Suzanne el-Hajj. Photo tirée d’une page de soutien à Mme Hajj sur Facebook
Le tribunal militaire a interrogé jeudi l'ancienne directrice du bureau de lutte contre la cybercriminalité au sein des Forces de sécurité intérieure, Suzanne el-Hajj, et le pirate informatique Élie Ghabach, accusés tous deux d'avoir fabriqué de fausses preuves contre le dramaturge Ziad Itani, relâché sous caution mardi. Ce dernier avait été interrogé par ce même bureau suite à une plainte présentée par l'époux de Mme el-Hajj. La prochaine séance du procès a été fixée au 21 février prochain.
Lors de cet interrogatoire, M. Ghabach a de nouveau avoué qu'il avait crée un faux compte au nom d'une Israélienne nommée Nelly et qu'il avait envoyé plusieurs messages à M. Itani dont ce dernier n'a jamais pris connaissance. L'objectif de cette action, selon le pirate informatique, était de lancer une enquête contre le dramaturge, et pas de le faire accuser d'intelligence avec l'ennemi. M. Ghabach a expliqué que la Sécurité de l’État lui avait remis la somme de 1.600 dollars pour avoir des informations sur M. Itani, ajoutant que ce service lui avait promis la somme de 5.000 dollars s'il réussissait à fabriquer un dossier de même nature incriminant le journaliste Radwan Mortada.
Le pirate informatique a également déclaré qu'il avait agi en coordination avec Suzanne el-Hajj, qui lui avait demandé de trouver des preuves d'une relation entre le dramaturge libanais et les Israéliens, démentant que l'ancienne directrice du bureau de lutte contre la cybercriminalité l'ait payé pour cela.
Interrogée sur ces déclarations, Suzanne el-Hajj a nié avoir demandé au pirate informatique de créer un faux compte pour tendre un piège à M. Itani. Elle a expliqué avoir contacté M. Ghabach pour lui demander s'il pouvait travailler pour elle dans une société qu'elle venait de créer. Elle a également déclaré qu'elle était au courant des piratages de M. Ghabach. Interrogée par le juge Hussein Abdallah sur les messages que le pirate informatique lui aurait envoyé, selon les dires de ce dernier, au sujet de M. Itani, Mme el-Hajj a déclaré qu'elle n'avait jamais ouvert ces messages.
En mai dernier, le premier juge d’instruction militaire, Riad Abou Ghida, avait accepté la remise en liberté sous caution d’élection de domicile de Mme el-Hajj. M. Ghabach, lui, est toujours détenu.
Suzanne el-Hajj avait été arrêtée le 2 mars dernier par les services de renseignements des FSI. Elle est poursuivie pour fabrication de fausses preuves contre le dramaturge Itani et pour "cyberattaques et piratage visant des sites de ministères, d’institutions sécuritaires et de banques libanaises, de sites d’information et d’autres sites, au Liban et à l’étranger". M. Itani, accusé alors d’intelligence avec Israël, avait été emprisonné à tort pendant quatre mois avant d’être libéré le 13 mars. Le dramaturge a par la suite coécrit, avec Khaled Soubeih, une pièce satirique intitulée W'ma Tallit Colette (Colette n'est pas venue), pour raconter son histoire, Colette étant l'agente israélienne présumée.
L’ancienne directrice au sein des Forces de sécurité intérieure est accusée d’avoir "utilisé les services du pirate informatique pour fabriquer des conversations afin de faire accuser Ziad Itani d’avoir pris contact avec une jeune Israélienne".
Suzanne el-Hajj avait perdu son poste à la suite du retweet d’un message ironique sur les femmes en Arabie saoudite. Un certain Ziad Itani avait diffusé la capture d’écran de son retweet et la fonctionnaire aurait monté l’affaire pour se venger, mais se serait trompée de victime en raison de l’homonymie.


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