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Le tennis russe entrevoit la fin du désert

Éclairage

Avec deux joueurs de moins de 23 ans dans le top 20, Khachanov (11e) et Medvedev (16e), la Russie dispose à nouveau d’une génération digne des Kafelnikov et autre Safin.

OLJ
17/12/2018 | 00h00

Avec Daniil Medvedev et Karen Khachanov frappant à la porte du top 10 mondial, le tennis masculin russe dispose à nouveau d’une génération capable de tutoyer les sommets. Sans que la Russie y soit vraiment pour grand-chose.

Huit ans que la Russie n’avait plus connu ça. Huit ans qu’au pays de Yevgeny Kafelnikov et de Marat Safin, aucun joueur ne faisait partie du top 20 mondial, seul le vieillissant Mikhaïl Youzhny s’y incrustant brièvement en 2013. Fin 2018, ils sont deux : Karen Khachanov (11e) et Daniil Medvedev (16e), 22 ans tous les deux, amis dans la vie et chacun vainqueur de trois tournois ATP cette saison. Et ces deux-là ne sont pas seuls… Le talentueux Andrey Rublev (21 ans) est redescendu sous la 50e place, après une saison gâchée par les blessures, mais compte un titre à son palmarès, à Umag (Croatie) en 2017, et un quart de finale à l’US Open.

Au bilan comptable, seuls les États-Unis comptent plus de joueurs de moins de 23 ans parmi les 100 meilleurs mondiaux, mais la Russie est l’unique pays à en placer deux dans le top 20. « En toute logique, cette génération est capable de surpasser les résultats de Kafelnikov ou de Safin », a assuré au quotidien Kommersant le président de la Fédération russe de tennis, Chamil Tarpichtchev.

« Le ciel est la limite »

Pour Tarpichtchev, également capitaine de l’équipe de Coupe Davis depuis 1997, le plus en avance du trio est Karen Khachanov. « Aujourd’hui, c’est un joueur de tennis bien formé à pratiquement tous les égards », souligne-t-il.

Après avoir débuté l’année aux alentours de la 50e place mondiale, le joueur d’origine arménienne a été la révélation de la seconde partie de saison jusqu’à son point d’orgue, un titre au Masters 1000 de Paris devant le n° 1 mondial, Novak Djokovic. « En janvier, je me disais que si je me trouvais près du top 20 en novembre, ça serait pas mal. Mais comme on dit, le ciel est la limite », souriait-il après sa victoire à Paris dans une interview au magazine russe Ogoniok. Ce gros serveur, grand (1,98 m) et costaud, ne cesse d’être comparé à Marat Safin, son idole d’enfance. Et sa notoriété dépasse le cadre du tennis. Sa victoire à domicile à Moscou en octobre ajoutée à son flegme, son sourire et une « gueule » qui provoque des comparaisons avec l’acteur australien Liam Hemsworth – ce qui l’agace – ont valu à Khachanov de devenir la coqueluche des médias russes.

Avec son physique dégingandé et ses coups de génie – mais aussi sa surprenante capacité à sortir totalement de ses matches –, Daniil Medvedev est l’autre chef de file de la nouvelle génération russe. S’il n’a pas signé de grand coup d’éclat, le natif de Moscou a remporté trois titres en 2018, dont un ATP 500 à Tokyo début octobre. « Il n’est pas encore formé, à la fois physiquement et psychologiquement (...). Mais même maintenant, il est dans les 20 premiers mondiaux. On peut seulement supposer de sa force quand il aura fini sa formation », sourit Tarpichtchev.

Moyens dérisoires

Paradoxalement, le succès du tennis russe doit pourtant très peu... à la Russie. Alors que le tennis reste un des sports les plus populaires du pays depuis la chute de l’URSS, les moyens de la fédération sont dérisoires et la nouvelle génération a dû, comme les précédentes, s’exiler pour progresser.

Soutenu par un oncle millionnaire à ses débuts, Khachanov est parti dès ses 15 ans en Croatie. Quant à Medvedev, il a fallu que sa famille fasse des concessions financières et qu’il s’exile dans le sud de la France à Antibes, sous les ordres de l’ex-professionnel Jean-René Lisnard, pour voir ses résultats décoller. La situation est identique chez les femmes : la nouvelle n° 1 russe, Daria Kasatkina (21 ans et 10e mondiale), a dû quitter sa ville natale de Togliatti à 15 ans pour rejoindre une académie slovaque.

Tout cela au grand désarroi de Chamil Tarpichtchev, qui ne cesse de réclamer des moyens supplémentaires. « Nous n’avons toujours pas notre centre national de tennis », regrette-t-il. Et les succès de Khachanov ou de Medvedev « n’annulent pas ces problèmes ».

Thibaut MARCHAND/AFP

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