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La Dernière

Passe ton bac d’abord ?

Petites histoires

Chaque année, pour des milliers d’élèves, le mois de juin est un véritable cauchemar, ils passent leur baccalauréat ! Seulement savent-ils pourquoi ? Et combien d’entre eux savent qui a réellement instauré cette épreuve ?

Danny MALLAT | OLJ
23/06/2018

C’est à Napoléon 1er que l’on doit cette idée folle. Cependant, l’empereur n’a fait qu’institutionnaliser le baccalauréat délivré par l’Université de Paris depuis le XIIIe siècle. Le baccalauréat, qui n’est autre qu’une contraction des mots latins baccalarius, qui signifie « jeune homme qui aspire à devenir chevalier », et laureare, qui signifie « couronné de lauriers », reste un diplôme très important. Il permet à ceux qui l’obtiennent de décrocher leur passeport pour les études supérieures. Et pourtant…

Il y a les autres. Ceux qui n’ont pas fait d’études. Qui, avec un CV vierge, ont acquis leur pouvoir à force d’opiniâtreté et d’audace. Qui ont réussi à faire ce qu’ils aimaient et dont la vie professionnelle fut un succès. On les appelle autodidactes. Ils sont cadres, ou chefs d’entreprise et ont gravi les échelons du pouvoir ; ils sont inventeurs et ont révolutionné le monde de la science ; ils sont écrivains et ont marqué des générations de lecteurs ; ils sont peintres et trônent dans les plus grands musées, ils sont comédiens et ont foulé les tapis rouges avec succès ; ils sont politiciens et ont dirigé des nations entières. Et ils n’ont pas eu leur bac…
 
Absence et révolte
André Malraux d’abord. Il n’a pas aimé son enfance, a grandi dans une épicerie, élevé par sa mère au milieu des patates et des navets et a décidé très tôt d’abandonner ses études. Il passe ses nuits à lire avant de partir en Indochine où il est emprisonné en 1923. Il tirera de cette épreuve un livre à succès : La Voie royale. Revenu en France, il transpose cette aventure dans un roman et devient célèbre, avec La Condition humaine et décroche le prix Goncourt en 1933. Après la guerre, lié à la personne du général de Gaulle, il devient, au retour de ce dernier au pouvoir, ministre de la Culture de 1959 à 1969. En 1996, ce sont les cendres d’André Malraux qui sont transférées au Panthéon, pour le 20e anniversaire de sa mort. On se souviendra de ses mots : « La culture, c’est ce qui a fait de l’homme autre chose qu’un accident de l’univers. »

Ce n’est pas sans raison que (Alexandre) Sacha Guitry a haï l’école. Renvoyé onze fois au cours de sa scolarité, il a même mis le feu à un de ces établissements. Pensionnaire éphémère à Janson-de-Sailly, il se posait la question : « Comment se fait-il que les lycées aient l’air d’être des prisons ? » Dans un collège, le surveillant général convoque son père et lui dit : « J’aimerais renvoyer votre fils, mais je ne peux pas : il ne vient plus ! » Et pourtant, pour ses cinquante ans, Janson-de-Sailly lui organise un banquet. Sacha Guitry a été dramaturge, acteur, metteur en scène, réalisateur et scénariste. Il a écrit plus de 120 pièces dont beaucoup furent de grands succès sans jamais avoir eu l’angoisse du mois de juin.

Aux épreuves orales, Émile Zola confond Charlemagne avec saint Louis ! Et pourtant il tenait à son bac et avait des ambitions de bon élève. Mais la déroute familiale lui fait tout abandonner. Son père, dépouillé par les créanciers, entraîne sa mère dans la misère la plus totale. Après deux tentatives ratées pour obtenir son bac, il abandonne ses études pour subvenir aux besoins de sa mère. La douane l’embauche comme employé aux écritures. Ce n’est pas encore l’écriture dont il rêvait. Il sera ensuite attaché de presse chez Hachette. Avant de devenir le grand Zola.

L’enfance de Guillaume Apollinaire et son adolescence ont été mouvementées, sous l’influence de sa mère, aristocrate déchue, accro aux jeux de hasard. Constamment renvoyé du lycée, elle le néglige. Il lit abondamment mais seul. Après avoir été nègre pour un avocat et tenté de devenir journaliste, il trouve un emploi dans la banque, en attendant de se faire une place dans le milieu littéraire. Aujourd’hui, on trouve même un lycée Apollinaire à Nice, dans lequel… des élèves passent leur bac. Mais il n’y a pas que dans les milieux littéraires que l’on trouve des naufragés du bac qui ont vaincu la tempête :

François Pinault quitte l’école à 16 ans. À 26 ans, il reprend la petite entreprise de son père et la baptise Établissements Pinault. Dix ans plus tard, il la revendra 25 millions de francs. En 2012, il est la 59e fortune mondiale. Avec ses trois étoiles. Alain Ducasse a été classé 94e personnalité la plus influente au monde par le magazine Forbes, et pourtant il abandonne l’école très tôt et entre en apprentissage chez les plus grands. Aujourd’hui, ne pas avoir foulé un de ses restaurants reste une aberration.

Dans le milieu du septième art, Alain Delon a été renvoyé 6 fois de l’école avant de se résoudre à faire de petits boulots. Son physique le sauvera, la suite est mythique. Fabrice Luchini est la preuve vivante que les études ne sont pas indispensables à la culture, lui qui a préféré la rue à l’école et la lecture en autodidacte à l’apprentissage encadré.

Avoir son bac pour réussir dans la vie n’est pas une condition absolue, mais l’inverse n’est malheureusement pas une règle. Dans ce XXIe siècle souvent cruel, la compétition est si rude qu’il faut mettre toutes les chances de son côté. Alors oui, le mois de juin est une angoisse de plus, mais c’est aussi une carte supplémentaire pour affronter la vie active.

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Le pont

Le bac est un visa indispensable sans lequel on gagne le statut de clandestin dans le monde du travail. Des fois ça marche mais plus souvent sans le bac c'est difficile.
Excellent article.

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