Des représentants militaires arrivent à l’ouverture de la session annuelle du Parlement au Palais du peuple, hier à Pékin. Thomas Peter/Reuters
La Chine a encore annoncé hier un budget militaire en hausse pour 2019 : s’il reste très loin de celui des États-Unis et en phase avec la croissance économique, son augmentation peut inquiéter en Asie.
Pékin a haussé le ton face aux partisans de l’indépendance sur l’île de Taïwan et continue d’avoir des différends territoriaux avec certains de ses voisins – notamment le Japon, le Vietnam et les Philippines.
Le budget chinois de la défense, deuxième du monde après celui des États-Unis, augmentera de 7,5 % en 2019, à 1 190 milliards de yuans (177,6 milliards de dollars), a annoncé le Premier ministre Li Keqiang lors d’un discours devant le Parlement. Il s’agit d’une légère décélération par rapport à l’année dernière (+8,1 %).
À quoi servira ce budget ? La Chine insiste sur le besoin d’améliorer les conditions de vie des militaires, au diapason de l’inflation. La professionnalisation de l’Armée populaire de libération (APL) et la volonté du président Xi Jinping d’avoir des forces armées « prêtes au combat » exigent aussi des entraînements plus fréquents – qui demandent davantage de munitions et de carburant.
La Chine s’est aussi lancée dans une opération de rattrapage des équipements occidentaux : outre les emblématiques porte-avions (le second est en phase d’essai), elle conçoit une nouvelle génération de navires, d’avions de chasse et de missiles balistiques pour renforcer sa force de dissuasion.
Lasers et canons
Le département de la recherche et du développement du secteur de la défense travaille également sur de nouvelles technologies dites « de rupture » face à l’Occident, comme des lasers antisatellites ou les canons électromagnétiques.
« Les dépenses limitées de la Chine en matière de défense visent uniquement à préserver la souveraineté, la sécurité et l’intégrité territoriale du pays. Elles ne constitueront pas une menace pour les autres pays », a assuré lundi Zhang Yesui, le porte-parole du Parlement.
Le budget militaire n’a pas dépassé les 10 % de croissance depuis 2015 et reste environ quatre fois inférieur à celui des États-Unis. Ce dernier était en 2018 le premier mondial (643,3 milliards de dollars), devant la Chine (168,2), l’Arabie saoudite (82,9), la Russie (63,1), l’Inde (57,9), le Royaume-Uni (56,1), la France (53,4) et le Japon (47,3), selon le cabinet britannique International Institute for Strategic Studies (IISS).
« Les dépenses militaires chinoises sont coordonnées avec la croissance annuelle du PIB (qui était de 6,6 % l’an passé), plus le taux d’inflation », note James Char, expert de l’armée chinoise à l’Université de technologie de Nanyang, à Singapour. « La Chine a d’autres priorités nationales. Si son économie nationale était surmilitarisée, cela pourrait priver le gouvernement de ressources dont il a grand besoin. On se rappelle de ce qui est arrivé à l’ex-URSS », dont la course aux armements avec Washington explique en partie la chute, note M. Char.
« Fantasmes »
La hausse des dépenses militaires de Pékin constitue-t-elle une menace ? « Tout dépend du point de vue », estime Barthélémy Courmont, chercheur spécialisé sur l’Asie à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) à Paris. « À Taïwan, on peut légitimement s’inquiéter des augmentations budgétaires chinoises parce qu’elles coïncident avec une posture plus agressive à l’égard de Taipei », juge-t-il.
Xi Jinping a averti début 2019 les partisans de l’indépendance taïwanaise que Pékin « ne promet pas de renoncer au recours à la force » pour récupérer l’île. Des manœuvres « d’encerclement » aériennes sont régulièrement réalisées par l’APL autour du territoire insulaire.
Le Japon peut lui aussi s’inquiéter de l’affirmation de puissance chinoise, qui nourrit la perception d’un déclin dans l’archipel. Et le Vietnam s’interroger sur un rapport de force qui se déséquilibre en mer de Chine méridionale, zone de différends maritimes bilatéraux.
« Pour le reste du monde, cette augmentation (du budget militaire) n’a pas d’autre impact que d’alimenter les fantasmes, en Europe occidentale notamment », estime Barthélémy Courmont.
« Car la question de l’utilisation de cette puissance militaire n’est que rarement posée et elle n’est pas évidente. Il convient par conséquent de rester prudent – parce que les différends existent –, mais sans non plus céder à une panique trop souvent inappropriée. »
Source : AFP

