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Culture

Samir Muller, maître de la terre et du feu

MUSÉE

Dans le sillage d’hommages à des artistes présents dans ses collections, le musée Sursock présente une trentaine d’œuvres du peintre d’argile.

08/08/2018

Dans la salle des collections du musée Sursock, une exposition fait revivre le monde fabuleux de la terre et du feu dans un hommage à l’artiste Samir Muller (1959-2013) qui a donné du lustre et du relief à cet univers né des surprises et des aléas des composants fuyants de la terre et de la force maîtrisée du feu.

 De Aïn Zhalta au Chouf où il a vu le jour, l’artiste a vu sa passion de la céramique et des émaux prendre le dessus pour une carrière qui va s’illustrer avec plus de sept expositions individuelles (de Perpignan à plusieurs points du Liban) ainsi que de très nombreuses expositions collectives. Tout en partageant, à travers une discipline pédagogique, le sens de la transmission avec les étudiants de l’USEK, l’ALBA et la NDU.

Luisantes, rêches, lisses, rugueuses, ses œuvres sont une éloquente illustration d’un savoir-faire et d’un art qui s’est bonifié et clarifié avec les expérimentations (jamais laissées au hasard, mais dûment contrôlées), et surtout une volonté de dépassement plastique, dans une représentation qui marie élégance des formes, harmonie des volumes et plaisir de l’œil. Et même du toucher tant ces objets sont un véritable et innocent appel tactile !
Ce corps-à-corps avec l’argile, matière rebelle au départ et aux résultats de mélanges imprévisibles, aura été l’affaire d’une vie. L’argile, à l’état pur, est composée de silice, d’alumine et d’eau. Elle est alors blanche, mais dans la nature, elle contient entre autres matériaux de l’oxyde de fer, du manganèse ou du titane qui lui donnent des reflets, des nuances et des colorations divers.
L’argile est ramassée, malaxée, séchée puis épurée. L’artisan y ajoute un dégraissant (quartz, silice…) pour remédier à sa trop grande plasticité et un fondant (cendres de végétaux, feldspath, carbonate de chaux) pour abaisser le point de température. Voilà les méandres un peu secrets d’une alchimie de transformation dont les coulisses et les desseins, en étapes de création, sont souvent impénétrables. Et peuvent facilement déraper. Pour une meilleure approche de ce travail, sur des tableaux à l’ordre impeccable, s’affichent les échantillonnages pour l’obtention de tel ton ou tel timbre de couleur… C’est dire la méticulosité du labeur entrepris avant de se résoudre à un résultat définitif.



Héritage
Ce savoir-faire de Samir Műller est en fait, en plus de l’inspiration, un héritage de son grand-père (venu dans la montagne libanaise de la Suisse allemande en 1914 !) et de son père qui ont développé un atelier artisanal et une petite usine à Kahalé. Oblongs, globulaires, ronds, parfois aux formes inclassables de boule, d’obélisque ou de rectangle, d’une beauté qui tord le cou au temps, sont les vases de cet homme qui a suivi, dans sa jeunesse, une formation à l’École des beaux-arts de Toulouse. Mais qui a aussi fréquenté les cours de Jean Hury au lycée technique Auguste Renoir à Paris où il a appris les techniques d’engobe, de décors sous et sur émail et la maîtrise de cuisson.

Aujourd’hui, à travers cette expo posthume, riche palette de créativité diversifiée sous l’emprise du feu et de la terre, le musée Sursock offre aux regards du public non seulement ces vases aux reflets étonnants dans leur rose nacré ou beige cuivré, mais aussi des panneaux aux scènes urbaines avec des personnages engoncés dans des ombres caverneuses. Force des tonalités, parfois sourdes et drues, pour faire émerger, en un flou artistique savamment dosé, silhouettes et espaces aux frontières vaguement satinées et indiscernables…

Pour rappeler le sens de la peinture, si besoin en est, chez cet artiste inspiré, deux lithographies (en noir et blanc) aux paysages sereins, orientalisants et quasi romantiques. Tout d’abord, ce « souk » « bagdadien » avec tentures et étals, haut en poussière et cris de marchands bigarrés. Ensuite, cette dame au chapeau assise à table devant un lac (ou une mer) dominé par des montagnes se profilant à l’horizon. Animation populaire et solitude distinguée pour parler de la vie… Tout comme ces plateaux accrochés aux murs avec une faune animale juste esquissée dans ses traits essentiels : un taureau, des oiseaux, un lapin. Redécouvrir l’œuvre de Samir Műller, c’est un retour aux richesses inouïes de la terre libanaise et des potentialités créatives qui s’en dégagent…

Musée Sursock
« Samir Muller, peintre d’argile », jusqu’au 24 septembre 2018

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