Cem Oksuz/Turkish Presidential Press Office/Handout via REUTERS
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a appelé vendredi à la création "dans quelques mois" d'une "zone de sécurité" dans les régions syriennes frontalières de la Turquie, faute de quoi Ankara se chargera seul de la mettre en place.
"Nous nous attendons à ce que la promesse de créer une zone de sécurité pour protéger nos frontières des terroristes soit tenue dans quelques mois. Sinon, nous nous en chargerons nous-mêmes", a déclaré M. Erdogan dans un discours retransmis à la télévision. "Notre patience n'est pas sans limites et nous n'allons pas attendre indéfiniment que la promesse donnée soit tenue", a-t-il ajouté.
Le président américain Donald Trump a proposé mi-janvier la création d'une "zone de sécurité" d'une largeur de 30 km "le long de la frontière" en Syrie, une idée soutenue par les autorités turques qui se disent prêtes à mettre un tel projet en oeuvre. La Turquie explique que cela répond au besoin d'éloigner de sa frontière les milices kurdes syrienne YPG, qu'elle considère comme "terroristes", et le groupe Etat islamique (EI). Mais les YPG, qui contrôlent une grande partie des territoires du nord de la Syrie, et qui sont alliées aux Américains, sont hostiles à cette proposition.
La Russie, l'un des principaux acteurs dans le conflit syrien qui dure depuis 2011, a pour sa part appelé à un retour du régime syrien dans ces régions après le retrait prévu des forces américaines.
Dans un entretien téléphonique dimanche, MM. Trump et Erdogan se sont mis d'accord pour accélérer les discussions en cours entre les généraux de leurs deux pays concernant ce projet de "zone de sécurité".
La Turquie considère les YPG comme la branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui livre une sanglante guérilla à l'Etat turc depuis 1984, et redoute de voir s'installer le long de sa frontière, un embryon d'Etat kurde susceptible de renforcer les velléités séparatistes sur le sol turc.
M. Erdogan et d'autres responsables turcs affirment depuis quelques jours que la Turquie est fondée à intervenir sur le sol syrien sur la base d'un accord qu'elle a signé en 1998 avec la Syrie aux termes duquel cette dernière s'était engagée à empêcher le PKK d'opérer dans le nord de son territoire.
L'accord, connu sous le nom de "protocole d'Adana", avait été signé dans cette ville turque pour mettre fin à une crise entre Ankara et Damas provoquée par la présence en Syrie à l'époque du chef du PKK Abdullah Öcalan et de bases du groupe.
La Turquie estime que ce protocole lui donne le droit d'intervenir sur le territoire syrien contre le PKK et ses affiliés faute d'actions du régime syrien contre eux.


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