Le musée du KGB à New York propose une virée dans l’univers d’un monde soviétique aujourd’hui disparu, grâce aux soins apportés au décor. Timothy A. Clary/AFP
Portraits de Lénine sur les murs, musique militaire soviétique en fond sonore, bureaux d’agents du KGB soigneusement reconstitués : bienvenue au nouveau musée new-yorkais consacré aux services de renseignements de l’Union soviétique (URSS), qui fait revivre la guerre froide au cœur de Manhattan. Principale spécialité de ce musée, conçu par l’historien lituanien Julius Urbaitis, les technologies les plus pointues utilisées par les services de renseignements soviétiques.
Le vaste hall d’exposition, sur la 14e rue, abrite quelque 3 500 objets originaux, que Julius Urbaitis (55 ans) dit avoir rassemblé en 30 ans de recherches « dans le monde entier ». Des dizaines de caméras et appareils photo conçus par le KGB pour être dissimulés dans des boutons, des ceintures ou autres accessoires vestimentaires, micros miniatures, cachettes à documents insérées dans des talons de chaussure... On trouve aussi une réplique du fameux parapluie bulgare, le parapluie tireur de poison utilisé en 1978 à Londres pour assassiner le dissident bulgare Gueorgui Markov, un des épisodes emblématiques de la guerre froide. Ou encore un sceau américain géant, offert en 1945 par des écoliers à l’ambassadeur américain Averell Harriman, avec dedans un minuscule micro fonctionnant à l’énergie électromagnétique, technologie pionnière à l’époque. Rapporté à l’ambassade américaine à Moscou, il permit aux Soviétiques d’écouter, des années durant, des conversations dans l’ambassade.
Décors d’époque
Le musée propose une virée dans l’univers d’un monde soviétique aujourd’hui disparu, grâce aux soins apportés au décor : riche en mobilier, uniformes, livres et menus objets utilisés par les agents soviétiques, depuis le petit livret de l’agent tchékiste (la Tcheka fut l’ancêtre du KGB) en passant par des cigarettes d’origine ou des tasses de thé, jusqu’aux téléphones et machines à écrire. Et pour ceux qui peuvent s’offrir une visite guidée (l’entrée simple coûte 25 dollars par adulte, la visite guidée 43,9 dollars), les guides sont de vrais russophones, comme Sergueï Kolosov, ex-détective pour la police de Saint-Pétersbourg qui a utilisé certains de ces objets.
Le musée est privé. Julius Urbaitis et sa fille, Agne Urbaityte (29 ans), ont tout organisé, mais n’en sont que les conservateurs, expliquent-ils. Le propriétaire est « une société américaine », elle veut garder l’anonymat, mais comprend des collectionneurs, disent-ils sans plus de précision. Ces collectionneurs avaient entendu parler des recherches de Julius Urbaitis et, notamment, du bunker nucléaire que lui et sa fille ont converti en musée du KGB, en 2014, dans leur ville lituanienne de Kaunas. « Les Américains sont venus plusieurs fois en Lituanie et m’ont demandé si je ne pouvais pas faire un musée aux États-Unis, dit-il. Ils ne voulaient pas (...) de quelqu’un qui n’aurait pas connu le régime » soviétique.
La Lituanie, annexée comme les deux autres pays baltes – Lettonie et Estonie – par l’URSS pendant la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), n’a retrouvé son indépendance qu’à la chute de l’URSS en 1991, quand Julius Urbaitis avait 27 ans. Comme « tous ceux qui voulaient arriver à quelque chose » en URSS, l’historien a adhéré à des organisations communistes pour la jeunesse, comme les Pionniers et les Komsomols. Aujourd’hui, il se dit « apolitique », avec pour seule ambition de « faire de ce musée le meilleur du monde sur les technologies du KGB ».
iPhone et réseaux sociaux
Julius Urbaitis ne cherche pas à documenter les technologies actuelles d’espionnage, liées souvent aux objets connectés du quotidien. « Aujourd’hui, nos ordinateurs et nos iPhones sont les meilleurs espions, c’est nous-mêmes qui fournissons les informations, c’est plus facile pour les agents », dit-il.
Le contexte est porteur pour ce musée : entre les accusations d’espionnage russe, les soupçons de collusion avec l’équipe de campagne de Donald Trump ou l’empoisonnement de l’ex-agent double Sergueï Skripal au Royaume-Uni, attribué à Moscou. Et le KGB est au cœur de la série à succès The Americans, librement inspirée de la vie d’espions soviétiques installés pendant des années aux États-Unis et parfaitement américanisés. À peine ouvert, le musée a déjà accueilli des centaines de visiteurs. « Nous avons été bien occupés depuis l’ouverture », sourit Agne.
Jim Lytle, un publicitaire retraité venu dernièrement visiter les lieux avec son épouse, est reparti emballé. « Cela montre vraiment comment nos deux pays essayaient constamment d’obtenir les secrets de l’autre », dit-il, avant d’ajouter : « Nous sommes dans un autre type de guerre maintenant, beaucoup se passe sur internet et sur les réseaux sociaux. »
Catherine TRIOMPHE/AFP


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