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Liban - Colloque

Amine Gemayel : La paix dans la région commencera par la paix au Liban

« La sécurité au sein de la dissolution », un colloque de deux jours à la Maison du futur, à Bickfaya.

La séance d’ouverture du colloque à la Maison du futur, à Bickfaya.

La sécurité au sein de la tourmente régionale, tel est en somme le sujet du colloque qui s’est tenu vendredi et samedi à la Maison du futur, à Bickfaya, sous le thème « La sécurité au sein de la dissolution ». En cinq sessions étalées sur deux jours, des conférenciers, professeurs d’universités, chercheurs et directeurs de centres venus d’une dizaine de pays arabes et étrangers (Canada, États-Unis, France, Russie, Bahreïn, Syrie, Égypte, Jordanie, Émirats arabes unis, Irak et Liban) ont réfléchi sur les moyens d’assurer la continuité de la sécurité des sociétés, alors que l’ordre régional du Moyen-Orient se décompose et s’accompagne d’un processus de fragmentation ou de démantèlement des États.

À l’ouverture du colloque organisé grâce au concours du Konrad Adenauer Stiftung, le président Amine Gemayel, l’ancien Premier ministre Fouad Siniora, l’ambassadeur d’Allemagne Martin Huth, et Malte Raider, du centre Konrad Adenauer, ont apporté leur contribution à cette réflexion.

Dans son allocution inaugurale, l’ancien chef d’État, Amine Gemayel, partant d’une situation régionale tumultueuse dont les derniers actes sont pêle-mêle, la reconnaissance par Washington de Jérusalem en tant que capitale d’Israël, les tirs de fusées balistiques du Yémen sur l’Arabie saoudite ou les tirs israéliens sur des cibles iraniennes en Syrie, s’est interrogé : « Sommes-nous devant une crise ouverte, devant l’insécurité absolue, devant une décomposition géographique et démographique ? Sommes-nous à la veille d’une explosion ou d’une détente ? Et cette détente, viendra-t-elle de la force des armes ou de la diplomatie ? Quelle puissance internationale prendra-t-elle l’initiative d’instaurer la sécurité dans la région, qui ne saurait reposer sur rien d’autre que le droit, la justice et la tranquillité des peuples ? Oui, sans ces trois facteurs, il est vain de rêver de sécurité, sinon d’une sécurité précaire, empruntée, passagère ? (…) Sans ces trois facteurs, nous sommes dans une paix sur le mode des victoires de César qui imposait le silence et prétendait qu’il s’agit de la paix. » Et le président Gemayel d’oser mesurer les chances de la paix dans la région sur les possibilités de son instauration au Liban, comme modèle précurseur et manqué du désordre régional qui a suivi avec des airs de printemps, mais que Daech a transformé en cauchemar, et dont les possibilités de réversibilité sont aujourd’hui examinées.

« La paix dans la région commencera par la paix au Liban et se consolidera en proportion du succès que nous connaîtrons au Liban dans la construction de la paix reposant sur le droit, la justice et la tranquillité », a affirmé M. Gemayel. « Le pari que nous prenons aujourd’hui, a repris l’ancien chef d’État, c’est de consolider nos réalisations politiques, aussi défectueuses qu’elles soient – ainsi, l’élection d’un chef de l’État en dépit du scandale de la vacance présidentielle ; des élections législatives, malgré le défaut de la loi et certains abus ; la consolidation de la sécurité et de la stabilité. Reste à nous concentrer aujourd’hui sur la formation d’un cabinet de bonne gouvernance qui s’attaque à nos problèmes structurels, mette fin à la corruption et au gaspillage, et que ceci s’accompagne de l’instauration d’une souveraineté sans partage sur l’ensemble du territoire, une souveraineté selon le droit international, la Constitution libanaise et le pacte national. »


Cinq sessions
Le colloque comprenait cinq sessions. En ouverture, le processus de fragmentation qui afflige la région a été diagnostiqué, avec les symptômes qui l’accompagnent ou le marquent : effondrement des frontières nationales et émergence d’États « faillis », grande déchirure entre sunnites et chiites, hostilités et rivalités au sein d’une même société, tiraillements internes au sein des minorités ethniques ou religieuses.

La seconde session, elle, a abordé l’impact et l’effet des milices sur la décomposition des États, le phénomène de la criminalisation de la guerre, du partage du pouvoir entre milices et États, le façonnement de la région dans les aires de la pure sécurité, de la sécurité des ressources et de la sécurité culturelle.

Dans un troisième moment, le colloque s’est consacré à des études de cas : Liban, Irak, Syrie, pays du Golfe. Les discussions ont porté en même temps sur l’intelligibilité de l’ordre géostratégique menacé ou réordonné.

La quatrième session a porté sur le rôle des acteurs régionaux (Turquie, Iran) et internationaux (Russie, États-Unis, Union européenne et Chine) dans le processus de dissolution et de fragmentation, de son aggravation ou de sa réversibilité. Au cours de la dernière session, une synthèse des travaux a été tentée.


La doctrine Siniora
Pour sa part, abordant le colloque, l’ancien Premier ministre Fouad Siniora avait considéré que les deux dossiers principaux qu’il faut régler sont d’abord la sauvegarde à tout prix du modèle d’État national, le rétablissement de la confiance dans ce modèle et la mise en avant de la bonne gouvernance, ainsi que la consolidation de l’État de droit ; mais, pour que ce modèle fonctionne de manière crédible, aux yeux des sociétés gouvernées, un État palestinien indépendant doit être établi sur le sol de la Palestine. Pour M. Siniora, il s’agit là des deux piliers fondamentaux de la stabilité. Plus même, selon lui, la stabilité de la région et l’arrêt du processus d’effritement « sont inconcevables sans ces deux facteurs ». De ces deux dossiers, malgré l’intérêt qu’y trouvent d’autres nations ou ensembles, comme la Communauté européenne, les Arabes doivent se considérer premiers concernés, a-t-il insisté.

Outre le facteur israélien, abordé par le biais de la nécessité de rendre justice au peuple palestinien, M. Siniora a également abordé dans son analyse l’impact sur l’ordre régional de la révolution islamique iranienne et de la politique suivie par la Turquie. Il a ainsi souligné la nécessité que « des relations bâties sur les intérêts communs et le respect mutuel » s’instaurent entre les relations arabo-iraniennes, de sorte à « contenir les ingérences iraniennes dans la région arabe ».

Les mêmes principes de non-ingérence et de respect mutuel doivent également gouverner les rapports entre le monde arabe et la Turquie, a-t-il ajouté, tout en attribuant aux pays arabes des responsabilités différenciées à cet égard, selon leur proximité géographique des puissances concernées des foyers de tension et de violence.

Pour finir, M. Siniora a répété l’un des credo de sa doctrine politique, qui s’énonce ainsi : ne pas baisser les bras, continuer d’agir, ne pas céder au désespoir, ne pas accepter que la volonté arabe et celle de la oumma (islamique) soient brisées ; et pour autant ne pas céder à la tentation de la violence meurtrière et du négativisme.

La sécurité au sein de la tourmente régionale, tel est en somme le sujet du colloque qui s’est tenu vendredi et samedi à la Maison du futur, à Bickfaya, sous le thème « La sécurité au sein de la dissolution ». En cinq sessions étalées sur deux jours, des conférenciers, professeurs d’universités, chercheurs et directeurs de centres venus d’une dizaine de pays arabes et étrangers (Canada, États-Unis, France, Russie, Bahreïn, Syrie, Égypte, Jordanie, Émirats arabes unis, Irak et Liban) ont réfléchi sur les moyens d’assurer la continuité de la sécurité des sociétés, alors que l’ordre régional du Moyen-Orient se décompose et s’accompagne d’un processus de fragmentation ou de démantèlement des États. À l’ouverture du colloque organisé grâce au concours du Konrad Adenauer Stiftung, le...
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