démocrate, avait adopté en réponse une motion condamnant « fermement les commentaires racistes » du président.
Les propos de M. Trump avaient également attiré les réprobations de dirigeants étrangers, comme la chancelière allemande Angela Merkel ou la Première ministre britannique Theresa May, et provoqué le malaise jusque dans son camp républicain. « Ces tweets n’étaient PAS racistes. Il n’y a pas une once de racisme en moi ! » s’était défendu le président, avant que ses partisans ne scandent lors d’un meeting électoral « Renvoyez-la ! » à l’évocation d’Ilhan Omar, fille de réfugiés somaliens élue au Congrès en 2018.
Donald Trump s’est, depuis, personnellement impliqué pour la libération du rappeur new-yorkais A$AP Rocky, qui doit être jugé en Suède pour violences. « La Suède a laissé tomber notre communauté noire américaine », a-t-il dénoncé jeudi dans des tweets accompagnés du hashtag #FreeRocky, utilisé sur internet par la communauté hip-hop et les fans de l’artiste.
Source : AFP

