Les opérations militaires contre le groupe État islamique (EI) en Syrie touchent à leur fin et les jihadistes seront chassés d’ici à un mois des dernières poches de leur soi-disant « califat », a déclaré un haut commandant impliqué dans l’offensive. Dans une interview exclusive accordée à l’AFP jeudi près de Hassaké, dans le nord de la Syrie, Mazloum Kobani, commandant en chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), a également plaidé pour que cette alliance arabo-kurde, fer de lance de la lutte contre l’EI, bénéficie à l’avenir d’un « statut spécial » de la part du régime de Bachar el-Assad.
Les FDS, soutenues par la coalition internationale antijihadiste menée par Washington, ont lutté contre l’EI « au nom de l’humanité et même de l’armée syrienne », a fait valoir M. Kobani. « L’opération de nos forces contre l’EI dans son dernier réduit touche à sa fin, et les combattants jihadistes sont désormais cernés dans un secteur » de la province orientale de Deir ez-Zor, a-t-il souligné. « Nous avons besoin d’un mois pour éliminer ce qu’il reste de l’EI dans ce secteur », a-t-il ajouté. M. Kobani a expliqué que la bataille est compliquée par l’utilisation par l’EI, depuis la perte de Raqqa, de nouvelles tactiques, comme l’activation de « cellules dormantes, le recrutement secret de combattants et des opérations-suicides, des attentats à la bombe et des assassinats ». Se targuant du rôle crucial des FDS dans la lutte contre l’EI, M. Kobani a estimé que celles-ci devront bénéficier « d’un statut spécial », même si elles venaient à être intégrées dans le futur dans l’armée syrienne régulière. « C’est notre ligne rouge, et nous ne ferons pas de concession », a-t-il insisté.
Préserver une certaine autonomie
Les Kurdes, qui ont établi une autonomie de facto sur des régions du nord de la Syrie à la faveur de la guerre qui ravage ce pays depuis 2011, négocient actuellement avec le régime pour préserver une certaine autonomie dans le futur. Les FDS contrôlent environ un tiers du territoire syrien. Pour sa part, le régime contrôle désormais deux tiers du pays après avoir reconquis des territoires aux rebelles et aux jihadistes avec l’aide de la Russie, de l’Iran et du Hezbollah libanais. Il refuse d’accepter une autonomie des régions kurdes. Depuis juillet, des représentants politiques de cette minorité, longtemps marginalisée, négocient toutefois avec le régime afin d’arriver à une décentralisation favorable à leur région. Ils craignent en effet une offensive turque contre eux depuis l’annonce du retrait des soldats américains de Syrie. « Les discussions sont en cours, mais n’ont pas encore donné de résultat positif », a indiqué M. Kobani. Selon lui, le régime « continue à penser qu’il peut revenir à la situation d’avant 2011 », année où la guerre a éclaté. « Il espère toujours pouvoir prendre militairement le contrôle de toute la région, mais il doit comprendre que c’est impossible. »
Par ailleurs, le président turc Recep Tayyip Erdogan a appelé hier à la création « dans quelques mois » d’une « zone de sécurité » dans les régions syriennes frontalières de la Turquie, faute de quoi Ankara se chargera seul de la mettre en place. « Nous nous attendons à ce que la promesse de créer une zone de sécurité pour protéger nos frontières des terroristes soit tenue dans quelques mois. Sinon, nous nous en chargerons nous-mêmes », a déclaré M. Erdogan dans un discours retransmis à la télévision.
Source : AFP

