Rechercher
Rechercher

Moyen Orient et Monde - Ukraine

L’invraisemblable vrai-faux meurtre du journaliste Babtchenko

Kiev a expliqué hier avoir mis en scène l’assassinat pour déjouer une opération commanditée par la Russie.

Le journaliste russe, Arkadi Babtchenko, connu pour ses positions contre le pouvoir russe, est apparu hier au cours d’une conférence de presse alors que sa mort avait été annoncée la veille. Sergei Supinsky/AFP

Après près de 24 heures de larmes et d’indignation, Arkadi Babtchenko est réapparu vivant hier. L’assassinat du journaliste russe critique du Kremlin était en fait une mise en scène de l’Ukraine, invraisemblable opération visant, selon ce pays, à déjouer un meurtre commandité par la Russie. Ce revirement a été accueilli avec un immense soulagement par des dizaines de personnes sur la place centrale de Kiev mercredi soir, à la mesure de l’émoi provoqué par l’annonce de l’assassinat la veille au soir.
Mardi, les Services de sécurité ukrainiens (SBU) avaient indiqué qu’Arkadi Babtchenko, qui a servi dans l’armée russe dans les deux guerres en
Tchétchénie avant de devenir journaliste très critique de la politique de Vladimir Poutine, avait été froidement assassiné de plusieurs balles à la porte de son appartement de la capitale ukrainienne, où il s’était exilé, craignant pour sa vie. Après une matinée d’accusations réciproques, les attentes étaient donc fortes lorsque le SBU a convoqué la presse hier. « Je voudrais féliciter la famille d’Arkadi Babtchenko et Arkadi Babtchenko lui-même », a rapidement lancé le chef du SBU, Vassyl Grytsak. Arkadi Babtchenko est alors entré dans la pièce, l’air mal à l’aise aux côtés d’officiels tout sourire, sous les applaudissements et les cris d’incrédulité de ses confrères. Face aux caméras, en pull à capuche sombre, le journaliste a expliqué avoir participé à une mise en scène dans le cadre d’une « opération spéciale » préparée depuis deux mois. « Je voudrais vraiment remercier les Services de sécurité ukrainiens de m’avoir sauvé la vie », a-t-il déclaré. « Je voudrais présenter mes excuses à ma femme pour l’enfer qu’elle a vécu pendant deux jours. » Les forces de sécurité ukrainiennes ont cependant assuré que sa famille était au courant de l’opération, qui visait à déjouer une tentative d’assassinat pour laquelle un homme présenté comme l’« organisateur » a été arrêté.
Cet Ukrainien, recruté par les « services de sécurité russes », a reçu 40 000 dollars pour organiser le meurtre du journaliste, et devait ensuite préparer les assassinats d’une trentaine d’autres personnes, essentiellement des Russes exilés en Ukraine, a affirmé M. Grytsak. Le président ukrainien Petro Porochenko a félicité le SBU pour sa « brillante opération ».

« Provocation antirusse »
De son côté, le ministère russe des Affaires étrangères a dénoncé une « nouvelle provocation antirusse ». « Nous sommes ravis que ce citoyen russe soit vivant », a ajouté le ministère.
L’annonce de la mort d’Arkadi Babtchenko avait provoqué une vive émotion en Ukraine et en Russie. Le Premier ministre ukrainien Volodymyr Groïsman avait aussitôt mis en cause « la machine totalitaire russe », déclenchant des démentis de Moscou. M. Babtchenko se disait menacé après avoir dénoncé le rôle de la Russie dans le conflit dans l’est de l’Ukraine. En juillet 2016, son collègue russo-bélarusse Pavel Cheremet avait péri dans l’explosion d’une bombe placée sous sa voiture à Kiev, une affaire qui n’est toujours pas élucidée. En mars 2017, c’est un ancien député russe réfugié en Ukraine qui avait été abattu dans le centre de Kiev. À l’annonce de l’assassinat d’Arkadi Babtchenko, l’Union européenne avait appelé à une enquête rapide pour en punir les responsables. Elle s’est déclarée dans la soirée « soulagée », demandant toutefois « plus de détails » à Kiev sur cette opération. L’ONG Reporters sans frontières (RSF), qui avait exhorté l’Ukraine et la Russie à « coopérer » pour faire la lumière sur cet « acte ignoble » plutôt que « se livrer à une guerre d’informations dangereuse », a condamné hier une simulation « navrante ». Dans la matinée, plusieurs dizaines de journalistes s’étaient réunis devant l’ambassade russe. Un autre rassemblement était prévu dans la soirée sur la place centrale de Kiev.
Arkadi Babtchenko avait raconté les guerres en Tchétchénie dans un livre édité en France par Gallimard sous le nom de La couleur de la guerre. Avant son départ de Moscou, il a notamment coopéré avec le journal Novaïa Gazeta et la radio Écho de Moscou, deux médias critiques du Kremlin.
Arkadi Babtchenko a fait des reportages dans l’est de l’Ukraine, où le conflit entre armée ukrainienne et séparatistes prorusses a fait plus de 10 000 morts en quatre ans. Il a dénoncé le rôle de la Russie, appuyant la thèse de Kiev et des Occidentaux selon laquelle elle soutient militairement les rebelles, ce que Moscou a toujours démenti. Le journaliste a quitté la Russie en février 2017 en dénonçant une campagne de « harcèlement ». Il a d’abord vécu en République tchèque et en Israël, avant de s’installer à Kiev où il a animé depuis un an une émission de télévision.

Source : AFP

Après près de 24 heures de larmes et d’indignation, Arkadi Babtchenko est réapparu vivant hier. L’assassinat du journaliste russe critique du Kremlin était en fait une mise en scène de l’Ukraine, invraisemblable opération visant, selon ce pays, à déjouer un meurtre commandité par la Russie. Ce revirement a été accueilli avec un immense soulagement par des dizaines de personnes sur la place centrale de Kiev mercredi soir, à la mesure de l’émoi provoqué par l’annonce de l’assassinat la veille au soir.Mardi, les Services de sécurité ukrainiens (SBU) avaient indiqué qu’Arkadi Babtchenko, qui a servi dans l’armée russe dans les deux guerres en Tchétchénie avant de devenir journaliste très critique de la politique de Vladimir Poutine, avait été froidement assassiné de plusieurs balles à la porte de son...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut