Les rendez-vous d’octobre ont livré leur verdict : bousculés face à l’Islande (2-2) et l’Allemagne (2-1), les Bleus ont su renverser la vapeur en champions, s’appuyant sur les « valeurs mentales » qui les ont portés sur le toit du monde cet été.
« France is the new Germany » (la France est la nouvelle Allemagne)… Gary Lineker s’est amusé, mardi soir, du passage de témoin symbolique opéré entre les nouveaux champions du monde français et leurs prédécesseurs, à qui ils ont chipé le froid réalisme autrefois propriété de la Mannschaft. La célèbre maxime de l’ex-attaquant de l’équipe d’Angleterre, désormais consultant vedette de la BBC et fine gâchette de Twitter, n’est plus vraie. Non, le football n’est plus ce jeu « où 22 types courent après un ballon, et, à la fin, c’est l’Allemagne qui gagne ! »
Mardi soir, au Stade de France, c’est Olivier Giroud et les siens qui ont beaucoup couru, d’abord derrière les rapides attaquants allemands, puis après le score quand Toni Kroos a ouvert la marque sur penalty. « On a essayé de réagir derrière, raconte le capitaine Hugo Lloris. Mais il ne fallait pas partir à tout-va, il fallait garder son calme, sa sérénité, pour éviter de prendre le deuxième but derrière. » L’équipe de France a en effet fait preuve de discipline et prouvé que sa jeunesse (moyenne d’âge proche de 25 ans) pouvait rimer avec sagesse, surtout dans les moments difficiles. Au retour des vestiaires après la pause, les partenaires d’Antoine Griezmann, double buteur, ont poussé sans trop s’exposer aux contres allemands. Et leur patience a finalement été récompensée d’une réussite clinique face au but de Manuel Neuer. À l’allemande !
L’équipe « sait gérer » ces situations délicates, a souligné Raphaël Varane, le jeune (25 ans) et multititré (quatre Ligues des champions gagnées avec le Real Madrid) patron de la défense française. « On a réussi à gagner la Coupe du monde sur des valeurs mentales », malgré des « moments difficiles » où il a fallu « faire le dos rond », a rappelé le défenseur-central, satisfait de voir les ressorts de l’été russe toujours fonctionner cet automne. « Il ne faut pas perdre ces valeurs-là, ne pas paniquer. On a confiance en nous, on sait de quoi on est capables », s’est félicité le vice-capitaine des Bleus.
La force de caractère des champions du monde ne fait pas tout, bien sûr. Sans intensité, les Bleus ont subi contre l’Islande puis en 1re période contre l’Allemagne. Sans le réalisme d’un homme (Kylian Mbappé jeudi dernier, Antoine Griezmann mardi soir), ils auraient sûrement connu leur première défaite depuis mars 2018. C’est en conjuguant les deux qu’ils ont évité la casse contre les Islandais et gagné face aux Allemands.
Au-delà des buteurs providentiels, le sélectionneur Didier Deschamps peut compter sur quelques hommes de l’ombre capables de sonner la révolte quand son équipe « ronronne » un peu trop, pour reprendre l’expression qu’il utilise face à la presse. Contre l’Islande, c’est le nouveau venu Tanguy Ndombélé qui a amené de la percussion et du mouvement à sa sortie du banc. Face à l’Allemagne, Lucas Hernandez, passeur décisif sur le premier but de Griezmann, a endossé ce rôle en apportant la « grinta » qui fait la marque de fabrique de son club, l’Atlético Madrid. « À un moment, des actions, des attitudes d’un ou de deux joueurs réveillent un peu tout le monde », relève Deschamps. Après le rêve russe, les Bleus ont évité des lendemains difficiles et c’est l’essentiel.
Respect et seconde chance
Pour le sélectionneur de l’Allemagne, Joachim Löw, cette défaite fait du bien... La Mannschaft a été battue par les Bleus, mais au terme d’une bonne prestation avec sept joueurs de moins de 25 ans titularisés. Löw sauve sa tête et a une base pour reconstruire en vue de l’Euro 2020.
Paradoxalement, alors que la situation comptable de la Mannschaft n’a jamais été aussi désastreuse, les commentaires étaient plutôt positifs hier. « L’avenir dira si ce match à Paris aura marqué la naissance d’une nouvelle équipe d’Allemagne », a écrit Kicker, « mais cette formation a mérité qu’on lui redonne sa chance ». « Le processus de rajeunissement, on l’a vu contre la France, est inéluctable. Löw, qui s’est accroché trop longtemps à son ossature de champions du monde 2014, s’en est aperçu juste à temps », a poursuivi le magazine spécialisé. Avec un humour grinçant, le grand quotidien Bild a titré sur « la meilleure défaite de l’année ». Mais le journal, qui l’avait descendu en flammes après la déroute (3-0) samedi dernier contre les Pays-Bas, a rendu hommage au coach : « Respect, pour un sélectionneur qui a eu l’humilité de reconnaître ses fautes et de les corriger. Beaucoup n’attendaient pas cela de lui. »
Provisoirement, l’Allemagne fait donc semblant d’oublier que son équipe vient de perdre son sixième match depuis le 1er janvier 2018. Un record historique puisque, jamais encore, la Mannschaft n’avait perdu plus de cinq fois dans une année calendaire. Et que sa survie en Ligue A des nations ne tient qu’à un fil. Une victoire des Pays-Bas contre la France le 16 novembre condamnerait l’Allemagne à coup sûr. Si les Oranje ne gagnaient pas, le dernier match Allemagne-Hollande, trois jours plus tard, ferait office de « match de relégation ».
Mais hier, commentateurs et consultants préféraient retenir que le « changement profond », promis après l’élimination au 1er tour du Mondial en Russie, semble enfin avoir commencé. Même si Löw ne le présente pas ainsi. Car pour lui, en poste depuis 12 ans, l’équilibre entre expérience et jeunesse reste un dogme. Et, trois mois après le Mondial raté, il aura encore fallu la claque d’Amsterdam, où ses cinq champions du monde Neuer, Boateng, Hummels, Kroos et Müller ont bu la tasse, pour qu’il réagisse enfin. Löw, qui entretient des relations très proches avec ses champions du monde 2014, aura-t-il toutefois le courage de les écarter durablement ? Certains, pas complètement convaincus, l’exhortent en tout cas à tenir le cap.
Source : AFP

