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Culture

Un trophée (de plus) pour William Sawaya !

Design

Le designer libano-italien est le concepteur de la coupe du Mondial féminin de football. Il répond aux questions de « L’OLJ ».

08/06/2019

Décidément, le design libanais investit toutes les sphères. Même celle du ballon rond ! Alors que s’est ouverte, hier, la Coupe du monde féminine de football, ce n’est pas tant sur les joueuses que sur le trophée (qui sera remis à l’équipe gagnante le 7 juillet à Lyon) que l’attention de certaines rédactions de magazines (en Italie et en France surtout) s’est cristallisée. Le premier à s’étonner de ce buzz est son concepteur : le fameux William Sawaya. Certes, on n’attendait pas vraiment le designer international d’origine libanaise dans ce registre, lui dont le sigle « Sawaya & Moroni » est synonyme d’avant-garde et de dolce vita au luxe épuré. Un domaine sportif qu’il a néanmoins investi depuis plus de… 20 ans, précise-t-il à L’Orient-Le Jour. Depuis la toute première commission que lui a confiée la FIFA pour le championnat du monde de foot féminin en 1999. Une conception dont l’épurement des lignes et le luxe des matières reste quand même fidèle à la griffe élégante qu’on lui connaît. Juste légèrement réactualisé au niveau de sa base resserrée dans une forme conique, ce trophée signé William Sawaya défend une certaine idée du design, celle d’un défi créatif.


Qu’est-ce qui vous a amené à concevoir le trophée de la Coupe du monde féminine de football cette année ? Êtes-vous un fan de foot ?

Votre question me flatte, car ce n’est pas un concept d’aujourd’hui, mais cela fait exactement 20 ans que ce trophée a été conçu pour la FIFA. Avec le développement des matchs féminins, la fédération a ressenti, en 1998, le besoin de créer un nouveau trophée qui les valorise. Ironie du sort, elle s’est adressée à moi, qui ne comprend rien au foot. Je regarde seulement les deux derniers matchs du championnat du monde, juste pour ne pas me retrouver tout seul sans la moindre compagnie au cours de ces soirées. J’ai eu envie de relever le défi, car l’exercice n’était pas si aisé. Ce trophée devait être féminin sans être trop sexy, festif mais en même temps prestigieux, riche et non tapageur… Depuis, j’ai dessiné 4 autres trophées pour la FIFA : Coupe du monde U20 ; Coupe du monde féminine U20 ; Mondial des clubs et championnat du monde de Fustal (football en salle).


Parlez-nous du choix « classique » des matériaux utilisés pour la conception faite main, dit-on, de cette pièce, alors qu’on le sait, votre préférence va aux matières nouvelles ?

Comme l’acteur qui doit savoir incarner tous les personnages, un bon designer doit savoir répondre à toute commission de créativité et l’interpréter en formes et en matières. Le défi d’une matière nouvelle réside dans la possibilité de lui attribuer une nouvelle utilisation et une forme innovante pour créer un objet qui n’existait pas auparavant. Par contre, le défi d’une matière dite noble et classique réside dans la capacité à utiliser son côté traditionnel (avec le respect qui lui est dû) tout en lui attribuant un nouveau souffle qui la rend immédiatement actuelle et contemporaine…


Vous avez, dit-on, un goût poussé pour le design de chaises, objet fonctionnel par excellence. N’est-ce pas un peu paradoxal de « designer » un objet finalement aussi inutilisable qu’un trophée ?

Je me considère comme un designer et pas comme un « designer de chaises » uniquement, mais vu que je n’aime pas les choses trop faciles, je travaille souvent « la chaise » qui est considérée comme l’objet le plus difficile à dessiner.

Par ailleurs, je ne suis pas du tout d’accord avec ce que vous dites sur le fait de concevoir un trophée. On ne jette pas à la poubelle l’occasion de dessiner un objet, certes non fonctionnel pour des milliers d’utilisateurs, mais qui profite d’une visibilité planétaire durant les jeux tous les quatre ans. Je pense au designer Abel Lafleur qui a conçu la coupe « Jules Rimet » en 1930, qui a duré jusqu’en 1970 quand la dernière coupe a été remise à l’équipe brésilienne (cinq fois championne du monde).


Après le trophée des footballeuses, si on vous demande de concevoir un objet spécifique aux « femmes de footballeurs », qu’est-ce que vous proposeriez ?

Un téléphone extrêmement « flashy » pour se faire les selfies durant les matchs ou bien un sac énorme clouté de diamants pour contenir tout l’argent que les footballeurs gagnent...


Un designer trônant au Metropolitan Museum

Son nom est devenu un label international, synonyme de design d’avant-garde et de luxe discret. William Sawaya n’est plus à présenter. Avec son associé Paolo Moroni, il a fondé, en 1984, à Milan, la Sawaya & Moroni Contemporary Furniture qui, outre ses propres créations, édite celles d’architectes célèbres hissés au rang d’icônes, comme Michael Graves, Zaha Hadid, Ettore Sottsass, David Adjaye, Daniel Libeskind ou encore Dominique Perrault (pour n’en citer que quelques-uns). Viscéralement imprégné de culture italienne mais attaché à ses racines libanaises, William Sawaya imprègne ses créations, aux formes, lignes et matières souvent inédites, quasi abstraites, d’une sorte de lyrisme méditerranéen, une sensualité joyeuse mais toujours élégante. Parmi ses pièces les plus connues, le fauteuil Olga ou encore les chaises Darwish, Gravity, Maxima ou encore la Calla qui trône au Metropolitan Museum of Art à New York.

Fiche technique

En métal argenté plaqué or, jaune et blanc (24 carats), le trophée de la Coupe du monde féminine de football mesure 47 cm de haut et pèse 4,6 kg. Posé sur un pied conique en marbre vert serpentine taillé à la main, il s’étire en une spirale qui enveloppe en son sommet le ballon rond. Un design spécialement pensé pour refléter « l’athlétisme, le dynamisme et l’élégance des joueuses », indique William Sawaya.



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C’est joyeux de lire de positives nouvelles :)

Bustros Mitri

Les trophées féminins de la boxe ,de la lutte gréco-romaine, et de l’halterophilie restent à faire...

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