Emmanuel Macron raccompagnant son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi après leur rencontre à l’Élysée à Paris le 24 octobre 2017. AFP photo
Emmanuel Macron arrive dimanche en Égypte avec l’ambition de renforcer « le partenariat stratégique » avec le pays le plus peuplé du monde arabe, que Paris soutient comme pôle de stabilité au Moyen-Orient en dépit des critiques sur les droits de l’homme.
Ce déplacement de trois jours est l’un des rares à l’étranger qu’effectue en ce début d’année le président français, qui se concentre depuis plus de deux mois sur la crise sociale des « gilets jaunes ».
Son maintien dans l’agenda témoigne de l’importance qu’accorde la France à l’Égypte, « un pays de 100 millions d’habitants, absolument essentiel pour la sécurité et la stabilité du Moyen-Orient et de l’Europe », souligne la présidence française. Paris y voit aussi « un immense marché » dont la France n’est que le onzième fournisseur. Une percée a toutefois été réalisée ces dernières années, en particulier dans l’armement avec six milliards d’euros de contrats depuis 2015.
Vingt-quatre avions Rafale ont déjà été livrés et des négociations sont en cours pour l’acquisition de 12 autres, mais aucun contrat ne doit être annoncé durant ce voyage. « Il n’est pas exclu que l’Égypte complète sa flotte de Rafale dans les mois qui viennent, mais il n’y aura pas de signature de contrats » lors de la visite, a indiqué la présidence.
Emmanuel Macron entamera dimanche son séjour par l’un des sites emblématiques du pays, les temples d’Abou Simbel, dans l’extrême-sud. Accompagné de son épouse Brigitte, il visitera ces deux temples, taillés sous le règne de Ramsès II, pour célébrer le 50e anniversaire de leur sauvetage historique afin d’éviter leur inondation par le Nil. Depuis Champollion, le père de l’égyptologie au début du XIXe siècle, « l’archéologie est au cœur des relations franco-égyptiennes », rappelle l’Élysée. Les Français espèrent se voir confier d’autres missions de fouilles ou de mise en valeur des sites antiques, comme celui de Saqqarah, au sud du Caire. Ils cherchent aussi à participer au futur Grand Musée égyptien de Gizeh et à la rénovation du célèbre musée archéologique du Caire.
Paris « préoccupé »
Lundi, Emmanuel Macron sera reçu au palais présidentiel par Abdel Fattah al-Sissi, l’homme fort du pays depuis la destitution par l’armée du président islamiste élu Mohammad Morsi, en 2013. Ils discuteront de la lutte antiterroriste et des crises régionales : la Libye, préoccupation majeure de l’Égypte qui partage une longue frontière avec ce pays en plein chaos, ainsi que la Syrie ou le conflit israélo-palestinien.
Le président français va également « mettre clairement sur la table » les questions très sensibles du respect des droits de l’homme. « Nous sommes préoccupés par la situation actuelle », indique la présidence française, où ont été reçues ces derniers jours des ONG. « Nous attendons des messages forts et des changements en termes de pratique, tout particulièrement sur la question du transfert des armes françaises vers l’Égypte », a déclaré Yves Prigent, d’Amnesty International. Sont mises en cause les ventes de blindés légers qui, selon des ONG, ont été utilisés pour réprimer des opposants.
En octobre 2017, lors de la visite de M. Sissi en France, Emmanuel Macron avait refusé de lui « donner des leçons » sur la question des droits de l’homme, provoquant l’indignation des associations. Une approche qui a, semble-t-il, évolué, Paris étant désormais « prêt à assumer publiquement » qu’il a « son mot à dire ».
Une trentaine d’accords ou de contrats devraient être signés pour un montant de « plusieurs centaines de millions d’euros » dans les domaines des transports, des énergies renouvelables, de la santé ou de l’agroalimentaire. Une cinquantaine de patrons français seront d’ailleurs présents au Caire.
« Le président Sissi cherche à attirer des investissements étrangers, notamment français, en Égypte », indique Mostafa Kamel el-Sayed, professeur de sciences politiques. Confronté à une crise économique aiguë après la révolte de 2011, le pays a obtenu un prêt de 12 milliards de dollars du FMI et mis en place des réformes économiques drastiques. Lors d’une récente visite au Caire, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a salué « les choix courageux » du président Sissi, qui font « de l’Égypte un marché encore plus intéressant pour les entreprises françaises ». Après son départ du Caire mardi, Emmanuel Macron fera une escale de quelques heures à Chypre pour le sommet Med7 des pays du sud de l’Union européenne.
Source : AFP

