Les ministres des Affaires étrangères de l'Iran, la Russie et la Turquie, réunis hier à Genève pour discuter du Comité constitutionnel chargé de doter la Syrie d’une nouvelle Constitution. Denis Balibouse/Reuters
L’ONU, la Russie, l’Iran et la Turquie ont annoncé hier qu’ils allaient multiplier les efforts pour organiser au début de l’année prochaine à Genève la première réunion du Comité constitutionnel chargé de doter la Syrie d’une nouvelle Constitution.
Les participants « sont convenus de faire des efforts pour convoquer la première session du Comité constitutionnel à Genève au début de l’année prochaine », indique un communiqué commun lu par le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.
L’idée de ce comité avait germé en janvier lors d’un sommet des trois pays garants du processus de paix d’Astana, à Sotchi, sur les bords de la mer Noire. Mais le comité n’a toujours pas été mis sur pied en raison d’un désaccord avec le régime de Damas sur sa composition.
Dans un ultime effort pour achever ce projet avant de quitter ses fonctions à la fin de l’année, l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, avait convoqué hier à Genève une réunion avec Serguei Lavrov et les ministres turc et iranien des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu et Mohammad Javad Zarif. La Russie et l’Iran sont des alliés du régime de Damas, alors que la Turquie soutient une partie des rebelles en lutte contre le président syrien Bachar el-Assad.
L’opposition syrienne réclame une Constitution totalement renouvelée, alors que le gouvernement de Damas n’est prêt qu’à un toilettage du document existant.
Selon le plan de l’ONU, le Comité constitutionnel doit comprendre 150 membres : 50 choisis par le pouvoir, 50 par l’opposition et 50 par l’émissaire de l’ONU, afin d’insérer dans la réflexion des experts et des représentants de la société civile. Quinze membres issus de ces trois listes (5 par liste) seraient chargés de la rédaction de la nouvelle Constitution. Mais en octobre, le régime syrien a rejeté la liste de 50 représentants de la société civile et d’experts présentée par M. de Mistura. Dans leur communiqué conjoint, les trois ministres ont souligné que « le travail du Comité constitutionnel devait être régi par le compromis et un engagement constructif (...) afin de recevoir le soutien le plus large possible du peuple syrien ».
Damas doit accepter
« de transiger »
Sur un autre plan, les États-Unis ont assuré lundi que leur politique en Syrie ne visait pas à se « débarrasser » du président Bachar el-Assad, tout en réaffirmant qu’ils ne financeraient pas la reconstruction tant que le régime ne changerait pas « fondamentalement ». Le représentant spécial de la diplomatie américaine pour la Syrie, James Jeffrey, a déclaré que le régime de Damas devait accepter de « transiger », dès lors qu’il n’a pas encore totalement remporté la guerre après sept ans de combats – quelque 100 000 combattants armés opposés au pouvoir syrien restent présents sur le territoire, selon lui.
« Nous voulons voir un régime qui soit fondamentalement différent. Je ne parle pas d’un changement de régime, nous n’essayons pas de nous débarrasser d’Assad », a expliqué l’émissaire lors d’une conférence au cercle de réflexion Atlantic Council, à Washington.
Estimant que le pays a besoin de 300 à 400 milliards de dollars pour sa reconstruction, James Jeffrey a martelé la mise en garde traditionnelle des puissances occidentales : pas d’argent sans solution politique acceptée de tous, et sans changement de comportement de la part du régime.
« Les pays occidentaux sont fermement déterminés à ne pas ouvrir le portefeuille pour ce désastre tant que nous n’aurons pas le sentiment que le gouvernement est prêt à transiger, et ce pour éviter d’ouvrir la porte à de nouvelles horreurs dans les années à venir », a-t-il prévenu.
La précédente administration démocrate de Barack Obama avait appelé au départ de Bachar el-Assad, avant de mettre en sourdine cette priorité. Après l’arrivée du républicain Donald Trump à la Maison-Blanche début 2017, cette évolution est devenue explicite : le départ du dirigeant syrien n’est plus une priorité, son sort étant remis à la décision du « peuple syrien ».
Enfin, le nombre de sorties de l’aviation russe en Syrie a très fortement baissé en 2018, passant d’une centaine par jour à « deux à quatre par semaine », a assuré hier le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou.
Source : AFP

