X

Diaspora

Le « poète des cèdres » et les écrivains de la diaspora

Amérique latine

Un nouveau livre de Hyam Mallat fait la lumière sur la relation qu’entretenait son grand-père Chebli avec les fondateurs des journaux de l’émigration, mettant l’accent sur un patrimoine unique et négligé.

25/02/2019

L’ouvrage Chebli Mallat et les écrivains de la diaspora en Amérique latine vient de paraître en langue arabe, écrit par l’avocat, sociologue et écrivain Hyam Mallat, professeur à l’Université Saint-Joseph, auteur de nombreux ouvrages juridiques et littéraires. Dans cet opus, l’auteur écrit l’histoire de son grand-père Chebli Mallat, en se fondant sur ses propres archives privées, des journaux, des revues, des livres… ainsi que les propres écrits du poète.

Chebli Mallat, surnommé le « poète des cèdres », est né à Baabda en 1875 et décédé en 1961. Après des études au Collège de la Sagesse, sa vocation littéraire et politique s’est imposée rapidement. Son œuvre poétique a été publiée en deux volumes, en 1925 puis en 1951. L’Université Saint-Esprit de Kaslik a publié une nouvelle édition de plusieurs de ses pièces de théâtre en 2012. Outre son action publique au temps de la moutassarrifiya et du mandat français, il a représenté le Liban dans plusieurs pays arabes lors de cérémonies littéraires et poétiques, dont celle d’Ahmad Chawki au Caire en 1927.

Dans son ouvrage, Hyam Mallat évoque un autre aspect de la carrière de cet homme hors du commun. Il écrit : « L’émigration libanaise, bien avant qu’elle ne devienne une épopée, a représenté un drame pour tous ceux qui ont été poussés à s’éloigner de leurs familles, de leurs villages pour des raisons diverses individuelles, économiques ou sociales… Cette émigration est restée précaire et très difficile pour les premières générations qui se sont orientées (fin du XIX siècle) vers l’Amérique latine et vers les autres continents où les premiers émigrés ont mené un magnifique combat pour transcender les obstacles et les défis, et ce afin de garantir leur rôle social et financier dans ces sociétés étrangères dont ils ignoraient même la langue. À l’issue de ce combat, et avec l’amélioration économique, sociale et financière, les intellectuels parmi ces émigrés se sont engagés à adopter l’écriture pour renforcer les liens entre les deux Liban et maintenir les émigrés en relation avec leur langue arabe. »

Il poursuit : « C’est pourquoi, à partir de 1894, la presse arabe dans les pays d’émigration de l’Amérique latine s’est constituée et s’est développée rapidement, comme il ressort des références et des études existantes dont, plus spécialement, le tome 4 de l’ouvrage du vicomte Philippe de Tarrazi, publié en 1934 par l’Université américaine de Beyrouth et dans lequel il a consigné la liste des journaux et des périodiques publiés en langue arabe dans tous les pays d’émigration du monde, notamment en Amérique latine, faisant entendre la voix des Libanais de ces pays et leur message à leurs proches et à leurs amis au Liban. »

De nombreux journaux ont été ainsi fondés en Amérique du Nord et du Sud. La presse, au début, était davantage un lien social visant à maintenir en vie les traditions et la langue arabe, et véhiculer des informations du pays d’origine. Ensuite, les publications ont été rédigées en arabe et/ou en portugais et espagnol.

Un patrimoine bientôt accessible

Hyam Mallat dit : « La littérature de l’émigration s’est caractérisée, dans ses publications poétiques, romanesques, théâtrales et surtout journalistiques, par sa profusion et son témoignage vivant et patrimonial. Toutefois, il est regrettable de relever que jusqu’à présent, aucune identification méthodique de cet apport considérable n’a eu lieu dans le cadre de listes bibliographiques et d’index comme c’est le cas avec les littératures européenne et américaine. Ainsi donc, une grande partie de cette littérature s’est perdue, et les chercheurs doivent compter le plus souvent sur la chance pour disposer de collections complètes ou même partielles des périodiques et des journaux qui ont publié la littérature de la diaspora en Amérique latine. C’est pourquoi il est nécessaire d’inciter les chercheurs à revenir vers ce patrimoine culturel et journalistique qui porte en lui les soucis et les espérances des Libanais de la diaspora, ceux qui ont voulu fonder ces revues et ces journaux pour maintenir des liens solides avec leurs parents et leurs amis au Liban, et sauvegarder ce patrimoine intellectuel et culturel. »

Dans le but de conserver ce patrimoine libanais dans la diaspora, la Bibliothèque et le Centre des études et cultures de l’Amérique latine (Cecal) de l’USEK a débuté le projet de numérisation du patrimoine de l’émigration en Amérique latine, qui est déjà en marche au Brésil et en Argentine. Bientôt, ce patrimoine sera disponible dans une bibliothèque numérique internationale de l’USEK, accessible aux chercheurs et au public en général. Les émigrés libanais en Amérique latine, en plus des grands commerçants, ont également été des écrivains, intellectuels, entre autres au Brésil Naoum Labaki, Nami Jafet (Yafet), Fawzi Malouf… Ils ont contribué par leurs écrits au développement du Liban et des pays qui sont devenus leurs nouvelles patries.

Des relations « durables et authentiques »

Comme l’écrit Hyam Mallat, Chebli Mallat avait établi des relations durables et authentiques avec les écrivains de la diaspora pour de nombreuses raisons : certains ont été ses élèves lors de la période où il a enseigné la rhétorique au début de sa carrière dans l’enseignement au Collège de la Sagesse à Beyrouth (1901-1907). D’autres ont été ses amis et ses parents dans son Baabda natal, comme ce fut le cas avec son parent Youssef Saleh Hélou – grand-père maternel de l’homme d’affaires Carlos Slim – et fondateur du journal al-Khawater au Mexique ou suite à une amitié de circonstance. Ainsi, selon son petit-fils, Chebli Mallat « a consacré une grande partie de sa production et de sa correspondance aux journaux et revues de l’émigration ; ce qui reste actuellement disponible représente un spécimen de cette relation entre les deux parties du Liban au cours de la première moitié du XXe siècle ».

L’auteur assure vouloir axer son ouvrage sur « cette relation longue et authentique de Chebli Mallat avec les écrivains de l’émigration, comme spécimen à considérer pour les études ultérieures qu’il y a lieu de mener pour sauver ce grand patrimoine ».

Cette page est réalisée en collaboration avec l’Association RJLiban. E-mail : monde@rjliban.com – www.rjliban.com

À la une

Retour au dossier "Diaspora"

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

La délicate position du Liban aux rencontres de La Mecque

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants