Sahra Wagenknecht, qui a initié le mouvement de gauche baptisé « Aufstehen » (Debout), lors de son point de presse hier. Axel Schmidt/Reuters
Un mouvement de gauche à la tonalité antimigrants a vu le jour hier en Allemagne, où, trois ans après l’ouverture aux réfugiés décidée par Angela Merkel, l’extrême droite connaît une poussée qui bouleverse le paysage politique.
Baptisé « Aufstehen » (Debout), ce mouvement, initié par Sahra Wagenknecht, une égérie de la gauche radicale (Die Linke), ambitionne de rassembler les déçus d’une gauche fragmentée, qui a rassemblé moins de 40 % des voix aux élections de 2017 et dont certains électeurs se sont réfugiés dans le vote AfD à l’extrême droite.
Épouse d’Oskar Lafontaine, l’ex-ministre de Gerhard Schröder qui avait claqué la porte du gouvernement pour cofonder Die Linke en 2007, Mme Wagenknecht est une habituée des positions hétérodoxes au sein de sa famille politique : elle n’hésite pas à défendre la mémoire de la RDA communiste ou à défendre la Russie de Vladimir Poutine.
« Aufstehen », qui revendique déjà plus de 100 000 sympathisants selon Mme Wagenknecht, n’entend pas à ce stade devenir un parti de plus. Il peine d’ailleurs à attirer des personnalités de gauche de premier plan. Dans une Allemagne où les électeurs de gauche sont de plus en plus déboussolés par la coalition formée par Angela Merkel entre son parti de centre-droit et les sociaux-démocrates, Aufstehen entend remettre au cœur des débats les enjeux sociaux. Sans hésiter à les relier à la sensible question migratoire.
« Laissés pour compte »
Hier, face à la polémique naissante, elle a assuré que la question migratoire n’était pas « centrale ». Mais lasse de « laisser le champ libre » au mouvement islamophobe Pegida et à l’extrême droite, celle qui reste coprésidente de Die Linke au Bundestag entend ramener dans le giron de la gauche ceux qui ne sont pas racistes mais « se sentent laissés pour compte ».
Cette retenue a tranché avec les déclarations récentes de Mme Wagenknecht. Dans un style incisif, cette ancienne membre du Parti communiste de RDA, rompue aux talk-shows politiques, n’a ainsi jamais hésité à brocarder la supposée « naïveté » de la gauche en matière d’immigration. En 2016, après l’attentat de Berlin revendiqué par le groupe État islamique, elle avait dénoncé « l’ouverture incontrôlée des frontières ». Mme Wagenknecht avait aussi remis en cause le « droit d’hospitalité » dont ont bénéficié les auteurs, pour beaucoup originaires du Maghreb, d’agressions sexuelles le 31 décembre 2015 à Cologne.
« Debout » cible en particulier les États-régions d’Allemagne de l’Est. Plusieurs verront leurs parlements renouvelés en 2019, avec une probable nouvelle poussée de l’extrême droite, qui avait atteint déjà 20% des suffrages lors des élections législatives de 2017, contre 12% à l’échelle fédérale.
Scepticisme
« Avec ce mouvement, nous voulons juguler la montée de l’AfD », explique M. Lafontaine, que plusieurs médias présentent comme le cerveau d’Aufstehen. « Regardez ce qui se passe en ex-Allemagne de l’Est : l’AfD y est devenu le parti des travailleurs et des demandeurs d’emploi. Cela doit nous faire réfléchir, à gauche, sur ce que nous avons raté », assène-t-il.
Si sa rhétorique résonne parfois avec les discours de l’AfD, Mme Wagenknecht n’a toutefois pas franchi totalement le Rubicon de la remise en cause du droit d’asile ou des attaques contre l’islam, décrypte Gero Neugebauer, politologue spécialiste de la gauche à l’Université libre de Berlin.
Aufstehen suscite aussi le scepticisme des Allemands : moins de 1 sur 5 (19,8%) jugent que le mouvement peut s’installer dans le paysage politique, selon un sondage Civey publié hier.
Source : AFP


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine