X

La Dernière

Expositions parisiennes : allez-y par huit chemins

Sélection




18/10/2018

Entre le mariage des toiles d’Egon Schiele et Jean-Michel Basquiat à la Fondation Vuitton, la double actualité du maître espagnol Pablo Picasso, au musée d’Orsay et à l’hôtel Salé, la vie tumultueuse du Caravage à Rome retracée au musée Jacquemart-André, les rêves d’Asie d’Yves Saint Laurent à la fondation qui lui est consacrée, la rétrospective de Joan Miró au Grand Palais, le musée Maillol qui met à l’honneur les sculptures d’Alberto Giacometti, la projection des œuvres de Gustav Klimt à l’Atelier des Lumières ou un dialogue avec celles de Franz West qui investissent le Centre Pompidou,« L’Orient-Le Jour » et Air France vous proposent un tour d’horizon des huit expositions incontournables, que des artistes masculins malheureusement, qu’accueille la capitale française en ce moment.

« L’espoir du condamné » de Miro.

Miró : rêveries d’une taupe

Si Miró avouait : « Je dors comme une taupe », c’est au creux de ses toiles, souvent noyées de bleu, telles sa légendaire Photo : Ceci est la couleur de mes rêves (1925) qu’il aurait trouvé la parenthèse idéale où faire cavaler tous les songes dont la nuit clouait les ailes. C’est au cœur de ces songes que nous embarquent donc les 150 œuvres de la rétrospective parisienne dont certaines sortent de leur tanière pour la première fois. De celles du début qui montrent Miró comme un géographe rural empreint du cubisme, à celles, plus oniriques, constellées de ses funambules étoiles, lunes et oiseaux, en passant par ses peintures-poèmes ou son mobilier surréaliste, on traverse, au Grand Palais, sept décennies d’art comme dans un rêve éveillé. Un rêve éveillé, voilà qui aurait également pu être le titre de cet événement.

Rétrospective de Joan Miró, au Grand Palais, jusqu’au 4 février 2019.



Tête et crâne en plâtre de Giacometti. Photo DR

Giacometti, un fantôme ?

Quand tout semblerait avoir été dit, vu et lu à propos de Giacometti, notamment avec l’ouverture au public de son atelier de Montparnasse en juin dernier, le musée Maillol propose une relecture de ses œuvres (plus de cinquante) en les faisant dialoguer avec celles de figures majeures de la sculpture classique et moderne de la même époque, Rodin, Bourdelle, Maillol, Despiau, Brancusi, ou encore Richier. Bien plus que des simples grilles de comparaison, ces passionnants face à face racontent, en filigrane, les relations de Giacometti avec ses maîtres, son frère Diego qui lui servit de premier modèle, son lien conflictuel avec André Breton, ses va-et-vient vers la figuration et témoignent, plus globalement, de l’avancée fulgurante d’un artiste inclassable dont il est toujours aussi saisissant de se retrouver devant les graciles fantômes de ses hommes et femmes qui marchent. Et si Giacometti en était un ?

« Giacometti, entre tradition et avant-garde », au musée Maillol, jusqu’au 20 janvier 2019.



« Judith décapitant Holopherne » de Caravage.

Caravage en extase

En 1596, suite à l’un de ses éclats de colère, l’irascible Caravage quitte l’atelier du Cavalier d’Arpin pour s’installer à Rome chez le cardinal Del Monte qui lui commande certaines des dix célèbres toiles visibles au musée Jacquemart-André où, justement, l’exposition du moment s’articule autour de la vie tumultueuse du peintre lombard à Rome. Cet ensemble exceptionnel, qui comporte la Judith décapitant Holopherne (vers 1600), la Madeleine en extase ou encore Saint Jérôme de la villa Borghèse, placé en regard des œuvres de ses contemporains (Orazio Gentileschi) ou de ses rivaux (Giovanni Baglione, le Cavalier d’Arpin), Caravage y dépose un peu de l’effervescence dans laquelle baigne Rome à l’époque, un peu de son courroux, de ses fêlures et aussi de ses fameux clair-obscur. Il s’y devine, en somme, un artiste qui n’a cessé de blesser le monde autour, à défaut, peut-être, d’avoir soigné ses propres blessures.

« Caravage à Rome, amis et ennemis », au musée Jacquemart-André, jusqu’au 29 janvier 2019.


Vue de l’exposition « L’Asie rêvée d’Yves Saint Laurent, section L’Inde ».©Yves Saint Laurent, photo Thierry Ollivier

L’empire de Saint Laurent

Déambulation textile au musée Yves Saint Laurent qui, dans le cadre de sa première exposition temporaire, présente cinquante modèles haute couture inspirés par l’Asie. Par-delà le périple entre Chine, Japon et Inde que propose « L’Asie rêvée d’Yves Saint Laurent », peuplé de créatures en manteaux de velours et soie, moirées d’or, ceinturées de kimonos, c’est surtout dans un voyage au cœur du processus créatif de Saint Laurent que l’on se sent embarqué. On l’imagine, à travers les documents de support, entouré de bibelots asiatiques qu’il accumule dans son appartement avec Pierre Bergé, voyant et revoyant Shanghai Express et La Dame de Shanghai, collectionnant les jades et autres objets, jusqu’à créer le flacon du parfum Opium, inspiré de l’inro japonais (bourse portée à la ceinture par les samouraïs qui renfermaient leurs épices et boulettes d’opium), comme autant de voyages immobiles qui témoignent du talent, sans frontières, d’Yves Saint Laurent.

« L’Asie rêvée d’Yves Saint Laurent », au musée Yves Saint Laurent, jusqu’au 27 janvier 2019.



Klimt à l’Atelier des Lumières. © Culturespaces/ E.Spiller

Gustav Klimt en pixels géants

Au 38 rue Saint-Maur qui, jadis, abritait la fonderie du fer du Chemin vert, on pousse désormais les portes de l’Atelier des Lumières dont la première des expositions immersives est consacrée à Gustav Klimt. À travers « une projection de 3 000 images mises en mouvement de sa période dorée, ses portraits et ses paysages », se déroule un tapis mouvant de couleurs et de formes (et de Baisers !) qui grimpent aux murs, se dédoublent, lézardent sous les pieds et finissent par engloutir le spectateur, comme dans un trip sous acide, sur fond de Wagner, Mahler ou Glass. Bien que cet événement puisse faire froncer les sourcils des puristes qui y verraient, et à raison, une vulgaire numérisation de l’art, il permet tout de même de s’immerger dans les dédales de l’œuvre du plus grand peintre décoratif. Et de s’adonner au plaisir sirupeux d’en avoir plein les yeux.

« Gustav Klimt », à l’Atelier des Lumières, jusqu’au 6 janvier 2019.



« Omega » et « Meeting Point » de Franz West devant la Bibiothèque historique de la ville de Paris. Photo DR

(re)Découvrir Franz West

En plus d’être la première de cette ampleur, la rétrospective consacrée par le Centre Pompidou au plasticien autrichien Franz West à qui la reconnaissance vint sur le tard mais avec abondance (sa carrière fut sacrée d’un Lion d’or à la Biennale de Venise en 2011) tord le nez aux événements intimidants de la stratosphère de l’art. Sous-tendues par un goût du jeu et du sarcasme, brouillant les frontières entre élégance et maladresse, les pièces de Franz West invitent le visiteur à dialoguer avec elles, les toucher, s’affaler par exemple sur les banquettes roses joufflues telles des marshmallows géants, et même les réactiver, comme dans le cas de ses Passtücke, étrangetés en papier mâché et plâtre blancs qui ne deviennent œuvres d’art que lorsqu’elles sont prises en main. Alors, oui, pourquoi ne pas réinventer une exposition plutôt qu’uniquement la parcourir ?

« Rétrospective de Franz West », au Centre Pompidou, jusqu’au 10 décembre 2018.


Basquiat/Schiele.

Le mariage fantasmé Schiele et Basquiat

Si le bruit autour de la double exposition de la rentrée à la Fondation Louis Vuitton prédisait un mariage fantasmé Schiele et Basquiat, rien ne semble avoir assuré un lien, ne serait-ce que dans l’accrochage, entre les œuvres des deux artistes. Pourtant, bien que séparés dans l’espace, on ne peut s’empêcher de déceler des passerelles secrètes entre ces deux figures à la poésie irrévérencieuse qui ont tous deux disparu, trop tôt, à 28 ans, et qui se sont, l’un comme l’autre, attelés à chahuter les codes artistiques et sociaux de leur époque. On discerne des résonances entre les corps froissés de Schiele, au fusain, et les étranges figures révoltées, hachurées de Basquiat ; entre les portraits inquiets de l’Autrichien et les guerriers à la fois rieurs et troublés de l’Américain, entre les traits secs et nerveux du premier et le tracé débordé et débordant du deuxième, leurs colères face à des époques au bord du gouffre, la guerre et le racisme, en regrettant tout de même que, pourtant à quelques mètres d’écart, ces chefs-d’œuvre ne se soient pas croisés.

Egon Schiele et Jean-Michel Basquiat, à la Fondation Louis Vuitton, jusqu’14 janvier 2019.



« La Chambre Bleue » de Picasso.

Picasso, ce chef en bleu ou rose

Ambitieux projet qu’a eu le musée d’Orsay en choisissant d’interroger, à travers un accrochage à la fois dense et fluide, les périodes bleue et rose de Picasso, soit six ans dans la vie d’un peintre âgé de 20 ans à peine. Or, dans ses portraits de saltimbanques, ses corps qui s’étreignent, ses femmes esseulées, ses Arlequins et ses esquisses érotiques, naviguant du blues au bistre, ce n’est pas un Picasso bleu ou rose dont il est question, mais plutôt les prémices du génie intrinsèque, ses premiers pas éblouissants, sa précocité troublante, sa souplesse, ses bonds et ses rebonds, ses digressions et ses glissements stylistiques ou chromatiques. Et quand le musée d’Orsay resserre la chronologie sur cette période d’entre 1900 et 1906, « Chefs-d’œuvre ! » élargit le spectre et visite la vie entière du maître, plaçant certaines de ses pièces majeures (dont Les Demoiselles d’Avignon, Les Baigneuses, la série d’Arlequin) sous une sorte de microscope (d’ailleurs une saisissante radiographie de Science et Charité de 1897 est exposée), pour mieux en ausculter les coulisses, les avant et les à-côtés, et ainsi tenter de saisir les secrets de fabrication de ces chefs d’œuvre absolus.

« Picasso, Bleu et Rose », au musée d’Orsay jusqu’au 6 janvier 2019 et « Picasso, Chefs-d’œuvre ! » au musée Picasso, jusqu’au 13 janvier 2019.

À la une

Retour à la page "La Dernière"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

JE CHERCHE L,ART DANS TOUT CE QUE J,AI VU MAIS JE NE LE TROUVE PAS !

Remy-Hurst Nicolas

Il me semble que, précisément en ce moment et dans le contexte de la FIAC, se tient une exposition dans le cadre de Private Choise dont la promotrice est une femme Nadia Candet et qui expose des femmes particulièrement Silvie BRIÈRE qui présente un travail très fort, en particulier sur l'origine du Monde.

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué