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Moyen Orient et Monde - Portrait

Brett Kavanaugh, le juge de Trump qui divise l’Amérique

Après un vote sur le fil du Sénat, le poulain du président a été intronisé samedi à la Cour suprême.


Le juge Brett Kavanaugh a prêté serment samedi pour être intronisé à la Cour suprême. Photo AFP/Cour suprême US

Intronisé samedi à la Cour suprême des États-Unis, le juge Brett Kavanaugh partage avec Donald Trump une caractéristique fondamentale : sa personnalité divise radicalement les Américains.

Le magistrat conservateur de 53 ans a été confirmé samedi par un vote sur le fil du Sénat (50 voix pour, 48 contre). Il est le juge le plus « mal nommé » eu sein de la prestigieuse institution depuis 1881. Un millier de manifestants ont passé la journée de samedi devant la Cour suprême, située à quelques dizaines de mètres du Capitole, pour protester contre sa nomination. Après avoir férocement combattu durant trois semaines des accusations d’abus sexuels remontant à sa jeunesse dans un milieu aisé, la victoire de M. Kavanaugh est aussi celle de Donald Trump à un mois d’élections de mi-mandat cruciales, le président l’ayant choisi et ayant mis tout son poids derrière son poulain. « C’est une soirée historique », a ainsi lancé samedi M. Trump lors d’un rassemblement électoral à Topeka, dans le Kansas. « Je me tiens devant vous aujourd’hui après une formidable victoire pour notre

nation, pour notre peuple et pour notre Constitution », a encore lancé le président sous les acclamations de la foule.

Au bord de la rupture

Malgré le verdict tardif favorable des sénateurs, malgré l’absence d’éléments compromettants dans une enquête du FBI trop hâtivement bouclée aux yeux des démocrates, Brett Kavanaugh peut s’attendre à devoir poursuivre une longue bataille d’image. Le juge lui-même l’a d’ailleurs regretté publiquement : les accusations d’abus sexuels ont ruiné « à jamais » sa réputation. Il a néanmoins réaffirmé jeudi dans le Wall Street Journal, qu’il était « impartial », « dédié à la Constitution et au bien public », ou encore « courtois ».

Avant de symboliser la sagesse traditionnellement attachée aux neuf magistrats de la plus haute instance judiciaire des États-Unis, M. Kavanaugh devra dissiper le souvenir laissé lors d’une journée d’audition mémorable fin septembre, quand le juge et son accusatrice, Christine Blasey Ford, ont livré chacun leur vérité sur une soirée de l’été 1982. Mme Blasey Ford assure que ce jour-là, Brett Kavanaugh a tenté de la violer et l’a brutalisée.

Niant avec véhémence, il est apparu au bord de la rupture, la voix hachée par les sanglots réprimés, la goutte au nez et le verbe agressif. S’il a bien concédé quelques bières de trop, alors qu’il était lycéen dans la banlieue cossue de Washington, M. Kavanaugh a dénoncé un « coup monté » politique pour briser sa carrière et sa personnalité dont il assure qu’elles sont irréprochables. « J’ai dit des choses que je n’aurais pas dû dire. J’espère que tout le monde peut comprendre que j’étais là-bas en tant que fils, mari et père », a-t-il justifié cette semaine.

Lui qui présente un pedigree impeccable pour la droite américaine a catégoriquement rejeté des témoignages le dépeignant comme un adepte de beuveries et de comportements déplacés à l’égard de ses camarades féminines de jeunesse. Il s’est escrimé à convaincre de sa rectitude, déroulant ses faits d’armes, qui l’ont vu conseiller l’ancien président républicain George W. Bush. Il a insisté sur ses valeurs familiales traditionnelles, sa fidélité à son épouse Ashley, avec laquelle il a eu deux filles.

M. Kavanaugh est né à Washington et siège depuis une décennie à la cour d’appel, une instance réputée pour l’importance des dossiers qui y passent et donc considérée comme un tremplin. Il a débuté dans la magistrature comme assistant du juge Anthony Kennedy qui, fin juin, a créé la surprise en prenant sa retraite de la Cour suprême. Brett Kavanaugh est diplômé de Yale. C’est dans cette prestigieuse université qu’il aurait exhibé son sexe devant une étudiante lors d’une soirée arrosée, selon une autre accusation qui l’a fragilisé.

Catholique pratiquant

Plus tard, il s’est fait connaître dans les années 1990 lors de deux scandales de l’ère Bill Clinton. Il a mené l’enquête sur le suicide de Vince Foster, ami de Clinton et collaborateur de la Maison-Blanche, dans l’affaire Whitewater, concernant des investissements dans l’immobilier du couple présidentiel. M. Kavanaugh a par ailleurs participé à la rédaction du rapport du procureur Kenneth Starr, portant notamment sur la relation extraconjugale que Bill Clinton avait eue avec une stagiaire, Monica Lewinsky. Le juriste conservateur a aussi proposé son aide à George W. Bush lors de l’imbroglio du comptage des voix en Floride durant la présidentielle de 2000, qui opposait le candidat républicain au démocrate Al Gore. Le président l’a ensuite recruté parmi ses collaborateurs directs en prenant ses fonctions en 2001 dans le bureau Ovale.

À la cour d’appel de Washington, M. Kavanaugh a fait preuve d’une constance conservatrice dans ses décisions. Il a notamment rassuré les républicains en se déclarant – sur un motif technique – opposé à la loi Obamacare sur la couverture maladie universelle. En 2012, le juge a fait partie d’un panel ayant annulé une mesure de l’EPA, l’Agence fédérale de protection de l’environnement, visant à réduire la pollution de l’air entre les États. Récemment, il a exprimé son désaccord avec une décision permettant à une adolescente entrée clandestinement aux États-Unis de se faire avorter. Vigoureux défenseur des armes à feu, ce catholique pratiquant est actif dans diverses associations religieuses.

Sébastien BLANC/AFP

Intronisé samedi à la Cour suprême des États-Unis, le juge Brett Kavanaugh partage avec Donald Trump une caractéristique fondamentale : sa personnalité divise radicalement les Américains. Le magistrat conservateur de 53 ans a été confirmé samedi par un vote sur le fil du Sénat (50 voix pour, 48 contre). Il est le juge le plus « mal nommé » eu sein de la prestigieuse institution depuis 1881. Un millier de manifestants ont passé la journée de samedi devant la Cour suprême, située à quelques dizaines de mètres du Capitole, pour protester contre sa nomination. Après avoir férocement combattu durant trois semaines des accusations d’abus sexuels remontant à sa jeunesse dans un milieu aisé, la victoire de M. Kavanaugh est aussi celle de Donald Trump à un mois d’élections de mi-mandat cruciales, le...
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