Une esquisse de cour de justice faite le 7 octobre 2014 montrant Djamel Beghal lors de son procès en appel au Palais de justice de Paris. Benoît Peyrucq/AFP
L’islamiste algérien Djamel Beghal, considéré comme le mentor de Chérif Kouachi et d’Amédy Coulibaly, deux des auteurs des attentats de janvier 2015 à Paris, a été expulsé hier vers son pays natal à sa sortie d’une prison française.
Cet Algérien de 52 ans, déchu de la nationalité française, a quitté la prison de Vezin-le-Coquet, « vers 05h30 en vue d’être reconduit à la frontière », selon une source syndicale. Il a décollé peu après 10h30 de l’aéroport parisien de Roissy en direction d’Alger, ont indiqué des sources proches du dossier. « Il a été libéré ce matin à 5h20, pris en charge par la (police aux frontières). Il a adopté un comportement calme et n’a pas été surpris de l’heure de son départ », a précisé l’administration pénitentiaire.
Dans le viseur des autorités françaises depuis le milieu des années 1990, Djamel Beghal a été déclaré expulsable en 2007, deux ans après avoir été condamné à dix ans de prison pour association de malfaiteurs terroriste. À Vezin-le-Coquet, en Bretagne, il terminait de purger sa seconde peine de dix ans de prison pour un projet d’évasion en 2010 de Smaïn Aït Ali Belkacem, ancien membre du Groupe islamique armé algérien (GIA), condamné à perpétuité pour l’attentat à la station RER Musée d’Orsay en 1995, à Paris. Les autorités françaises, qui souhaitaient le voir retourner en Algérie, discutaient depuis plusieurs semaines avec Alger des conditions de son retour.
Solution adéquate
« Nous travaillons avec les autorités algériennes. Les choses avancent, c’est un travail délicat. J’espère que nous allons trouver la solution adéquate », avait confié jeudi la ministre française de la Justice Nicole Belloubet. M. Beghal était lui-même favorable à cette option. « Il y a 10 ans, nous avions bloqué son expulsion vers l’Algérie en raison du risque de torture encouru. Le climat lui apparaît désormais plus apaisé », a expliqué son avocat Bérenger Tourné.
En juin 2017, il avait lui-même déposé une demande de « libération conditionnelle-expulsion » vers l’Algérie qui avait été rejetée par la justice française en raison de doutes sur son « algérianité ». Cette fois, Djamel Beghal tenait surtout à ne pas se retrouver à nouveau assigné à résidence, ce qui revenait pour lui « à rester privé de liberté d’aller et de venir », avait expliqué Me Bérenger Tourné pour qui « rien ne devait plus s’opposer à son expulsion puisque tous savent maintenant qu’il est algérien ».
Djamel Beghal aura effectué au total près de 17 ans de détention dans les prisons françaises. Il est devenu une référence pour trois générations d’apprentis jihadistes. Condamné en 2005, il avait reconnu, avant de se rétracter en expliquant avoir été torturé par les enquêteurs émiratis, avoir été mandaté par un proche de Ben Laden pour préparer un attentat contre l’ambassade et un centre culturel américains.
C’est à la prison de Fleury-Mérogis, dans la banlieue parisienne, qu’il fait la connaissance des futurs auteurs des tueries de janvier 2015 à Charlie Hebdo et au magasin Hyper Cacher. Selon les enquêteurs, il devient leur « mentor », respecté pour sa « science religieuse ».
Libéré en 2009, il est assigné à résidence dans le Cantal, en attendant une possible expulsion, à laquelle s’oppose alors la Cour européenne des droits de l’homme. Des photos le montrent au côté d’Amédy Coulibaly, venu lui rendre visite. Il est à nouveau arrêté en 2010 et a passé au total une dizaine d’années à l’isolement.
Source : AFP


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