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Culture

Ingmar Bergman, du clair-obscur à la lumière

rétrospective

Il a fallu cette date charnière, 1918, date du centenaire du réalisateur suédois, pour que soient exhumées des archives des œuvres inédites et pour qu’enfin tout le monde essaye de comprendre si le cinéaste démiurge était réellement ange ou démon.

14/06/2018
Issu du pays des fjords, le metteur en scène, réalisateur et scénariste Ingmar Bergman aura marqué, tout comme nombre de ses compatriotes à l’instar de Greta Garbo, le cinéma de son sceau. Contemporain notamment de François Truffaut, Federico Fellini, Roberto Rossellini, Luis Buñuel ou Akira Kurosawa, le cinéaste prolifique, qui n’a pas toujours reçu l’aval, voire le soutien de son pays, s’est pourtant fait connaître à l’étranger avec son œuvre exigeante, souvent difficile d’accès, marquée par des questionnements sur le couple, la mort et la solitude. Les festivités pour célébrer le centenaire seront nombreuses. Elles ont déjà commencé avec un spectacle Dancing with Bergman, d’Alexander Ekman, Johan Inger, Mats Ek et Anna Laguna, qui s’est joué au Théâtre Champs-Élysées et qui est actuellement en route vers Monaco, où il sera interprété du 12 au 14 juillet.


Bergman, cet incompris
La carrière de Bergman a couvert toute la seconde moitié du XXe siècle. Il a inscrit à son crédit une riche filmographie (40 films), dont notamment : Les Fraises sauvages, Ours d’or à Berlin en 1957, Le Septième Sceau (1957), Cris et chuchotements (1972), Scènes de la vie conjugale (1973/74), Sonate d’automne (1978) ou encore La Source en 1960, À travers le miroir en 1961 et Fanny et Alexandre en 1983, qui a remporté l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. Le cinéaste a signé en outre plus d’une dizaine de mises en scène au théâtre dramatique de Stockholm. Son film ultime Sarabande, écrit pour Liv Ullmann, résume-t-il toute l’œuvre de l’artiste avec ses cadrages, dialogues, personnages ou est-il simplement révélateur de l’autre côté du miroir ? Son ex-compagne et égérie avoue que le réalisateur n’était pas ce démon dont il s’est fait la réputation. Il s’amusait à orner chacun de ses cahiers d’un petit diable. Et d’ajouter : « Alors qu’ils commencent à publier ses livres, son journal, on va découvrir un homme qui voulait faire le bien. » Dans Sarabande, l’auteur réalisateur fait tomber les masques et révèle un artiste, soucieux de mettre de l’ordre à travers ses films dans sa vie désordonnée, voire aride et rocailleuse. Comme cette île de Fårö qui l’avait séduit en 1960 et où il retournera pour tourner six autres longs métrages, dont Persona. Il y fit même construire une maison avec vue panoramique sur la mer et ne la quitta pas même pour aller à Cannes recevoir la Palme des palmes en 1997.

L’envers de la médaille
Aujourd’hui, un script inédit d’Ingmar Bergman sera bientôt porté à l’écran. Retrouvé (presque) par hasard, lors de la compilation des archives léguées par le maître en 2002 à la fondation qui porte son nom, 64 minutes avec Rebecka est une chronique sulfureuse de la révolution sexuelle et sociale dans les années 1960. Rédigé sur un petit cahier gris en 1969, le manuscrit était prêt pour un tournage. « Il y avait des milliers de scénarios, de brouillons, de photographies, de dessins, de lettres, etc. Et parmi ces documents, nous avons trouvé ce script (...), chose à laquelle on ne s’attendait pas », se souvient M. Holmberg, directeur de la Fondation Ingmar Bergman. Connu pour une œuvre marquée par des questionnements sur le couple, la mort, la solitude, le cinéaste explore à nouveau ces sujets dans 64 minutes avec Rebecka. Ironie du sort, le scénario a été confié à Suzanne Osten, icône féministe qui dénonçait, autrefois, l’emprise de Bergman sur le cinéma suédois. « Je ne l’aurais jamais fait de son vivant. C’était un vieux monsieur conservateur et il est devenu encore plus conservateur avec le temps, mais c’était aussi un artiste très sensible », a- t-elle confié à l’AFP. Pourtant Le Silence a été le premier film d’après-guerre à montrer des scènes de sexe, coupées même dans de nombreux pays. Alors conservateur ou esprit libéré, inhibé ou désinhibé ? Ingmar Bergman, en proie à ses démons et en continuel combat avec lui-même, surgit de l’ombre. Pour les passionnés, les exégètes et même les novices, les nombreux écrits inédits, les commentaires et annotations, les essais et pièces rééditées mettront en lumière l’univers brumeux de cet écrivain fiévreux, qui n’a eu de cesse de sonder et disséquer l’inconscient.

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