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Diaspora

« Noël au Liban, Nouvel An à Chypre »

Les Libanais de Chypre retrouvent une sécurité perdue et hésitent, pendant la saison des fêtes, entre rentrer au Liban ou rester dans l’île d’Aphrodite.


Rania NAWAR | OLJ
24/12/2018

Dans les rues étroites de Limassol, où se trouve une pléthore de magasins, Eliana Fakhoury, une Libanaise chypriote, fait les courses quelques jours avant la fête. Luttant contre les basses températures de décembre, elle passe d’une échoppe à une autre. « Je me rends bientôt à Beyrouth pour célébrer les fêtes en famille, dit-elle. Quand mes parents étaient toujours vivants, ils venaient à Chypre pour fêter Noël avec moi. »

Eliana, qui a été candidate plusieurs fois aux élections municipales à Chypre, est impliquée dans les activités de sa paroisse Sainte-Catherine à Limassol. Cette paroisse de la communauté latine, qui ne compte désormais plus que quelques familles libanaises, célèbre la saison de Noël par diverses activités.

Comme Eliana, beaucoup de Libanais n’hésitent pas à rentrer au Liban pour les fêtes. « Vu la proximité des deux pays, ils en profitent pour revoir leurs familles et amis », affirme Nabil Abou Jaoudé, directeur de la MEA à Chypre. Mais il y a aussi ceux qui restent sur l’île levantine pour la célébration de la fête de la Nativité.

Georges Chehwan, entrepreneur libanais installé à Larnaca depuis quatre ans, précise que les Libanais de Chypre se divisent en deux catégories : ceux qui s’y sont installés avec leurs familles et fêtent Noël sur place, et ceux qui s’y sont déplacés pour des raisons professionnelles et rentrent au pays pendant le week-end ou durant les vacances. « Or, ces Libanais, même s’ils fêtent Noël au Liban, préfèrent passer le Nouvel An à Chypre qui reste moins chère », révèle-t-il.

Des profils différents

Les Libanais installés à Chypre ont des profils différents. Tout en préparant des « kourabiedes » et des « melomakarona », ces desserts chypriotes typiques de saison, Maria vit à Limassol depuis 1990 et fête habituellement Noël au Liban. Même si elle s’est parfaitement adaptée à la société chypriote et à ses coutumes, elle refuse l’étiquette d’émigrée, étant donné qu’elle partage son temps entre les deux pays. « Du fait que mon mari est grec, j’ai acquis les traditions des deux sociétés », raconte-t-elle.

Dès les premiers jours de décembre, le salon de la paroisse orthodoxe Saint-Ignatius, dont Maria est un membre actif, commence à s’animer des fêtes dédiées aux enfants et des buffets organisés par les femmes de la communauté. Le 11 décembre, un buffet préparé à l’occasion de la fête de saint Ignatius et de sainte-Barbe offre des spécialités libanaises végétariennes appropriées pour le carême de Noël : « fatayer d’olives », « kebbés végétariennes », « amhiyé »…

Chypre, un refuge sûr

L’ampleur de ces activités paroissiales indique une augmentation remarquable du nombre de Libanais résidant à Chypre. « Quand je me suis installé à Larnaca il y a 33 ans, je faisais partie d’une communauté restreinte de Libanais résidents. Ce n’est plus le cas aujourd’hui », confie Nabil Abou Jaoudé. Le père Akl Abou Nader, curé de la paroisse Saint-Joseph à Larnaca, explique à ce propos qu’ « une émigration libanaise s’est développée de manière significative durant les cinq dernières années dans cette ville, et ce en raison des problèmes économiques, de l’insécurité, des menaces terroristes de l’État islamique, etc. ».

Cette paroisse compte désormais quelque 40 ou 50 familles libanaises vivant à Chypre de façon permanente. Pour le père Akl, la participation des membres de la communauté est importante durant la saison de Noël : « Nous préparons ensemble des tirelires pour des collectes, des fêtes pour enfants… Nous nous rassemblons pour décorer la crèche de l’église. Après la messe de Noël, nous nous réunissons dans le salon de la paroisse pour partager le repas avec les familles de la communauté et déguster le “mighli” traditionnel. »

Lutter contre la disparition des traditions

« À Chypre, il n’y a pas que les Libanais immigrés : l’île compte aussi de nombreux maronites autochtones. Stavros koulouri est notre pain traditionnel de Noël, il se prépare à partir des graines d’herbe et de sésame, raconte Antonis Kassapis, un maronite chypriote du village de Kormakitis, un des quatre villages maronites dans la partie nord turque. Ma mère, âgée de 85 ans, se lève à 5 heures du matin pour en préparer, et moi je l’aide en chauffant le four avec le bois local de caroubier. » Charbel Tzoukzouki, lui aussi maronite chypriote et fier de ses origines libanaises, déclare que la traversée des frontières entre les parties nord et sud est désormais moins compliquée. « À Noël, les maronites qui résident à Nicosie ou dans d’autres villes du Sud reviennent à leurs villages, poursuit-il. Les plus âgés, qui vivent toujours dans les localités du Nord, attendent cette occasion pour revoir leurs enfants. »

« Cette communauté maronite, qui a émigré vers l’île à partir du VIIIe siècle, vient du Levant et a gardé un fort sentiment d’appartenance orientale et libanaise, précise le père Joseph Tartak, de l’archevêché maronite de Nicosie. Elle a de nouveau dû se déplacer vers le sud de l’île à la suite de l’invasion du Nord par l’armée turque en 1974. »

« Noël est l’occasion de rencontres et d’activités en commun entre les communautés libanaise et maronite chypriote, organisées par l’archevêché et les paroisses, souligne pour sa part Marios Naoum, maronite chypriote de Nicosie. Mais les échanges au niveau des jeunes Libanais et Chypriotes sont quasiment inexistants, probablement en raison de la barrière de la langue. »

« En fait, notre communauté lutte pour empêcher la disparition de ses coutumes et sa langue ancestrales », résume Antonis Kassapis.

Cette page est réalisée en collaboration avec l’Association RJLiban. E-mail : monde@rjliban.com – www.rjliban.com

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