Le défenseur marocain Achraf Akimi (19 ans) et la pépite anglaise Jadon Sancho (18 ans) lors du match de Ligue des champions contre l’Atlético Madrid, mercredi soir. Faire accéder de jeunes talents au plus haut niveau est dans l’ADN du Borussia Dortmund, et avec ces deux-là, le club allemand ne s’est pas fourvoyé : ils ont été auteurs d’un match impressionnant. Bernd Thissen/DPA/AFP
Vingt-six buts en six matches, une première place en Bundesliga, un sans-faute en Ligue des champions : le Borussia Dortmund, depuis l’arrivée de Lucien Favre, s’appuie sur un subtil équilibre expérience/jeunesse et traverse une période d’euphorie absolue. Aujourd’hui, pour la 9e journée du championnat allemand, le Borussia reçoit le Hertha Berlin pour tenter de garder son avance de trois points sur Brême et Mönchengladbach.
Douze matches, dix victoires, deux nuls. Après deux mois et demi de compétition, le BvB version Favre n’a toujours pas perdu et tient depuis fin septembre un rythme hallucinant de 4,3 buts par sortie, toutes compétitions confondues sur les six dernières rencontres. En Bundesliga, il présente de très loin la meilleure attaque, avec 27 buts. Mais contrairement à la saison dernière, cette furia offensive est équilibrée par une vraie solidité défensive (seulement huit buts encaissés, meilleure défense ex aequo du championnat allemand). Tendance totalement confirmée en Ligue des champions, où Dortmund a marqué huit fois en trois matches sans encaisser encore le moindre but. « Pour l’instant, c’est l’ivresse. Mais cette phase ne va pas durer toute la saison, c’est certain », met toutefois en garde le capitaine Marco Reus.
Favre, le magicien
Perfectionniste, tacticien subtile, Lucien Favre, le coach suisse arrivé de Nice à l’intersaison, semble avoir donné une confiance énorme à son effectif, même s’il rappelle en permanence que son équipe doit encore trouver « un plus juste équilibre » et qu’il a besoin de temps « pour amener les jeunes joueurs à maturité ».
Jusqu’ici, il est béni dans son coaching. Ses jokers marquent but sur but à chaque match, comme mercredi contre l’Atlético Madrid en Ligue des champions (deux buts de Guerreiro, un de Sancho). Et ses dirigeants jubilent. Favre a rendu au Borussia ce qui avait fait son identité depuis l’époque de Jürgen Klopp (2008-2015) : un jeu de transition spectaculaire et une attaque de feu.
Reus ressuscité
Et puis, il y a Alcacer et Witsel, les recrues qui changent tout… À 25 ans, Paco Alcacer était en train de gâcher son talent sur le banc du Barça. Depuis son arrivée dans la Ruhr, il explose. En tête du classement des buteurs en Bundesliga avec 7 réalisations, il en est à 11 buts sur ses sept derniers matches toutes compétitions confondues. Stable, modeste et pondéré, il fait du bien à ce vestiaire, que les frasques de son prédécesseur Pierre-Emerick Aubameyang – certes aussi brillant face au but – avaient parfois déstabilisé. L’autre coup gagnant du mercato est belge. Axel Witsel, pilier des Diables rouges au Mondial en Russie, est revenu à 29 ans de Chine pour retrouver le haut niveau européen avec Dortmund. En quelques matches, il est devenu la plaque tournante du milieu de terrain. Sa réussite est essentielle dans l’équilibre que Favre a donné à l’équipe.
« Marco le maudit » n’existe plus ! À 29 ans, après une carrière hachée par les blessures, celui qui incarne désormais l’esprit du Borussia exprime enfin cette saison tout son talent. « Il prend encore plus de responsabilités, il est encore plus présent dans le vestiaire, et sur le terrain, il est là dans les situations délicates », s’enthousiasme son directeur sportif Michael Zorc. Pilier du club, leader par la parole et par l’exemple, Reus est la pierre angulaire de ce Borussia nouvelle formule. Capable d’évoluer sur tout le front de l’attaque, on le voit aussi revenir tacler dans sa propre surface quand la situation l’exige.
De plus, faire accéder de jeunes talents au plus haut niveau est dans l’ADN de Dortmund. Contre l’Atlético de Griezmann et Diego Costa, Favre n’avait pas hésité à aligner en défense deux garçons de 19 ans : le Français Dan-Axel Zagadou dans l’axe et le Marocain Achraf Akimi à gauche, auteur d’un match impressionnant. Au rayon des « 20 ans », l’Américain Christian Pulisic, formé au club, fait déjà partie des titulaires indiscutables depuis la saison dernière. Et le Danois Jacob Bruun Larsen est en train de s’installer au poste d’ailier gauche.
Enfin, le Borussia a eu le nez de dénicher à Manchester City une petite pépite : Jadon Sancho, 18 ans et déjà international anglais. Utilisé le plus souvent comme joker, il a délivré six passes décisives et marqué deux buts en sept matches de championnat. C’est lui aussi qui a marqué le 3e but, mercredi, contre l’Atlético Madrid.
Christophe BEAUDUFE/AFP

