Liban

Le Liban et les spéculations sur l’avenir des relations syro-iraniennes

Décryptage
18/08/2018

« La guerre en Syrie touche à sa fin et les Iraniens seront les derniers à quitter ce pays. » C’est un responsable libanais, au courant des développements régionaux, qui lance cette phrase, estimant ainsi que tous les paris de ceux qu’il appelle « les nostalgiques du 14 Mars » sur un affaiblissement de l’Iran et de ses alliés (notamment le Hezbollah) en Syrie et dans la région ne sont que des illusions.

Ce responsable, qui se targue d’avoir prévu le maintien d’Assad au pouvoir et l’enlisement saoudien dans la guerre au Yémen, affirme que miser sur un conflit russo-iranien en Syrie, qui finirait par un retrait iranien de ce pays laissé à la seule influence russe, est une erreur. Selon lui, les divergences entre Téhéran et Moscou sur la Syrie, qui sont réelles et portent essentiellement sur le processus politique en Syrie (les Russes veulent le mettre en place le plus tôt possible, alors que les Iraniens estiment qu’il faut d’abord que les groupes terroristes soient totalement défaits), n’atteindront pas le stade de la rupture ou du conflit ouvert car les intérêts stratégiques communs des deux pays, surtout face à la guerre économique lancée par le président américain Donald Trump, sont bien trop importants.

Le dernier discours du secrétaire général du Hezbollah, prononcé mardi soir, va encore plus loin et prévoit une victoire prochaine dans la région de « l’axe de la résistance » dont l’Iran est un des piliers. Des sources proches du Hezbollah ajoutent qu’au cours des derniers mois, le Premier ministre israélien a effectué trois voyages en Russie pour évoquer la situation en Syrie. Le fait que Benjamin Netanyahu ait choisi de se rendre à Moscou et non à Washington est déjà un indice des rapports de force internationaux en Syrie et dans la région. De plus, M. Netanyahu aurait évoqué avec son interlocuteur russe la situation au Golan et la nécessité d’obliger les forces iraniennes et les combattants du Hezbollah à se retirer des alentours de cette zone. Or, la réponse de Vladimir Poutine aurait été claire : il s’agit d’un territoire syrien et ce sont les autorités de ce pays qui doivent prendre la décision. Des sources diplomatiques révèlent aussi, dans ce sillage, que, lors du sommet Poutine-Trump, le président américain aurait demandé qu’il n’y ait pas d’armes stratégiques iraniennes en Syrie et que l’Iran n’ait pas des bases aérienne et maritime sur la Méditerranée. Le président russe aurait répondu que son pays ne peut pas exécuter ces demandes car les Iraniens ne sont pas entrés en Syrie à sa demande... Depuis, les Israéliens en sont réduits à réclamer un retour au statu quo d’avant 2011, lorsque l’armée syrienne était déployée tout le long du Golan occupé. De leur côté, les Iraniens et le régime syrien ont multiplié les déclarations pour confirmer leur alliance stratégique.


(Lire aussi : Entre Assad et le Hezbollah, l’heure est à la renégociation)


Une source iranienne à Beyrouth rappelle à cet égard que la décision d’aider le régime syrien s’inscrit dans le cadre d’une vision stratégique et de l’application des principes de la révolution islamique. Pour elle, il ne doit donc pas y avoir de changement d’un régime par la force des armes, car cela pourrait avoir un effet domino dans la région. C’est exactement le même souci qui a poussé les Iraniens à appuyer le régime de Recep Tayyip Erdogan lors du coup d’État manqué de juillet 2016 en Turquie.

De plus, pour les autorités iraniennes, accepter la victoire de groupes terroristes sur un régime politique relativement respectueux des institutions est un précédent inacceptable, qui constituerait un modèle d’effritement dans la région, au service d’Israël et de ses alliés internationaux. La République islamique, qui a elle-même souffert des tentatives de renversement menées directement ou non par l’Occident et ses alliés, alors que dans son système il y a chaque année des consultations populaires, ne peut pas accepter que ces procédés soient généralisés et deviennent la norme dans la région. Il faut préciser que l’Iran regroupe 12 ethnies qui seraient menacées dans le cadre d’un changement par la violence.

Selon la source iranienne précitée, la présence iranienne dans ce pays dépend donc de la volonté du régime syrien. C’est lui qui choisira si les Iraniens doivent rester ou non sur son territoire. C’est lui aussi qui décidera s’il veut libérer le Golan occupé ou non, et, quelle que soit sa décision, l’Iran la respectera. Toujours selon la source précitée, la République islamique n’a jamais déclenché une guerre et elle ne compte pas le faire maintenant, car c’est interdit chez les chiites. Même au sujet de la libération de la Palestine, les Iraniens considèrent qu’elle relève de la responsabilité des Palestiniens eux-mêmes. L’Iran n’a donc pas de projet de lancer une guerre, ni en Syrie, ni en Palestine, ni en Irak, ni au Yémen. Par conséquent, l’Iran ne veut pas que la Syrie devienne un front israélo-iranien. Selon la source précitée, toutes les accusations israéliennes dans ce sens ne sont que de la poudre aux yeux destinée à détourner l’attention israélienne de la crise interne. De même, l’Iran, selon la même source, ne veut rien d’autre du Liban, sinon qu’il soit fort et souverain, et c’est pourquoi elle n’a sollicité aucun avantage économique ou autre. En Irak, l’Iran veut deux choses : qu’il n’y ait pas un nouveau Saddam Hussein (qui avait déclenché la guerre à la République islamique en 1980) et que ce pays ne devienne pas une base militaire américaine. Tout ce qui intéresse donc l’Iran, c’est que « l’axe de la résistance » marque des victoires contre ceux qui veulent l’effritement de la région. Le processus est déjà déclenché et la Syrie en est le meilleur exemple. Les parties libanaises devraient tenir compte de ces données, estime la source précitée.



Lire aussi

Le Hezbollah compte-t-il un jour rapatrier ses combattants de Syrie ?


À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Hitti arlette

Depuis le début de la fabrication,de toutes pièces,du scénario de ces "prétendus opposants pacifistes" ,qui ont entamé leurs manifestations en ce mi-mars 2011contre le régime du "dictateur "Bachar el Assad, on savait pertinemment que le complot contre la Syrie allait foirer . Il a fallu pourtant des années de guerres destructrices, des milliers de victimes et des millions de déplacés pour que ces piètres scénaristes comprennent que le régime a tenu bon,contre vents et marées.. Et ce malgré l'embourbement des grandes puissances dans la fange Syrienne . Convaincus un peu trop tard que leurs désirs n'étaient pas toujours des ordres , les auteurs du film- navet se sont retirés comme des grands , laissant aux alliés de Damas le soin de faire le ménage après eux .
Encore une fois Scarlett ton article n'est que le reflet de la fameuse réalité qui sera admise lentement mais sûrement dans le proche avenir . Ne faudrait-il pas donner du temps au temps ?

Fredy Hakim

Ceux qui ont très tôt fait la fête et se sont réjouis de la chute de bashar el assad sont aujourd’hui dévastés et ne savent plus à quel saint se vouer! Mais au Liban nous avons la mémoire très courte! Il y’a un an nous étions terrorisés à l’idée de voir daech prendre le contrôle de villages chrétiens dans la bekaa et aujourd’hui on gesticule et complote en espérant voir américains, saoudiens ou israéliens reprendre le dessus et nous manipuler!

Remy Martin

Merci, Mme Haddad, pour ces "décryptages" hilarants !

Irene Said

Inutile de lire chaque jour de nouveaux: si comme cela...si...telle source affirme...etc.

Lisez l'article de
Mario Abinader
"le Liban n'existe pas"

il dit tout!

Irène Saïd

gaby sioufi

inutile de palabrer pour ou contre ce decryptage.
UNE SEULE conclusion a tirer : l'Iran est passible de recevoir deux distinctions :
la 1ere, le prix nobel de la paix
la 2e et la + importante un siege parmi les 5 membres permanents au conseil de securite a l'ONU Tellement sa strategie est salvatrice pour les pays de proche & du MO.

Zovighian Michel

En effet c’est une ratatouille de spéculations afin de justifier le status-quo. Votre article explique que les forces armées étrangères attendent que la Syrie se decide sur leur présence sur le sol Syrien. Des questions plus intéressantes que le statut-quo que vous pourriez élaborer dans un article futur seraient:
1) comment le régime Syrien va t’il pouvoir gérer son pays avec des forces armées qui lui imposent mille et une conditions en contre partie de leurs aides multiples?
2) est-ce que le status-quo peut-il être maintenu une fois que les déplacés sont retournés chez eux?
3) est-ce que les forces du status-quo permettront t’elles à tous les déplacés de retourner chez eux? Bizarrement on entend plus parler du plan Russe
4) est-ce que le régime Syrien peut politiquement et économiquement gérer la paix?

Ce qu’il faut comprendre, dans le cas où les déplacés ne rentrent pas chez eux est que “gagner en Syrie” et synonyme de “perdre au Liban”. Réjouissez-vous donc du status-quo.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

L,INTOX ET LE BARATIN... AVEC TOUT MON REGRET ET MES EXCUSES... SONT LA BASE DE VOTRE ARTICLE D,AUJOURD,HUI TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD AUX INFORMATIONS PUISEES DANS LES DIRES D,UN INCONNU RESPONSABLE - AU COURANT DES AFFAIRES REGIONALES - !

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué