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Moyen Orient et Monde

En Libye, la solidarité sociale au secours des déplacés des combats

Reportage
OLJ
17/05/2019

Parmi les déplacés, ils sont les plus nombreux mais les moins visibles : la majorité de plus de 60 000 civils fuyant les combats en Libye ne trouvent pas refuge dans des centres d’accueil, mais souvent chez des proches, ou de simples connaissances.

Devant le portail d’une maison à Janzour, en banlieue ouest de Tripoli, Chihab observe, un ballon sous le bras, les enfants du quartier jouer. Il n’ose pas s’approcher car il ne les connaît pas. Il tente de se consoler : « Au moins, j’ai ma console pour jouer tout seul, puisque je n’ai pas d’amis dans ce quartier. » Âgé de sept ans, le garçon est arrivé chez son oncle mi-avril, accompagné de ses parents et de sa sœur, après avoir fui leur maison de Aïn Zara, au sud de Tripoli, devenue un champ de bataille. Sa sœur Alia, 10 ans, souffre de cet exil forcé, après avoir laissé derrière elle tout ce qui lui est familier. « Je veux rentrer chez moi et retrouver mon école. L’école a fermé encore une fois à cause de la guerre et j’ai dû me séparer de mes amies, de ma chambre et de mes jouets », déplore-t-elle. Leur père, Abdelhafid, aurait voulu trouver un appartement meublé à louer pour le ramadan. « Mais les propriétaires demandent des loyers astronomiques. Ils exploitent notre malheur », soupire ce professeur de géographie dans un lycée. « Je ne sais pas ce que j’aurais fait si mon frère ne m’avait pas ouvert sa porte », poursuit-il.

Positions figées

Comme lui, des milliers de Tripolitains ont dû fuir leurs maisons depuis le début, le 4 avril, de l’offensive sur la capitale des troupes du maréchal Khalifa Haftar, le maître de l’Est libyen. Après une progression rapide, les pro-Haftar font face à une opposition farouche de la part des forces loyales au gouvernement d’union nationale (GNA), basé à Tripoli et reconnu par la communauté internationale.

Les positions militaires sont figées, mais des combats ont toujours lieu aux portes de Tripoli, dans la banlieue sud, en particulier à Aïn Zara, mais aussi à Salaheddine et Khalat al-Ferjan (environ 20 km du centre-ville), et autour de l’aéroport international de Tripoli, inutilisé depuis sa destruction en 2014 par des combats. L’intensité des affrontements a baissé depuis le début du mois de jeûne musulman de ramadan le 5 mai. Mais des raids aériens nocturnes visent quotidiennement des secteurs jusqu’ici épargnés par les combats, qui ont fait 454 morts et plus de 2 000 blessés, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). « Notre principale inquiétude porte sur les civils qui vivent près des lignes de front. Des quartiers densément peuplés deviennent progressivement des champs de bataille », a déclaré le directeur du bureau du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Tripoli, Youness Rahoui.

« Monter la garde »

Habiba a dû partir rapidement de sa maison lorsque ses voisins lui ont annoncé qu’ils quittaient le quartier situé sur la route menant à l’aéroport. Mais, pour elle, le centre d’hébergement n’était pas une option. Des amis de son mari lui ont permis de s’installer avec ses enfants dans un appartement qui servait de bureaux pour une compagnie étrangère, à Siyahia, dans l’ouest de Tripoli. La famille dort sur des matelas entre les bureaux et les fauteuils. Mais Habiba considère malgré tout qu’elle a de la « chance ». « Car souvent nos proches n’ont pas la place ou les moyens d’accueillir une famille entière », explique-t-elle. Elle dit vouloir rejoindre son mari, qui vit à l’étranger. Et pour ses enfants, « l’année scolaire est fichue de toute façon », les cours ayant été suspendus dans plusieurs écoles transformées en refuge de fortune pour des dizaines de familles en détresse.

Dans certains secteurs de la banlieue sud de Tripoli, de nombreuses habitations ont été endommagées ou détruites par les combats. À Gasr Ben Ghachir, l’un des quartiers les plus touchés, la plupart des familles ont fui. Même si ses proches ont quitté la maison familiale pour se réfugier chez des parents, Hamza, 29 ans, veut rester pour « monter la garde », par crainte de pillage, et parce qu’il ne se « sent pas à l’aise chez les autres ». Joint par téléphone par l’AFP, il affirme disposer d’assez de provisions pour tenir encore quelques jours. Les « dernières semaines ont été éprouvantes et j’ai besoin de repos », concède-t-il. « Si ça continue, je partirai en Tunisie » voisine, affirme-t-il, avant de conclure avec humour : « J’ai pas mal d’économies et d’amis là-bas. Et en plus la saison estivale arrive. Je ferai le touriste, le luxe ! »

Rim TAHER/AFP

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