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Moyen Orient et Monde - Tensions

Washington met son plan en action pour tordre le bras iranien

Hassan Rohani a accusé Washington de « vouloir lancer une guerre psychologique contre la nation iranienne et provoquer des dissensions ».

Le président iranien a jugé hier « insensées » des négociations avec les États-Unis. Iranian Presidency/AFP

Le président iranien Hassan Rohani, isolé et en difficulté, a jugé « insensées » hier des négociations avec les États-Unis qui s’apprêtent dans le même temps à rétablir des sanctions susceptibles d’aggraver les difficultés économiques de son pays.
Dans un entretien télévisé à quelques heures du rétablissement de sévères sanctions américaines contre l’Iran, M. Rohani a accusé Washington de « vouloir lancer une guerre psychologique contre la nation iranienne et provoquer des dissensions » parmi les Iraniens. Il s’agit de la première réaction de M. Rohani aux appels à négocier lancés par le président américain Donald Trump, qui a néanmoins de nouveau averti l’Iran hier. « Le régime iranien est confronté à un choix, a-t-il dit dans un communiqué. Soit il change son attitude menaçante et déstabilisatrice, et il pourra retourner dans le giron de l’économie mondiale, soit il continue sur la route de l’isolement économique. » Mais M. Trump a aussi souligné qu’il restait « ouvert » à un « accord plus global qui concernerait l’ensemble de ses activités néfastes, y compris son programme balistique et son soutien au terrorisme ».
Le rétablissement des sanctions économiques a été décidé après le retrait unilatéral des États-Unis de l’accord historique sur le nucléaire, conclu en 2015 entre l’Iran et les grandes puissances. M. Trump critique fortement cet accord alors que les Iraniens le défendent bec et ongles. « Si vous êtes un ennemi et que vous poignardez quelqu’un avec un couteau, et qu’ensuite vous dites que vous voulez des négociations, la première chose à faire c’est d’enlever le couteau », a dit M. Rohani. Il a précisé que son pays « avait toujours fait bon accueil à des négociations », mais que les États-Unis devaient d’abord prouver leur bonne foi.

« Dignes de confiance ? »
« Comment peuvent-ils montrer qu’ils sont dignes de confiance ?

En revenant au JCPOA », a-t-il indiqué, en référence à l’accord nucléaire. Conclu après des années de difficiles négociations entre l’Iran d’une part, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Russie, la Chine, l’Allemagne et l’Union européenne de l’autre, l’accord vise à garantir le caractère strictement pacifique du programme nucléaire iranien en le soumettant à une surveillance draconienne.
En échange, il prévoyait la levée progressive des sanctions qui avaient asphyxié l’économie iranienne et isolé le pays. Dans son dernier rapport en mai, l’Agence internationale de l’énergie atomique avait attesté que l’Iran continuait de respecter ses engagements.
Mais M. Trump, qui a adopté une attitude très hostile envers l’Iran depuis son arrivée au pouvoir, veut « intensifier la pression sur Téhéran pour qu’il change de comportement ». Il reproche entre autres à ce pays son soutien au président syrien Bachar el-Assad, aux rebelles au Yémen ou encore au Hamas à Gaza et au Hezbollah libanais.
La première vague de sanctions américaines, qui prenait effet ce matin à 04h01 GMT, comprendra des blocages sur les transactions financières et les importations de matières premières, ainsi que des mesures pénalisantes sur les achats dans le secteur automobile et l’aviation commerciale. Elle sera suivie, en novembre, de mesures affectant le secteur pétrolier et gazier ainsi que la Banque centrale. Ces sanctions risquent de lourdement peser sur une économie iranienne à la peine, qui souffre d’un taux de chômage élevé et d’une nette inflation. Le rial iranien a plongé, perdant près des deux tiers de sa valeur en six mois. Mais, pour le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, ces difficultés économiques sont dues à la politique régionale agressive de Téhéran et la corruption dans le pays. « Le régime doit utiliser les ressources de l’Iran pour aider ses citoyens, pas pour soutenir le terrorisme et enrichir les dirigeants », a-t-il tweeté.

 Mesures anticorruption
La semaine dernière, plusieurs villes iraniennes ont été le théâtre de manifestations sporadiques et de grèves, fruits du mécontentement face à la situation économique détériorée, à la classe politique mais aussi au manque d’eau causé par la sécheresse. Devant la chute de la monnaie nationale et à la contestation sociale, le gouvernement de M. Rohani a annoncé un assouplissement des mesures encadrant le taux de change du rial. Les bureaux de change, fermés en avril, devraient notamment être rouverts, même si leur activité sera strictement surveillée. Des responsables accusés de corruption et de spéculation ont en outre été arrêtés. Sommée par des responsables religieux d’agir contre la corruption, l’autorité judiciaire a annoncé l’arrestation du vice-gouverneur et chef du département des changes de la Banque centrale d’Iran, Ahmad Araghchi, avec d’autres responsables et quatre cambistes accusés de spéculation.
M. Rohani, qui avait tout misé sur l’accord nucléaire, a aujourd’hui bien du mal à défendre sa politique et voit ses soutiens s’étioler, selon des experts. Mais, l’ayatollah Ali Khamenei, premier personnage de l’État et ultime décideur dans les dossiers sensibles, ne voudrait pas qu’il échoue dans sa tentative de modifier sa politique, disent-ils. L’Union européenne a, elle, regretté le rétablissement des sanctions et confirmé sa « détermination à protéger les opérateurs économiques européens, engagés dans des affaires légitimes avec l’Iran ». Une législation spécifique en ce sens entrera en vigueur aujourd’hui. Répondant à la détermination des États-Unis à exercer une « pression maximale » sur Téhéran, le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif a assuré hier que les États-Unis, l’Arabie saoudite et Israël, pays ennemis de l’Iran, étaient « isolés » dans leur opposition à la République islamique. « Aujourd’hui, le monde entier a déclaré qu’il n’était plus en phase avec la politique américaine contre l’Iran », a-t-il dit, cité par l’agence semi-officielle ISNA. En Israël, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, dont le pays est considéré comme le seul détenteur de l’arme nucléaire au Proche-Orient, a « félicité » M. Trump pour le rétablissement des sanctions. « Cela symbolise une détermination à freiner l’agression régionale de l’Iran, et son intention de se doter de l’arme nucléaire ».
Source : AFP

Le président iranien Hassan Rohani, isolé et en difficulté, a jugé « insensées » hier des négociations avec les États-Unis qui s’apprêtent dans le même temps à rétablir des sanctions susceptibles d’aggraver les difficultés économiques de son pays.Dans un entretien télévisé à quelques heures du rétablissement de sévères sanctions américaines contre l’Iran, M....
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