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Moyen Orient et Monde - RDCongo

Les pro-Kabila accusent l’Église d’« attitude partisane » et de « violer la Constitution »

La pression s’accentue sur le pouvoir.

En République démocratique du Congo, la commission électorale (CENI) poursuivait hier le dépouillement des votes de la présidentielle. Caroline Thirion/AFP

« Violer la Constitution », « attitude partisane », « intoxiquer la population » : la majorité favorable au président Joseph Kabila et la Commission électorale ont violemment attaqué hier l’Église catholique pour avoir déclaré qu’elle connaissait le vainqueur de l’élection présidentielle en République démocratique du Congo.

La coalition au pouvoir Front commun pour le Congo (FCC) « déplore, dénonce et condamne fermement l’attitude partisane, irresponsable et anarchique de la Cenco (la Conférence épiscopale de RDC) » lors d’un point de presse tenu par un de ses porte-parole. Le FCC cite nommément le secrétaire général de la Cenco, l’abbé Donatien Nshole, qui « se permet de proclamer en toute illégalité des tendances » au bénéfice d’ « un candidat déjà bien identifié ». « Cela viole gravement autant la Constitution, la loi électorale que la charte de bonne conduite », a ajouté ce porte-parole, Barnabé Kikaya Bin Karubi, par ailleurs conseiller du président Kabila.

Il a rappelé que seule la Commission électorale nationale indépendante (CENI) peut proclamer les résultats de l’élection présidentielle.

Le président de la CENI, Corneille Nangaa, a aussi réagi dans une lettre au président de la Conférence épiscopale. « L’annonce des tendances (...) par monsieur l’abbé Nshole est de nature à intoxiquer la population en préparant un soulèvement dont la Cenco sera seule responsable », écrit M. Nangaa dans son courrier à Mgr Marcel Utembi. L’annonce de la Cenco se fonde « sur des tendances infimes et partielles », affirme M. Nangaa, qui doit proclamer les résultats dans les prochains jours. Sa lettre au président de la Conférence épiscopale a été transmise en copie à plusieurs destinataires dont le procureur général de la République.

Jeudi, la Conférence épiscopale avait mis la pression sur la Commission électorale en affirmant connaître le nom du vainqueur. La Cenco « constate que les données à sa disposition issues des procès-verbaux des bureaux de vote consacre le choix d’un candidat comme président de la République », avait déclaré jeudi l’abbé Nshole. Il n’a pas donné le nom du vainqueur, mais a invité la CENI à « publier en toute responsabilité les résultats des élections dans le respect de la vérité et de la justice ». L’abbé Nshole présentait le rapport préliminaire des 40 000 observateurs électoraux que l’Église assure avoir déployés dans les quelque 70 000 bureaux de vote.

La Ceni a indiqué mardi qu’elle proclamerait les résultats dimanche « au plus tard ». M. Nangaa a toutefois laissé entendre jeudi que cette date pourrait être reportée, car seuls 20 % des résultats étaient remontés des bureaux de vote.

Pressions

Hier, une sorte de trêve était observée dans le pays en ce jour férié à la mémoire des « martyrs de l’indépendance » du 4 janvier 1959. Mais les autorités ont annoncé le report de la rentrée universitaire craignant que « le camp mécontent (ne veuille) utiliser les étudiants » au moment des résultats.

Cinq jours après les élections présidentielle, législatives et provinciales du 30 décembre, la crise politique congolaise inquiète bien au-delà des frontières du pays alors que depuis dimanche les autorités ont suspendu l’accès à internet, aux SMS, à la radio RFI.

À Genève, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme a déjà mis en garde contre les conséquences de « l’intimidation et (du) harcèlement à l’encontre des journalistes, des candidats de l’opposition et des défenseurs des droits de l’homme ».

Une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU a été convoquée à New York à la demande de la France, le pays qui prend l’initiative des résolutions sur la paix et la stabilité en RDC.

Souvent considérée comme le « syndicat des chefs d’État africains » qui défend les intérêts des pouvoirs en place, l’Union africaine a estimé hier que « le respect des résultats de l’élection est crucial ».

« Ceux qui sapent le processus électoral, menacent la paix, la sécurité ou la stabilité de la RDC, ou bénéficient de la corruption, risquent de ne plus être les bienvenus aux États-Unis ou d’être interdits d’accès au système financier américain », a prévenu le département d’État.

La RDC n’a jamais connu de transmission pacifique du pouvoir depuis son indépendance le 30 juin 1960, 18 mois à peine après les émeutes du 4 janvier 1959 étouffées dans le sang par le colonisateur belge. Joseph Kabila, au pouvoir depuis l’assassinat de son père en 2001, avait été élu en 2006 et réélu en 2011 dans la contestation.

Pour ce scrutin, trois candidats sont en course pour la succession du président Kabila, qui selon la Constitution ne peut effectuer plus de deux mandats d’affilée : son « dauphin » désigné, l’ex-ministre de l’Intérieur Emmanuel Ramazani Shadary, et les deux opposants Martin Fayulu et Félix Tshisekedi. Parallèlement à la présidentielle, des élections législatives et provinciales ont également eu lieu le 30 décembre.

Source : AFP

« Violer la Constitution », « attitude partisane », « intoxiquer la population » : la majorité favorable au président Joseph Kabila et la Commission électorale ont violemment attaqué hier l’Église catholique pour avoir déclaré qu’elle connaissait le vainqueur de l’élection présidentielle en République démocratique du Congo.La coalition au...
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