Hommage à May Menassa

Nos yeux pleins de larmes

Il est difficile de supporter pareille absence, pareille douleur. Comment croire que la gentille May, la douce May, se soit ainsi dérobée aux yeux ? May Menassa n’avait pas ces seules qualités que j’ai dites, on aimait la citer comme un être parfaitement exemplaire pour plusieurs raisons.

D’abord, elle s’est dévouée comme pas une pour un frère, dont on connaît par son livre et celui de sa sœur Vénus Khoury, tous deux poignants, le tragique destin.

À part ses qualités proprement littéraires et ses qualifications, puisqu’elle avait des diplômes en lettres, May était attentive à tous, elle était à l’écoute. Si vous lui remettiez un livre dont elle devait faire la critique, elle était tellement perfectionniste qu’elle en extrayait toute la substance. L’écoute de l’autre était chez elle de la même nature que son attention à la musique, dont elle était par ailleurs passionnée. Aussi, attentive à tout être humain, elle passait au-delà des apparences, des phénomènes et parfois même des défauts, pour atteindre l’essence invisible aux yeux, invisible aux cœurs. Je l’admirais et c’est peu dire. Nous avions déjà le même courageux et attentionné éditeur. Chez lui, Érick Bonnier, elle devait publier un second roman en français. Car May, quoique arabophone, ce qui est une chance rare, jouissait tout autant d’une belle plume en langue française. Son livre, qui devait paraître bientôt et être signé par elle à Beyrouth le 13 avril, vraisemblablement en mémoire du triste avril date du déclenchement de la guerre au Liban, porte un beau titre : L’Enfant aux yeux pleins de larmes. Mais qui le signera pour elle ?

Je l’ai ces derniers temps plusieurs fois contactée. Malgré une chute terrible, où elle avait cassé huit côtes, on pouvait espérer qu’elle s’en tirerait, et elle-même dans sa générosité n’a pas hésité à se rendre à l’hôtel al-Bustan, y annoncer la saison musicale nouvelle. C’est là que nous l’avons vue pour la dernière fois, c’est là que nous avons eu la chance, qui ne peut pourtant consoler, d’une toute dernière fois lui parler. May nous venait d’un ciel bienveillant, et semble avoir passé sur terre avec la rapidité d’une comète. Pour elle, nos yeux sont aujourd’hui tous pleins de larmes.

Fady STÉPHAN


Il est difficile de supporter pareille absence, pareille douleur. Comment croire que la gentille May, la douce May, se soit ainsi dérobée aux yeux ? May Menassa n’avait pas ces seules qualités que j’ai dites, on aimait la citer comme un être parfaitement exemplaire pour plusieurs raisons.

D’abord, elle s’est dévouée comme pas une pour un frère, dont on connaît par son...