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Culture

Ces « Images de la transcendance » raconteuses d’histoires...

Cimaises

À la villa Audi, une exposition d’icônes melkites dévoile des pièces importantes, dont la plupart n’étaient jamais sorties, jusqu’à présent, des couvents et monastères.

Zéna ZALZAL | OLJ
14/05/2019

On connaît évidement les icônes orthodoxes et byzantines. Beaucoup moins l’iconographie orientale melkite. L’exposition Icônes melkites; images de la transcendance vient remédier à cette lacune en présentant sur les cimaises de la villa Audi une belle sélection de pièces tirées essentiellement des collections des monastères melkites appartenant aux trois grands ordres religieux basiliens : choueirites, salvatoriens et alépins.

Organisé par le père Nicolas Riachy, jeune prêtre de la paroisse grecque-catholique de Bickfaya, lequel s’est spécialisé en Italie en théologie de l’icône, cet accrochage est évidemment sous-tendu d’un dessein évangélique. Sauf qu’il offre aussi un intérêt artistique non négligeable. Car il met en lumière ce qui fait la spécificité et donne sa couleur particulière à l’iconographie de cette église orientale aux confluents des rites orthodoxe et catholique. À savoir un mélange d’empreintes byzantines, syro-antiochiennes, arabo-islamiques, mais encore latines, c’est-à-dire venant de l’art occidental.


Icône miraculeuse
Scénographie chronologique pour les 81 pièces qui déroulent des scènes de l’Évangile, dont la plus ancienne (circa 1650) est signée Youssef el-Moussawer. Considéré comme l’un des plus importants peintres d’icônes de l’école d’Alep, ce prêtre a été le fondateur d’une vraie lignée d’iconographes, sur trois générations. Son fils Nehmé, son petit-fils Hanania, surnommé le Michel-Ange d’Alep, et son arrière-petit-fils Girgis Hanania produiront, également à sa suite, quelques-unes des plus belles icônes melkites du XVIIe siècle. Dont on retrouve plusieurs pièces dans cet accrochage.

Outre les attendus Christ Pantocrator, Vierge Hodigitria, saint Georges et saint Élie, largement imprégnés des traditionnelles règles iconographiques grecques, un grand nombre de pièces ont été choisies pour leur originalité dans le traitement de l’image ou leur rareté. À l’instar d’une Panaghia du XVIIIe siècle, une représentation quasi exceptionnelle de la Vierge entourée des disciples, « dont il n’existe que 4 exemplaires au sein de l’Église melkite », indique le père Riachy. Ou encore de cette fameuse icône miraculeuse, pièce phare de cette exposition, dont il aime raconter l’histoire : « En l’an 1737, une hostie qui avait été déposée sur la poitrine d’une petite fille mourante se brise et se met à suinter du sang. Remise au patriarche d’Alep de l’époque Maximus Hakim, ce dernier l’enchâsse au centre d’une icône sur laquelle il relate les faits. Cette hostie est toujours préservée et, depuis, l’icône est considérée comme miraculeuse. »

D’autres œuvres attribuées à Kyrillos al-Dimachqi (le Damascène), Choucrallah bin Zalloum, Hanna el-Qodsi ainsi que d’autres peintres anonymes, le plus souvent des moines, offrent également un aperçu de l’évolution de cet art sacré au fil des époques et des bouleversements de l’environnement dans lequel il naît.



(Lire aussi : L’émotion, hésychasme de l’icônepar Alain Tasso)


Un sultan sous l’archange
Ainsi, Girgis Hanania ose représenter en 1760, en plein joug ottoman, un archange Michel foulant du pied un personnage miniaturisé, évoquant par sa tenue et son attitude le sultan. Une œuvre audacieuse contrebalancée par la foule de personnages habillés à la turque que l’on retrouve dans de nombreuses icônes de l’époque. Par ailleurs, l’arrivée des missions occidentales en terre levantine (Syrie, Liban, Palestine) introduira dans l’iconographie melkite des saints, des fondamentaux et des rituels propres à l’Église latine, jésuites notamment, et qui n’existaient pas jusque-là dans la tradition orientale. À l’instar des représentations de saint Joseph au Lys, de sainte Catherine de Sienne, du Cœur de Jésus ou de la Vierge du Rosaire qui montrent clairement l’influence occidentale.

En fait, l’une des plus évidentes singularités de l’icône melkite, que met en lumière cette exposition, est ce mélange d’influence latine et d’art islamique que l’on y retrouve. Ici, une Nativité de la Vierge au coup de pinceau épais à la manière grecque, mais à la composition rappelant les peintures de retables italiens. Là, des ornementations en arabesques, ou encore des personnages bibliques aux tenues vestimentaires et accessoires (les sabres notamment) empruntés à la tradition ottomane…

Cette évolution retrace ainsi l’évolution de cette peinture à destination liturgique, ces Images de la transcendance propres à l’Église melkite, issues des deux principales écoles. La plus importante est celle dite d’Alep (XVIe-XIXe siècle). « La facture de ses œuvres est principalement identifiable à sa large utilisation de la dorure travaillée en ciselures d’arabesques empruntées à l’art islamique ainsi qu’aux inscriptions calligraphiées en langue arabe qui accompagnent les figures centrales », signale le prêtre organisateur. Et celle de l’école de Jérusalem. « Née plus tardivement, au XIXe siècle, elle a accompagné l’essor de la construction des églises. Les icônes qui lui sont imputées sont immédiatement reconnaissables à leur composition assez chargée, leurs couleurs extrêmement vives et surtout à une bien moindre utilisation de l’or. »


Conférences
En parallèle à cet intéressant accrochage, deux conférences sont programmées à la villa Audi, les jeudis 16 et 23 mai, à 18h. La première portera sur « Les icônes d’Alep » avec comme intervenants l’archevêque Paul Nazha et le Dr Mahmoud Zibawi. Et la seconde, intitulée « Les icônes d’Orient en leur temps », sera animée par le Dr Ray Jabre Mouawad et le père Nicolas Riachy. Ce dernier sera également disponible une heure avant chacune des conférences pour offrir à ceux qui le désirent un tour guidé de l’exposition. Qui s’accompagne également d’un très beau catalogue.

Villa Audi, jusqu’au 29 mai. Du lundi au vendredi, de 10h à 17h.




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