Thierry Neuville (Hyundai) a remporté hier le Tour de Corse, comptant pour le championnat du monde des rallyes (WRC), devant Sébastien Ogier (Citroën) à l’issue d’un final haletant. Elfyn Evans (Ford), en tête avant la dernière spéciale, a crevé dans les derniers kilomètres et n’a terminé que 3e au classement général. Neuville prend par la même occasion la tête du WRC, dont il n’était que 3e avant la course sur l’île de Beauté. Pascal Pochard-Casabianca/AFP
Le calendrier du championnat du monde des rallyes (WRC) pourrait ne plus accueillir le Tour de Corse – qui s’est terminé hier par la victoire de Thierry Neuville devant Sébastien Ogier – ou d’autres épreuves européennes et s’orienter vers le Japon, l’Afrique et la Chine si les projets de son promoteur se concrétisent. Depuis son retour en 2015 au calendrier WRC (il en avait été écarté en 2009), cette épreuve montre pourtant sa popularité tant auprès des pilotes que des spectateurs. « Certaines étapes pourraient en faire le plus beau rallye du monde », s’exclame le pilote Thierry Neuville.
Sur la route du col de Bavella, Antony Audard, gérant de l’auberge éponyme, se félicite du retour du rallye qui n’était pas passé par là depuis une trentaine d’années. « Les 40 places du gîte sont remplies et nous ouvrons avec une semaine d’avance pour profiter des retombées », indique-t-il. « Cela me ferait ch... » de le voir disparaître du calendrier, lance Jean-Marc Cornil, venu du Vaucluse et qui a assisté plusieurs dizaines de fois au Monte-Carlo, l’autre épreuve du WRC disputée en France.
Mais Oliver Cielsa, le directeur général et promoteur du championnat, regarde au-delà du continent européen pour l’avenir du WRC qui compte actuellement 14 épreuves par an. « Notre projet, sur lequel nous nous sommes mis d’accord avec la FIA (Fédération internationale de l’automobile), est de développer en permanence le calendrier (...) pour atteindre des régions et des fans qui jusqu’ici ne sont pas en contact » avec le championnat, souligne-t-il. Le Chili a fait son apparition cette année et le Japon s’annonce comme un candidat sérieux pour l’an prochain, avec le Kenya ultérieurement.
« Aujourd’hui, nous ne sommes ni en Asie, ni sur le continent africain, ni au Moyen-Orient, ni en Amérique du Nord. Si vous voulez être un véritable championnat du monde, vous devez y être », affirme le promoteur du WRC. Actuellement, 9 courses sur les 14 du calendrier se disputent en Europe. Oliver Ciesla juge que 14 épreuves sont un maximum pour des raisons budgétaires, et l’arrivée du Japon impliquerait qu’une épreuve européenne cède sa place, même s’il ne nomme pas la Corse en particulier. Il en serait sans doute de même pour le Kenya, souligne-t-il, une épreuve inscrite au WRC de manière quasi continue de 1973 à 2002.
Selon ses organisateurs, le Tour de Corse rapporte plus de 9 millions d’euros à l’île de Beauté. Cette année, ils ont davantage réparti les spéciales avec un départ à Porto-Vecchio dans le sud, un passage à Bastia dans le nord-est et une arrivée à Calvi dans le nord-ouest de l’île méditerranéenne. Le promoteur allemand souligne cependant que les États-Unis sont la région où le site internet payant, qui retransmet en direct les épreuves du WRC, a le plus d’abonnés, même si ce pays est aujourd’hui absent du WRC.
Révolution technologique
Le championnat se prépare également à une révolution technologique à l’horizon 2022, les règles étant édictées cette année pour que les constructeurs s’y préparent. Les bolides de quelque 380 chevaux du WRC utilisent des moteurs entièrement thermiques, alors que les monoplaces de F1 font place à des solutions hybrides (essence/électricité) et que la formule électrique (FE) gagne en popularité. Des discussions sont en cours entre la FIA et les constructeurs sur l’introduction de nouvelles technologies au niveau du WRC. Le rallye-cross (WRX) a, lui, décidé de devenir tout électrique à partir de 2021.
Sans s’engager sur la solution qui sera retenue, Oliver Cielsa précise que « ce que nous voulons, c’est toute forme de technologie qui attire l’intérêt des constructeurs. Nous voulons qu’ils nous rejoignent, et pour cela, nous devons trouver la bonne technologie ». Il indique que l’inclusion de dispositifs hybrides ou une solution toute électrique pourraient ouvrir au WRC les portes de la Chine, où les autorités favorisent de telles solutions.
En attendant, la Corse reste l’une des épreuves phares du calendrier et attire un nombreux public. « Si ce n’est pas le rallye, cela sera autre chose », affirme toutefois Patrice Calligaro, vendeur de charcuterie corse sur le port de Porto-Vecchio, rappelant que cette ville a accueilli en 2013 le départ du Tour de France cycliste.
Source : AFP

