Liban

Le vieil homme et la France

Hors-Piste
Fady NOUN | OLJ
03/07/2018

En rencontrant longuement le pape, comme auparavant en déclarant devant un parterre d’évêques et de personnalités catholiques dans la nef du collège des Bernardins qu’il veut « réparer» le lien « abîmé » entre l’Église et l’État, Emmanuel Macron a relancé – involontairement ? – une polémique toujours vive dans la société française. Une certaine presse a perçu dans ces démarches « un nouvel épisode de la guerre des deux France, la laïque et la religieuse ».
Mais si Emmanuel Macron a eu l’intelligence et le courage de braquer les projecteurs sur les « racines chrétiennes » de la France, ce n’est certainement pas pour mettre en avant un héritage exclusif de tous les autres apports qui ont façonné, et continuent de le faire, la nation française, mais parce qu’il sait qu’ignorer ces racines revient à ignorer une donnée humaine fondamentale sur l’être humain, une donnée sans laquelle les Français seraient incapables de se comprendre ou de faire raison de leur histoire comme de leur présent.

Terreau
Et c’est bien sur cette donnée fondamentale que se concentre la polémique. Les racines chrétiennes plongent dans le terreau même de la nature humaine. Il s’agit d’une science de l’être qui nous dit sur nous-mêmes et la création des vérités que l’on ne peut pas plus ignorer que les sciences humaines, qui cherchent parfois à s’y substituer comme explication exclusive et paradigmatique de la conduite humaine.
Et l’un des aspects de cette vérité, brièvement exprimée, c’est que l’homme du passé, l’homme de l’avenir, c’est l’homme de toujours. Il n’y a pas de progrès possible en l’homme, sinon celui de l’intériorité que permettent la présence et l’action de l’Esprit Saint, donnée fondamentale du christianisme. C’est là l’expérience séculaire de l’Église sous tous les cieux : la lutte contre la « chair », la lutte contre ce que l’anthropologie chrétienne, après saint Paul, appelle « le vieil homme » sont un combat incessant, qui ne s’achève qu’à la mort.
Il y a 2.500 ans, Socrate fixait à l’homme la charge de se connaître lui-même, une injonction fondatrice de la civilisation occidentale. Que de chemin parcouru depuis ! Les acquis de cette connaissance sont réellement immenses, mais il est une chose qui est restée inchangée : l’objet de notre connaissance. Car on a beau apprendre, les progrès individuels réalisés ne sont pas transmissibles, sinon par apprentissage. Assumer la nature humaine est une tâche à reprendre continuellement.

Noyau irréductible
Or, sur ce noyau irréductible, le Christ a dit des choses définitives. C’est ainsi qu’il a parlé notamment du Père qui voit et entend « dans le secret ». Qu’est-ce à dire ? Cette parole renvoie à l’omniscience de Dieu, à ce qui est intérieur, que ce soit prière, aumône, jeûne, acte de charité, de patience, de courage, d’abnégation ou de longanimité. Il s’agit là de la frontière entre notre nature et ce que nous pouvons en savoir par nous-mêmes. Au-delà, si nous voulons rester fidèles à cette recherche de la vérité sur l’homme qui fonde la civilisation occidentale, c’est à d’autres sources de connaissance qu’il faut puiser. Et sur ce plan, l’anthropologie chrétienne, telle qu’elle ressort des écrits de saint Paul et des docteurs de l’Église ou vécue par tant de saints tels que Thérèse d’Avila ou Thomas d’Aquin, est d’un immense service.
Voilà à quoi il n’est pas permis de renoncer, car, sans cette tension vers la vérité qui caractérise l’être humain et fonde sa noblesse et sa haute origine, l’homme finit par s’épuiser dans le divertissement et sa liberté, par faire naufrage. Il se consomme lui-même, en apparence comme un infini de possibles, mais en réalité, et nous le savons d’expérience, comme une répétition du même qui débouche sur la satiété, le dégoût et parfois le désespoir.
C’est ce qu’Emmanuel Macron a compris, et c’est ce qu’il a probablement voulu dire en affirmant, en marge de sa rencontre avec le pape, que « la religion », entendue sans doute comme besoin de la transcendance plus que d’un système organisé de croyances, mais aussi sous cette forme, est « un besoin ontologique, métaphysique », de tout homme et de toute femme.
Du reste, observons bien comment, au lendemain de son voyage au Vatican, ce besoin s’est illustré dans l’hommage que la France a rendu à Simone et Antoine Veil. Ce qui étonne, c’est que ce soit des personnes mortes qui sont ainsi honorées, pour les valeurs qu’elles ont incarnées, et dont on parle comme de personnes vivantes qui « reposent ». Tout comme l’on se rend au Panthéon, ce Saint-Sépulcre de la République française, laissons aussi le Verbe de Vie, et non pas son seul souvenir, se réverbérer dans nos cœurs, nous attirer vers la transcendance et continuer à nous dire : « Connais-toi toi-même », mesure la dignité, la profondeur du don et la noblesse de l’appel reçus.

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