Michel Aoun discutant avec Saad Hariri. Photo Dalati et Nohra
M. Hariri n’avait pas de concurrent à ce poste et les dix-sept députés qui ont refusé de le désigner n’ont pas nommé d’autre candidat. Il s’agit des treize députés du bloc parlementaire du Hezbollah, qui se sont toutefois déclarés prêts à coopérer avec lui, de Jihad el-Samad (proche de Fayçal Karamé), de Jamil el-Sayyed, élu sur la liste du parti chiite, Oussama Saad, de la mouvance du 8 Mars, et Paula Yaacoubian, représentante de la société civile. M. Sayyed a affirmé que Saad Hariri n’avait pas besoin de sa voix et qu’il aurait voté pour lui s’il en avait eu besoin.
La journée marathon d’hier s’est déroulée sans heurts, marquant ainsi un compromis politique qui commence à se dessiner sur le plan gouvernemental, après avoir été consacré à la Chambre par la reconduite de Nabih Berry à la tête de l’Assemblée nationale pour un sixième mandat. Une journée marquée aussi par une entente politico-confessionnelle en faveur de M. Hariri pour la formation d’un gouvernement élargi d’entente nationale.
C’est ce qu’ont d’ailleurs affirmé le président de la Chambre, Nabih Berry, et le Premier ministre désigné, qui a été convoqué par le président Aoun au palais de Baabda au terme des consultations, pour une rencontre tripartite avec le chef du législatif. M. Berry a ainsi assuré que les trois pôles du pouvoir se sont entendus sur la nécessité de former le gouvernement dans les plus brefs délais, « compte tenu de la situation économique actuelle ». « Aussi, il a été convenu de mener les consultations parlementaires lundi prochain (28 mai), tout en espérant qu’elles se termineront en un seul jour afin d’entamer le processus de la formation du gouvernement, a-t-il ajouté. Le gouvernement sera un gouvernement élargi d’entente nationale. »
De son côté, M. Hariri a déclaré : « Le chef de l’État m’a fait l’honneur de me nommer pour former le prochain gouvernement. (…) À partir de ce moment, j’œuvrerai à le former (…) sachant que tous les grands blocs parlementaires s’entendent sur la nécessité de former un gouvernement d’entente nationale le plus rapidement possible, vu les dangers régionaux sans cesse croissants et la situation économique et financière pressante. » « Le nouveau gouvernement est appelé à consolider la stabilité politique, renforcer les institutions étatiques et redresser l’économie pour créer des opportunités de travail pour les Libanais, spécifiquement les jeunes », a ajouté M. Hariri, notant que ce nouveau gouvernement doit ainsi « bâtir sur les réalisations du gouvernement sortant, renforcer la politique de distanciation et établir les meilleures relations » avec les pays arabes.
La crise des réfugiés
Le Premier ministre désigné a en outre noté que le nouveau gouvernement devra également « poursuivre les efforts déployés pour faire face à la crise des réfugiés » et « réaliser une série de réformes administratives et économiques au sujet desquelles nous nous sommes engagés auprès des Libanais en premier lieu et des investisseurs, sur lesquels nous comptons pour restaurer leur confiance et leurs investissements dans la relance de l’économie libanaise ». Et d’affirmer qu’il « tend la main à toutes les composantes politiques du pays pour travailler ensemble pour un État libre, indépendant et souverain ». Il a en outre mis l’accent sur la nécessité de mener les réformes nécessaires pour mettre un terme à la corruption et relancer l’économie. « Je n’épargnerai aucun effort pour former le gouvernement le plus rapidement possible », a-t-il assuré, soulignant en réponse à une question avoir décelé une intention de la part des différentes parties de faciliter la formation du gouvernement et « que ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous divise ».
Avant de se diriger au centre-ville de Beyrouth où il s’est recueilli devant la tombe de son père, l’ancien Premier ministre assassiné Rafic Hariri, M. Hariri n’a pas manqué de prendre un selfie avec les journalistes.
Geagea à la tête du bloc des FL
La journée d’hier a été marquée par l’arrivée inattendue au palais de Baabda du leader des Forces libanaises, Samir Geagea, à la tête du bloc parlementaire de « la République forte », rapporte notre correspondante Hoda Chédid. N’étant pas lui-même député, il ne pouvait pas prendre part aux concertations. Il a ainsi eu un aparté avec le président Aoun avant que ce dernier ne rencontre les membres du bloc. Toutefois, c’est M. Geagea qui s’est prononcé au nom du bloc, entouré des quinze députés FL, anticipant ainsi par une attaque défensive la possibilité d’écarter le parti de la composition du nouveau gouvernement, comme cela a été le cas, la veille, lors des élections du bureau de la Chambre. « Le bloc a évidemment nommé Saad Hariri pour diriger le prochain gouvernement afin que celui-ci soit réellement un nouveau gouvernement », a-t-il insisté.
M. Geagea sortait du palais de Baabda alors que Jamil el-Sayyed y arrivait. Les deux hommes ne se sont cependant pas croisés, chacun ayant emprunté une porte différente.
Le bal des concertations a été ouvert hier, à 10h, par une rencontre entre MM. Aoun et Hariri. Ce dernier a quitté le palais présidentiel sans attendre l’arrivée de son bloc, croisant et saluant sur son chemin Nagib Mikati.
Se sont succédé par la suite Tammam Salam qui a tenu à affirmer son indépendance par rapport au bloc du Futur, bien qu’ils soient alliés.
Nouhad Machnouk, l’un des premiers du bloc du Futur à arriver au palais de Baabda, est reparti sans attendre ses collègues, ratant ainsi la déclaration de Mme Bahia Hariri qui a affirmé que le bloc avait décidé de ne pas cumuler les fonctions de député et de ministre.
De son côté Samy Gemayel, chef du parti Kataëb qui était dans l’opposition, a déclaré vouloir « donner une nouvelle chance au pays », affirmant toutefois qu’il va « demander des comptes en fonction des actions ». « Nous serons à l’affût de toute erreur ou atteinte portée au pays, a-t-il insisté. Je souhaite la réussite à Saad Hariri. Aujourd’hui, il y a consensus autour de sa personne. Nous serons à la disposition du gouvernement et du président de la République pour une éventuelle participation. Nous allons donc donner une chance à M. Hariri et au président Aoun. »
Commentant la journée d’hier, le collectif Li Baladi s’exprimant au nom de la société civile, a pour sa part déclaré dans un communiqué « rejeter tout gouvernement qui couvrira la corruption sous le slogan de l’unité nationale ».

