Liban

Le nouveau gouvernement otage du bras de fer régional

Éclairage
12/07/2018

Ce sont des lectures diamétralement opposées des développements régionaux qui sont en partie responsables du piétinement du processus de formation du nouveau gouvernement, assurent des informations puisées auprès de personnalités politiques engagées dans cette action.
Entre les deux camps orbitant, l’un dans la sphère saoudo-occidentale, l’autre dans la sphère iranienne, les lectures géopolitiques de ce qui se passe dans la région, que ce soit en Syrie, au Yémen, en Irak ou ailleurs, ne sont en effet pas du tout les mêmes. Ces interprétations contradictoires provoquent, dans les milieux politiques proches des deux camps, un durcissement des positions qui ne facilite pas la formation du nouveau gouvernement. Chaque camp redoute, en effet, d’avoir à regretter le fait d’avoir fait trop de concessions, ou fait preuve de trop de souplesse, à l’égard du camp opposé.
C’est la raison pour laquelle, en dépit des conseils prodigués par plus d’un pays ami, le processus de formation du gouvernement avance à pas de tortue, chaque camp escomptant que les développements sur le terrain dans les zones de violence tourneront à son avantage. Pourtant, les conseils de prudence ne manquent pas, et les modérés de tous bords ne se privent pas de faire miroiter aux yeux des Libanais les immenses avantages que leur pays pourrait tirer des recommandations de la CEDRE et de la longue liste de plus de 200 projets sectoriels qui pourraient tirer l’économie de son marasme actuel.
Dans le camp du 8 Mars, ces conseils tombent dans des oreilles assourdies par les cris de victoire poussés en Syrie, où l’on pavoise déjà dans la certitude que l’axe syro-iranien l’a emporté et que le président Bachar el-Assad a finalement eu raison de l’opposition et de la rébellion dans son pays. Ce camp en veut pour preuve que pas une puissance occidentale ne réclame plus le départ du président syrien, ou n’exige son départ comme condition préalable à la phase transitoire devant conduire à un règlement de la crise syrienne.
Toutefois, les pays qui gravitent dans l’orbite saoudo-occidentale ont une lecture diamétralement opposée de la situation géopolitique. Pour ces pays, le président syrien n’est resté au pouvoir qu’aux conditions de l’axe saoudo-occidental. Et les partisans de ce camp de rappeler que le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane avait affirmé, au cours de sa tournée aux États-Unis, qu’il n’a « pas de problème » au sujet du maintien au pouvoir de Bachar el-Assad, à condition qu’il se dégage de l’influence iranienne et que les forces de Téhéran et leurs alliées quittent la Syrie et tous les pays arabes.
Au sein de ce camp, le maintien au pouvoir du président syrien après sa rencontre avec le président Poutine illustre la souscription de Damas aux conditions de l’accord russo-américain sur la Syrie, qui prévoit notamment l’instauration d’un statut spécial pour le Sud syrien et le recul de toutes les forces iraniennes et pro-iraniennes à une distance de 40 kilomètres du Golan annexé par Israël.
Sur la présence militaire iranienne en Syrie, ce camp rappelle que le ministre russe des AE, Sergueï Lavrov, a nommément cité le Hezbollah et les forces iraniennes parmi les forces étrangères qui doivent quitter la Syrie. C’est ainsi que la Russie a dénoncé le subterfuge du Hezbollah et des forces iraniennes consistant à vêtir leurs hommes de l’uniforme de l’armée régulière syrienne, expulsant ces forces des régions limitrophes du Golan et coordonnant leur action avec les forces policières jordaniennes.
Partant de ces données, les partisans du camp saoudo-occidental assurent que l’axe perdant est l’axe iranien, et que c’est lui qui, inquiet de la bonne entente qui semble s’installer entre le Premier ministre désigné Saad Hariri et certaines forces anti-irakiennes locales, s’emploie à exagérer les blocages pour ralentir le processus de formation du nouveau gouvernement. Une impasse dont le Liban ne pourra s’en sortir sans une vigoureuse action concertée des présidents Michel Aoun, Saad Hariri et Nabih Berry.

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Wlek Sanferlou

Les mêmes ingrédients dans la même marmite mais des temps de cuisson différents...
Non, ce n'est pas un nouveau gouvernement... Même tabkha mchaw'chta

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