Le patriarche Raï recevant le pape des coptes-orthodoxes, Tawadros II. Photo ANI
Le patriarche maronite Béchara Raï s’est prononcé hier pour un gouvernement dont les membres jouiraient de « compétences technocratiques », et non gouverné par le seul souci « de partage des parts ». Il a également demandé que soit représentés dans le nouveau gouvernement les délégués d’une majorité numérique indépendante de celles des partis et rassemblements politiques élus.
Certes, a admis le chef de l’Église maronite, il est nécessaire qu’y soient représentés les partis, mais à ce compte-là, il ne faut pas négliger « la majorité qui reste, c’est-à-dire la majorité qui n’est pas représentée dans les partis et rassemblements, et où figurent des personnalités nationales de grande valeur, qui doivent former une part essentielle du nouveau gouvernement ».
« Des différentes couleurs politiques existantes, celle que nous préférons est la couleur nationale, la couleur de l’État, du peuple et des institutions », a-t-il lancé, dans l’homélie qu’il a prononcée au siège patriarcal de Bkerké, à l’occasion de la fête de saint Jean-Baptiste.
Les défis
Le patriarche maronite a ensuite énuméré les « défis » que le nouveau gouvernement est appelé à relever :
– Les réformes structurelles et sectorielles définies par le communiqué final de la conférence de Paris (CEDRE), et en base desquelles doivent être dépensés les 11,5 milliards de dollars d’aides financières (prêts bonifiés et aides) dans le cadre d’un processus accompagné d’un suivi assuré par les États mêmes ;
– Le secteur commercial dont 20 à 25 % des enseignes sont menacées de fermeture, comme annoncé il y a trois jours par l’Association des commerçants ;
– La crise de l’enseignement privé due à la loi 46/2017 sur la nouvelle grille des salaires dans le secteur public, une loi qui a placé les parents devant l’impossibilité de payer des frais de scolarités supplémentaires, et qui menace donc les emplois du personnel enseignant et administratif, touchés par la réduction du nombre d’élèves, ou la fermeture des écoles, si l’État n’assume pas ses responsabilités et ne finance pas l’augmentation des salaires des enseignants dans le privé comme il l’a fait dans le public, dans la logique qui veut que l’école privée rend un service public tout comme l’école publique ;
– Le dossier des réfugiés qui exige l’uniformisation des politiques de rapatriement suivies par les pays concernés, loin de toutes considérations politiques et religieuses ;
– La crise du logement, après l’arrêt des prêts-logement, les prix élevés des appartements et l’absence totale d’une politique de logement de la part de l’État. « À cet égard, a dit le patriarche Raï, nous appuyons l’initiative de l’association d’appui à la jeunesse libanaise et le sit-in qu’elle a observé à l’appui de ses demandes, avec l’assentiment de quelques députés. »
Par ailleurs, le patriarche maronite a remis des attestations aux volontaires de le session de formation spirituelle et humaine des divers évêchés et mouvement ecclésiaux, un programme coordonné par monsignor Toufic Bou Hadir, dont les activités sont ordonnées cette année à la session spéciale du synode des évêques qui se tiendra au Vatican (3-28 octobre), sur le thème des jeunes, de la foi et du discernement des vocations. Une session préparatoire à ce synode doit se tenir en août, a-t-il précisé. Mgr Raï a également remercié l’association EDY d’éveil au danger de la conduite des motos et des autos. Il a enfin salué une association polonaise venue au Liban s’inspirer d’un modèle local pour fonder en Pologne une association « Famille de saint Charbel ».
Tawadros II à Bkerké et au Grand Sérail
Relevons que le patriarche maronite a reçu samedi à Bkerké le pape des coptes-orthodoxes, Tawadros II, venu au Liban à l’invitation du patriarche syriaque-orthodoxe, pour l’inauguration du nouveau siège patriarcal de Atchaneh (Metn). Les deux hommes ont effectué un bref tour d’horizon de la situation régionale, des liens entre leurs deux Églises, et des perspectives d’avenir de la présence chrétienne au Moyen-Orient.
« Nous avons évoqué les moyens d’encourager nos frères qui ont souffert du terrorisme, les moyens d’encourager le travail spirituel commun, ainsi que l’appui à la stabilité au Liban, où la diversité culturelle et spirituelle est une belle image de civilisation », a dit Tawadros II à l’issue de la rencontre.
Samedi, le pape des coptes-orthodoxes avait également rencontré le Premier ministre désigné Saad Hariri au Grand Sérail, et lui avait exprimé ses vœux de stabilité et de paix pour le Liban. M. Hariri l’avait rassuré sur ce point, précisant : « Votre présence ici est un honneur pour nous. La diversité qui existe au Liban est un point fort, et non une source de faiblesse. Il existe chez nous des leaders pleins de sagesse qui combattent l’extrémisme qui, en définitive, est politique, et n’a rien à voir avec la religion. Notre force est dans notre modération. Le Liban préservera toujours la diversité qui est inscrite dans sa Constitution. Nous poursuivrons notre politique de modération et espérons que les liens entre nos deux pays iront en se renforçant. »


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10 h 55, le 25 juin 2018