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Liban

Autour de sa vieille station de train, Tripoli ravive son patrimoine

Régions
25/06/2018

Les sons de locomotive, enregistrés et diffusés par des haut-parleurs, accueillent la foule en ce samedi 23 juin dans l’ancienne station de trains de Tripoli. À l’embouchure du quartier el-Mina, ce lieu était auparavant l’épicentre de l’économie de la ville. Les derniers trains, structures métalliques fantomatiques qui gisent dans les ruines de la gare, auraient dû repartir vers l’Europe en septembre 1975.
Ces locomotives allemandes abandonnées reprenaient vie à l’occasion de la troisième édition des Journées du patrimoine de Tripoli. La gare a été nettoyée et transformée en un lieu de fête. Aux côtés des expositions de photos, de costumes et de projets étudiants portant sur le patrimoine, une vingtaine de stands de boissons et de nourriture accueillent les curieux.
Concerts, cérémonies et discours se sont enchaînés au cours de cette première soirée (qui a été suivie d’une seconde journée, hier) avec au programme, notamment, un grand rassemblement des Tripolitains amoureux de leur patrimoine, dont les discussions se sont ouvertes avec la table ronde sur l’avenir de cette station ferroviaire.

Toute une tradition
 « Ce week-end touche à deux aspects du Liban: son patrimoine et ses chemins de fer. Si les gens comprennent la grandeur de ce qui était ici avant, alors ils comprendront que le gouvernement doit faire de ces transports une priorité pour redynamiser la ville », explique Élias Maalouf, fondateur de l’ONG Train Train, assis devant la grande scène installée entre les bâtiments de la gare. Pour sensibiliser les Tripolitains à leur patrimoine, les organisateurs ont misé sur la nostalgie des parents et grands-parents. Élias Maalouf reste optimiste: « Les gens n’oublieront pas, ils penseront à tous les voyages jusqu’en Europe ou en Afrique qui se sont passés ici, à toutes les rencontres et tous les événements. Mais les jeunes n’ont jamais vu de lieu comme celui-là, ou même de train. »
Des centaines de visiteurs étaient présents pour assister aux concerts classiques et traditionnels et redécouvrir un haut lieu de Tripoli, vite oublié. Najwa et Dalia vivent à el-Mina et sont venues admirer les expositions artistiques dans la gare. « Pour nous, les trains, c’était toute une tradition ici, ça représente beaucoup de souvenirs », affirment-elles. Plus loin, Marianne, tripolitaine de naissance, rappelle que « la ville a toujours eu mauvaise réputation, donc mettre en valeur notre patrimoine, c’est une très bonne chose ».
La deuxième ville du Liban doit la richesse de ces quelque 160 sites historiques aux « nombreuses civilisations qui ont contribué à l’histoire de Tripoli. C’est très impressionnant », selon Marianne.

« Les trains sont comme la vie ici, ils sont arrêtés »
« C’est la première fois qu’ils voient un train. » La grand-mère de Youssef et Fatima les surveille tandis que les deux enfants s’amusent sur les antiques locomotives allemandes. À quelques pas, l’artiste Hayat Nazer expose des photos de la gare sur les murs de la station. « Les trains sont comme la vie ici, ils sont arrêtés, souligne-t-il. On doit en tirer une leçon importante, se rappeler et apprendre de nos vestiges. Mais on ne doit pas regretter, les Tripolitains ont le devoir de garder espoir. »  Hicham et Amal se sont arrêtés pour suivre l’histoire que décrivent ces clichés. « Notre patrimoine inspire nos enfants, il nous montre que ce qui était à Tripoli avant était exceptionnel et qu’il faut reconstruire cela absolument », déclarent-ils, émus.
Élias Abou Mrad est architecte et chercheur en urbanisme. Selon lui, « la gare commence à appartenir au folklore et la ville se développe sans réfléchir à son patrimoine et à ses vestiges ». Il supervise deux étudiants de l’Université américaine libanaise, Annabelle Chbat et Mohammad Ghannoum, qui ont envisagé un plan d’architecture pour une nouvelle gare. Selon ces diplômés, « travailler sur la mobilité au Liban et découvrir l’ancien système de trains nous a ouvert les yeux sur ce que pourrait être le futur du Liban ».
À travers ce projet et sa présence aux Journées du patrimoine, leur professeur voulait « reconnecter la société avec nos vestiges et rappeler aux gens que si c’était mieux avant, ça peut l’être à nouveau ».

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