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Culture

À travers la caméra, ce que les yeux de Basir Mahmood voient...

Exposition

Quinze photographies et une vidéo pour traduire le talent d’artiste de Basir Mahmood à la Galerie Letitia. Des images tissées de simplicité, de réflexion écologique et environnementale. Et bien sûr, la part belle à l’esthétique...

16/10/2018

Trente-deux ans, peau basanée, barbe de quelques jours noire, yeux au regard vif, voilà Basir Mahmood heureux et étonné par son premier voyage à Beyrouth.

Ce photographe né au Pakistan, formé aux meilleures écoles d’art de Lahore et d’Amsterdam, résident pour des expériences artistiques au Brésil, au Japon, en Allemagne et en Angleterre, est déjà sollicité aux quatre coins du monde.

Ses pas, sa curiosité, sa quête esthétique, son concept d’art, sa caméra, ses photos et ses vidéos l’ont conduit de Moscou à Berlin en passant par Rome, Paris, Le Caire, Copenhague, Osaka, Tokyo, Sao Paolo et bien sûr Karachi et New Delhi.

Il a jeté, le temps d’une exposition de ses clichés, les amarres au pays du Cèdre. Son impression pour cette première rencontre avec les rives libanaises ? « Je suis séduit par la beauté des gens », dit-il en souriant. Et d’enchaîner avec enthousiasme : « De par ses contrastes entre luxe insolent et misère à ciel ouvert, Beyrouth me rappelle Karachi ! Je suis très heureux de présenter mes photographies, ma manière de voir les choses et mon art de croquer la vie aux Libanais… C’est un concept d’exploration, d’observation, de témoignage, de (re)composition. J’opère plusieurs tâches, comme un travail multiplié et les images surgissent, enchaînées les unes aux autres, naturellement, souvent d’une manière imprévisible. Je parle à moi-même sur la manière de saisir une image, d’éviter un geste automatique et comment et pourquoi la partager avec le public… »

À la Galerie Letitia qui présente annuellement seulement cinq artistes triés sur le volet, Basir Mahmood est le quatrième après Eileen Cooper, Ahmad Badry et Nathaniel Rackowe.

Une exposition à voir. Pour cet univers où respire la mer, où clapotent les eaux turquoises transparentes, où s’ébrouent les pêcheurs avec leurs filets et nacelles, où s’exposent des légumes et des fruits coupés sur un étal en gradins, mais qui n’ont rien à voir avec les visages d’Arcimboldo en corbeilles d’agrumes… Pour des images où triomphent surtout le sens du partage, une redistribution des ressources naturelles plus équitable, un ordre et une discipline plus suivis, un refus de gaspillage et de gâchis. Telles ces oranges qui deviennent source de lumière, qu’on dirait des lampes rougeoyantes dans un réseau de communication serré à travers des bras tendus comme un filet de sauvetage. Ou tout simplement, pour les esprits rêveurs et fantasques, ces bras à la peau sombre transformant ces oranges en un poétique essaim de lucioles colorées et volubiles dans une nuit impalpable…

De même que ce jet de lait versé d’une jarre se transforme, par la magie et le secret de la caméra et de l’éclairage, dans un décor vaguement baroque, en un saisissant fil de soie. Fil de soie qui relie la bouche de l’amphore au sol et, par delà un « splash » laiteux éclaboussant, luit discrètement dans la pénombre…

La grâce éphémère de l’instant, dans sa fragilité et son insoupçonnable pouvoir de séduction et de réflexion, est saisie en un clic bien élaboré, patiemment conçu et senti. Et s’imposent, en une caresse furtive savamment retenue, ces images d’une surprenante simplicité, nimbées d’un « aura » singulièrement subtil et arborant l’empreinte d’une lumière distinctive…


Galerie Letitia, Immeuble Saroulla, Hamra, Beyrouth

« Eyes recently seen » (Ce que les yeux ont récemment vu), photographies et vidéo de Basir Mahmood. Jusqu’au 3 novembre 2018.

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