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Moyen Orient et Monde - Reportage

Moukalla libérée d’el-Qaëda cherche à se reconstruire

Pour que la ville reste cette bulle de stabilité, il faut miser sur la reconstruction et le développement.

Des forces yéménites progouvernementales dans le port de Moukalla. Saleh al-Obeidi/AFP

Au large de Moukalla au Yémen, des garde-côtes prennent d’assaut un bateau de pêche dans le cadre d’un exercice de simulation, deux ans après l’éviction d’el-Qaëda de la ville.

Dans ce pays en guerre, Moukalla, un ancien bastion du groupe radical el-Qaëda dans la péninsule arabique (AQPA), est devenue une oasis de stabilité, et une vision de ce que pourrait être le Yémen si le conflit se termine. Lors d’une cérémonie fin novembre sur une plage jonchée de chars soviétiques, des dizaines d’officiers se sont engagés à prendre en charge la sécurité des 350 kilomètres de côtes de la province de Hadramout où pullulent les trafiquants de drogue et d’armes.

Entraînés par les Saoudiens, les Émiratis et les Américains, des gardes-côtes yéménites assurent de leur côté la gestion des ports locaux, en coopération avec la coalition menée par Riyad qui appuie les forces progouvernementales contre les rebelles houthis.

Cette coalition, impliquée depuis 2015 dans ce conflit ayant fait plus de 10 000 morts selon l’ONU, leur a fourni entre autres des bateaux destinés à la surveillance maritime.

« La véritable solution à la crise humanitaire (au Yémen) est de mettre fin au conflit de façon à ce que les institutions de l’État soient rétablies », a affirmé l’ambassadeur des États-Unis au Yémen, Matthew Tueller. « Nous ne pouvons nous permettre que le Yémen continue à être un État en faillite », a-t-il ajouté, lors de la cérémonie à Moukalla, à laquelle l’ambassadeur saoudien Mohammad al-Jaber a également assisté.

Mauvaise gouvernance

Considérée par les États-Unis comme la branche d’el-Qaëda la plus dangereuse, AQPA a été évincée de Moukalla en avril 2016. Un succès militaire rare pour la coalition soutenant les forces yéménites loyalistes. Les membres d’AQPA, connus pour avoir notamment lapidé des femmes accusées d’adultère, ont quitté la ville, où des exécutions avaient lieu sur des places publiques.

Le manque de services à la population et d’une bonne gouvernance a largement facilité la prise par AQPA de Moukalla, où vivent 500 000 habitants, estiment des responsables yéménites. Dans les rues de Moukalla, les mendiants ne sont pas rares, piochant ici et là dans les poubelles de quoi s’assurer une subsistance. Les eaux usées se déversent dans des canalisations à ciel ouvert et les maisons portent encore les traces de bombardements. Le taux de chômage ne cesse de grimper et, bien que la province de Hadramout soit riche en pétrole, sa capitale souffre souvent de coupures d’électricité et de pénuries de fioul. « À Moukalla, la sécurité est bonne, les services, eux, sont mauvais », résume l’ancien ministre des Transports Badr Basalmah, habitant de la ville.

Une paix « fragile »

Pour le gouverneur de Hadramout, Faraj al-Bahsani, si AQPA a maintenu des cellules dormantes à Moukalla, celles-ci ne représentent pas de menace sérieuse. Mais, selon Elisabeth Kendall, spécialiste du Yémen à l’Université d’Oxford, la paix à Moukalla reste « fragile ».

« Les combattants ne sont plus aussi forts et ils sont en majorité partis, mais cela ne signifie pas qu’ils ne vont pas revenir, car ils attirent des jeunes désabusés qui n’ont que peu d’opportunités » à Moukalla, explique-t-elle.

Pour que Moukalla reste cette bulle de stabilité, il faut miser sur la reconstruction et le développement : des objectifs mis à mal par une économie saignée à blanc par la guerre et la chute du riyal yéménite.

Le gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi peine à payer les salaires des fonctionnaires et mise largement sur le support financier de ses alliés les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite.

Port d’armes interdit

Les combattants d’AQPA ont quitté Moukalla après avoir braqué sa banque centrale, emportant avec eux 270 millions de riyals yéménites, soit 88,4 millions d’euros, selon des responsables yéménites. Lorsque AQPA contrôlait la ville, les égouts étaient réparés, les salaires étaient versés à temps, se souviennent les habitants, et il n’y avait pas de pénurie d’eau, ni d’électricité et de fioul, une anomalie au Yémen.

La présence d’AQPA à Moukalla « profitait aux houthis », assure un général yéménite, Abdallah Abou Hatem. La porosité des côtes de Hadramout, sous contrôle d’AQPA, permettait la contrebande d’armes, qui finissaient souvent entre les mains des rebelles houthis, affirme-t-il. Depuis l’éviction d’AQPA, les autorités de Moukalla ont interdit aux civils le port d’armes, un fait rare dans un pays où le port d’armes reste une tradition bien ancrée. Des points de contrôle ont été érigés à l’entrée de Moukalla, où ceux qui souhaitent s’y rendre doivent laisser leurs armes, explique le gouverneur de Hadramout, M. Bahsani. Certains de ces check-points sont tenus par des femmes, souligne-t-il, estimant l’initiative « très réussie ».

Anuj CHOPRA/AFP

Au large de Moukalla au Yémen, des garde-côtes prennent d’assaut un bateau de pêche dans le cadre d’un exercice de simulation, deux ans après l’éviction d’el-Qaëda de la ville.Dans ce pays en guerre, Moukalla, un ancien bastion du groupe radical el-Qaëda dans la péninsule arabique (AQPA), est devenue une oasis de stabilité, et une vision de ce que pourrait être le Yémen si le conflit se termine. Lors d’une cérémonie fin novembre sur une plage jonchée de chars soviétiques, des dizaines d’officiers se sont engagés à prendre en charge la sécurité des 350 kilomètres de côtes de la province de Hadramout où pullulent les trafiquants de drogue et d’armes.Entraînés par les Saoudiens, les Émiratis et les Américains, des gardes-côtes yéménites assurent de leur côté la gestion des ports locaux, en...
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