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Agenda - Anciens De Georgetown

Que représente, au XXIe siècle, l’éducation jésuite ?

Une vue des intervenants.

Fondée il y a quelques mois, l’Association libanaise des anciens élèves de Georgetown, qui a déjà rassemblé une trentaine de membres, vient d’organiser sa première conférence à l’Université Saint-Joseph, sur le thème « L’éducation jésuite : messages, missions et valeurs ».
Dans son discours introductif, Nicolas Kassatly, fondateur de l’association, a tout de suite donné le ton en évoquant la blague où un dominicain, un franciscain et un jésuite croisent soudainement la Sainte Famille. Alors que les deux premiers, submergés par l’émotion, tombent à genoux, le troisième se précipite sur Joseph, lui met la main sur l’épaule et lui demande s’il a pensé à l’institution dans laquelle il allait placer le petit pour lui assurer la meilleure éducation possible…
Parmi les anciens élèves libanais de cette célèbre université jésuite qu’est Georgetown, le Premier ministre Saad Hariri (promotion 1992), qui a reçu les anciens et a tenu à se faire représenter à la conférence par le député Bassem el-Chab. Modérée par Karim Émile Bitar, professeur de relations internationales à l’USJ, la table ronde a regroupé Fadi Geara, doyen de l’ESIB, le père Michel Scheuer, vice-recteur de l’USJ, Nagy Khoury, secrétaire général de l’Amicale des anciens de Jamhour, et Rony Araiji, ancien ministre de la Culture.
 M. Bitar a commencé par rappeler que le pape François est le premier pape jésuite de l’histoire et que cela est, à en croire ses biographes et les ouvrages d’entretiens qu’il a publiés, l’un des facteurs-clés permettant de comprendre nombre de ses positionnements politiques et sociaux, mais aussi l’hostilité des éléments les plus traditionalistes de la curie vaticane. Ensuite, Fadi Geara a mis l’accent dans son intervention sur « le message ignacien à travers ses messagers », s’attardant plus particulièrement sur la figure emblémétique du père Pedro Arrupe, supérieur genéral de la Compagnie de Jésus de 1965 à 1983. Inspiré par le concile Vatican II, ce témoin charismatique se consacrera à la lutte contre les injustices criantes et la pauvreté. Fadi Geara évoquera par la suite la figure du père Peter-Hans Kolvenbach, qui insistait sur la nécesssaire interaction constante entre l’expérience, la réflexion et l’action.
Le père Michel Scheuer s’attaquera quant à lui à un vaste sujet : qu’est-ce qu’une université jésuite au XXIe siècle ? Il signale que si la Compagnie de Jésus était née en milieu universitaire, ce n’est que des années plus tard qu’Ignace a senti la nécessité de fonder des « collèges », pour « la plus grande gloire de Dieu ». Le père Scheuer signale qu’il y a aujourd’hui 28 universités jésuites aux États-Unis, beaucoup plus qu’en Europe, mais que la présence jésuite se retrouve aussi en Inde, en Chine ou au Japon. Le nombre de jésuites, qui était de 36 000 à l’entrée du père Scheuer au noviciat, n’est plus que de 16 000 aujourd’hui. Pour lui, une université jésuite doit toujours viser l’excellence académique (inspirée du magis de saint Ignace), mais aussi le service de la foi, la promotion de la justice, le dialogue entre la science, la technique la culture et la foi. Elle doit susciter l’éveil à l’universel et l’engagement dans la société. L’ouverture d’esprit, l’internationalisme et l’interdisciplinarité sont fondamentaux, et il faudra passer le témoin à des laïcs engagés. Il citera la charte de l’université de Namur qu’il a dirigée, charte qui insistait sur l’importance d’accorder « un souci particulier à ceux que l’histoire humaine a rendus pauvres, fragiles, opprimés… »
Nagy Khoury, qui a passé plusieurs décennies de sa vie à servir la communauté jésuite, a quant à lui rappelé que saint Ignace avait le courage et la témérité d’un guerrier, qu’il était généreux et engagé. Sa pensée et celle de ses successeurs nous invitent à l’humanisme et à l’engagement. Pour lui, « un ancien n’a pas le droit d’être gris, timide ou tiède, il doit prendre position, être fidèle aux principes et aux valeurs de sa formation ». Enfin, Rony Araiji, dont l’itinéraire, et celui de toute sa famille, a été marqué par l’éducation jésuite, a insisté sur la nécessité de suivre la recommandation du pape François et de ne jamais oublier la dignité humaine et le bien commun. Il a rappelé ses années à la faculté de droit de l’USJ et le courage exemplaire avec lequel l’université avait alors tenu tête aux nombreuses pressions des milices, et réussi ainsi à préserver un havre de culture et d’apprentissage dans un pays qui avait sombré dans le chaos. En refusant de céder aux intimidations miliciennes, elle a sauvé l’honneur dans un temps où la vie était « bafouée par la barbarie et le non-droit ».
Cette conférence stimulante marque le début des activités de l’Association des anciens de Georgetown, qui s’efforcera, dans la droite ligne des valeurs ignaciennes, de mettre son puissant réseau au service du Liban et de ses institutions.

Fondée il y a quelques mois, l’Association libanaise des anciens élèves de Georgetown, qui a déjà rassemblé une trentaine de membres, vient d’organiser sa première conférence à l’Université Saint-Joseph, sur le thème « L’éducation jésuite : messages, missions et valeurs ». Dans son discours introductif, Nicolas Kassatly, fondateur de l’association, a tout de suite donné le ton en évoquant la blague où un dominicain, un franciscain et un jésuite croisent soudainement la Sainte Famille. Alors que les deux premiers, submergés par l’émotion, tombent à genoux, le troisième se précipite sur Joseph, lui met la main sur l’épaule et lui demande s’il a pensé à l’institution dans laquelle il allait placer le petit pour lui assurer la meilleure éducation possible… Parmi les anciens...