Un réfugié syrien rassemble ses effets personnels, alors que des ouvriers s’apprêtent à détruire son logement de fortune dans un camp de réfugiés à Ersal, le 10 juin dernier. Joseph Eid/AFP
Sept ONG internationales opérant au Liban ont dénoncé hier les démolitions d’habitations en dur, imposées par les autorités dans les camps de réfugiés à Ersal. Décidé par le Conseil supérieur de défense, le délai de démantèlement des constructions en béton aménagées par les réfugiés syriens pour se protéger du froid et de la chaleur est arrivé à expiration hier.
« À 4h30 du matin, le 1er juillet, des unités militaires ont détruit au moins 20 habitations dans plusieurs camps de Ersal. La présence de ces soldats à l’aube dans les camps et la démolition des logements de fortune sont un événement traumatisant pour ces familles qui ont déjà tout perdu. Nous craignons que ce ne soit que le début et que d’autres démolitions aient lieu demain (aujourd’hui) », ont écrit dans un communiqué conjoint Save the Children, Norwegian Refugee Council, Oxfam, Danish Refugee Council, World Vision, Terre des hommes et Action Against Hunger.
Les sept ONG faisaient référence à une tournée de l’armée menée hier dans 16 campements pour s’assurer que le démantèlement des constructions en béton a bien été effectué. Dans un communiqué, l’armée a indiqué avoir demandé à ce que les habitations en béton soient détruites dans quatre autres campements de la région. Cité par l’Agence nationale d’information (ANI, officielle), le président de la municipalité de Ersal, Bassel Hojeiry, a assuré que « tout le monde respecte » la décision du Conseil supérieur de défense.
« Priver les réfugiés de leurs habitations, qui sont déjà assez basiques, et les laisser dans la rue n’est pas une solution. Les démolitions à Ersal interviennent dans le cadre de la détérioration des conditions de vie des réfugiés syriens. Ces derniers mois, ils ont fait face à un environnement de plus en plus coercitif, qui rend leur vie encore plus dure », expliquent les ONG. Depuis quelque temps, les réfugiés syriens font face à une vague de xénophobie sans précédent et leur présence suscite des craintes concernant une possible implantation au Liban.
« Si les démolitions vont se poursuivre, nous appelons les autorités à offrir des alternatives aux réfugiés, à leur permettre de prendre leurs effets personnels ou à leur accorder plus de temps pour trouver des refuges à leurs familles, ajoute le communiqué. Ersal souffre de conditions météorologiques extrêmes, avec des inondations et des hivers très durs notamment. Forcer les réfugiés à rester dans de simples tentes pose un risque quant à leur santé et leur sécurité. Il y a également une large proportion de réfugiés à besoins spéciaux à Ersal. Nous appelons le Liban à honorer ses engagements pris à la conférence de Bruxelles et les donateurs à continuer à soutenir le gouvernement libanais pour qu’il puisse accueillir les réfugiés dans la dignité », poursuit le texte.
En avril dernier, le Conseil supérieur de défense avait demandé que les constructions dans les camps de réfugiés syriens utilisant des matériaux autres que le bois ou les bâches en plastique soient démolies. La décision devait être exécutée d’abord à Ersal. Les réfugiés avaient jusqu’au 9 juin pour détruire les constructions en béton, mais le délai a été étendu jusqu’au 1er juillet. Au 27 juin, presque la moitié des maisonnettes ont été démolies à Ersal par leurs habitants, soit plus de 2 700 structures, selon des chiffres avancés par les sept ONG précitées.


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